À la défense, Me Éric Simard, du cabinet Fasken Martineau, a questionné le requérant de la demande de recours collectif durant près d'une heure.

Recours collectif contre les frères du Sacré-Coeur: le requérant interrogé

Une nouvelle étape a été franchie au palais de justice de Granby, vendredi, dans le dossier de la demande de recours collectif contre les Frères du Sacré-Coeur. Le requérant, que l'on nomme « A » pour préserver son anonymat, a été questionné de façon très balisée par Me Éric Simard, à la défense.
M<sup>e</sup> Robert Kugler, du cabinet Kugler Kandestin, s'est dit satisfait du déroulement de l'interrogatoire.
C'est à un interrogatoire serré, sans anicroche mis à part quelques objections de la poursuite, auquel le juge de la Cour supérieure Sylvain Provencher a assisté. Calme, le requérant a répondu spontanément aux nombreuses questions du procureur du cabinet Fasken Martineau, qui travaille de concert avec Me Yanick Messier. « La nature du dossier n'est pas banale. [...] C'est très délicat », a indiqué d'entrée de jeu le magistrat, concluant en félicitant les avocats des deux parties pour leur professionnalisme. « [L'interrogatoire] a été fait avec minutie et courtoisie des deux côtés. Je vous en remercie. »
Lorsqu'il a donné en janvier le feu vert aux avocats des Frères du Sacré-Coeur de questionner le requérant, le juge Provencher a retenu la moitié des 16 sujets soumis par la défense. Ainsi, Me Simard a entre autres pu interroger l'homme à l'origine de la demande de recours à propos de sa capacité à assurer une représentation adéquate des membres, son implication quant au choix de poursuivre les intimés et sa disponibilité ainsi que sa capacité à mener à terme le procès.
Par ailleurs, notons que la séance devant le tribunal a été frappée d'une ordonnance de non-publication étant donné l'aspect sensible du dossier. Dans un tel cas, les médias ont l'obligation de ne dévoiler aucun détail concernant la comparution et les propos qui y sont tenus, s'en remettant exclusivement à des éléments contextuels.
« La vérité doit sortir »
Questionné à sa sortie de la salle de cour par La Voix de l'Est, « A » a livré sans détour quelques détails sur ce qui le pousse à mener ce combat. En ce sens, l'homme a mentionné que le visionnement du film Spotlight a été un incitatif à poursuivre ses démarches pour lever le voile sur ce qu'il a vécu.
La prémisse de ce long-métrage, couronné d'un Oscar en 2016, s'articule autour d'une équipe d'enquête du quotidien Boston Globe, surnommée « Spotlight », qui après une minutieuse investigation a dévoilé un scandale de pédophilie à grande échelle impliquant des dizaines de prêtres à Boston et en périphérie - une histoire basée sur des faits réels.
« Le recours, je le fais pour moi, mais aussi pour toutes les autres victimes. Ça m'a jeté par terre de savoir qu'il y en a autant. [...] Ce qu'ils [les pédophiles] ont fait, ça a brisé des vies. La vérité doit sortir au grand jour. Il faut qu'ils paient pour leurs crimes. Certains vont aller en prison, c'est sûr. Et croyez-moi, je ne lâcherai pas le morceau, a-t-il dit en entrevue. Ils ont besoin d'attacher leur tuque avec de la broche. »
À ce jour, plus d'une soixantaine de présumées victimes se sont manifestées. « A » souhaite que le mouvement se poursuive et que plusieurs autres personnes sortent de l'ombre. « Juste le fait d'avoir pu raconter mon histoire, ça m'a libéré d'un poids énorme sur mes épaules. Les gens ne doivent pas avoir peur de dénoncer leurs agresseurs », a-t-il confié.
Rappelons que le requérant est un homme de 56 ans. Celui-ci soutient avoir été violé à plus de 300 reprises pendant qu'il était pensionnaire au Collège Mont-Sacré-Coeur au cours des années 1970. Il était alors âgé de 13 à 15 ans. Les agressions sexuelles auraient été commises par le frère Claude Lebeau de trois à six fois par semaine pendant deux ans. Une douzaine d'autres frères sont ciblés par des allégations de pédophilie dans la requête amendée le 21 octobre 2016. Les intimés dans le dossier sont les Frères du Sacré-Coeur, le Collège Mont-Sacré-Coeur, la Corporation Maurice-Ratté et les oeuvres Josaphat-Vanier.
Objectifs atteints
Me Éric Simard a indiqué en mêlée de presse que les principaux objectifs de l'interrogatoire ont été atteints. « On voulait que cette démarche se fasse dans le respect pour le requérant [...] et dans l'éventualité où le juge avait à faire un délibéré, on voulait lui procurer des informations utiles pour qu'il puisse rendre une décision éclairée », a-t-il fait valoir.
En ce qui concerne une éventuelle entente hors cour entre les deux parties, rien n'est sur la table. « Actuellement, il n'y a pas de décision prise quant à l'issue à savoir s'il y aura une contestation [sur le fond de la requête] ou des démarches de médiation qui seront entreprises », a soutenu Me Simard.
Pour sa part, Me Robert Kugler, qui chapeaute avec les procureurs Pierre Boivin et Olivera Pajani le dossier du recours collectif pour le cabinet Kugler Kandestin, s'est dit satisfait du déroulement de l'interrogatoire. « Je suis extrêmement fier de monsieur "A" qui a témoigné aujourd'hui (vendredi). Il a répondu aux questions de bonne foi pour aider les victimes. [...] Le déroulement a été parfait. »
La prochaine étape dans le dossier est l'audition de la demande en autorisation du recours collectif, prévue les 2 et 3 mai, toujours au palais de justice de Granby.