La TROC fait circuler depuis une dizaine de jours des vignettes illustrées démontrant l’écart du salaire des employés du secteur communautaire avec d’autres professions.

Reconnaître les travailleuses du milieu communautaire à leur juste valeur

GRANBY — Les travailleuses du milieu communautaire ne sont pas payées à leur juste valeur, allègue la Table régionale des organismes communautaires et bénévoles de la Montérégie (TROC). Dans le cadre d’une campagne de sensibilisation ayant présentement cours, le regroupement réclame que le gouvernement du Québec revoie à la hausse l’aide financière accordée aux organismes.

La TROC fait circuler depuis une dizaine de jours des vignettes illustrées démontrant l’écart du salaire des employés du secteur communautaire, qui gagnent en moyenne 18,54 $ de l’heure, avec le salaire horaire moyen au Québec, qui est de 23,56 $.

Une autre vignette souligne que l’écart de salaires est encore plus grand lorsqu’on compare celui des travailleuses du communautaire — car elles sont en grande majorité des femmes — avec celui de travailleurs du secteur de la construction. En fait, il s’agit pratiquement du double.

« Nous ne voulons rien enlever à ces travailleurs, nuance Catherine Jetté, agente de communication et de mobilisation à la TROC Montérégie. Nous nous réjouissons qu’ils puissent bénéficier de telles conditions de travail. »

Catherine Jetté est agente de communication et de mobilisation à la TROC Montérégie.

« Mais le fait est que les compagnons, et même les apprentis, ont une rémunération supérieure à celle des travailleuses du communautaire avec un diplôme d’études professionnelles, alors que les employées du secteur communautaire détiennent à 64 % un diplôme d’études postsecondaires et à 30 % un diplôme universitaire », ajoute-t-elle, citant des statistiques du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’économie sociale et de l’action communautaire (CSMO-ÉSAC).

Le financement, nerf de la guerre
Le poste budgétaire le plus important des organismes communautaires demeure le salaire de leurs travailleurs, indique Catherine Jetté. C’est pour cette raison que le financement constitue le nerf de la guerre.

Au dernier budget provincial, une enveloppe de dix millions a été allouée aux organismes communautaires. « Ça peut sembler beaucoup à première vue, mais quand on fait la répartition, la Montérégie a reçu 1,2 million, indique l’agente de communication et de mobilisation de la TROC, qui représente environ 250 organismes dans la région. Ça signifie qu’environ 20 % des groupes de la région ont reçu entre 1000 $ et 10 000 $. Ce n’est pas assez pour solidifier leur financement. »

Les prochaines vignettes que dévoilera la TROC porteront sur les augmentations salariales. « La moyenne prévue cette année est de 2,6 %, note Mme Jetté. Pour le milieu communautaire, on n’en anticipe pas. S’il n’y a pas de nouveaux crédits gouvernementaux, c’est impossible de payer des hausses de salaire. Donc, d’année en année, les travailleuses s’appauvrissent. »

En ce sens, Mme Jetté trouve ironique le fait que les travailleuses du communautaire, qui œuvrent régulièrement auprès de clientèles démunies, se retrouvent elles-mêmes en situation de pauvreté. « On en a vu aller faire la file à la banque alimentaire, à la fin du mois, avec des gens qu’elles ont aidés. D’autres connaissent la précarité une fois à la retraite », illustre-t-elle.

« Le communautaire fait épargner énormément de sous au gouvernement, surtout en santé et services sociaux, affirme Mme Jetté. Il faut que notre rapport aux organismes évolue et que ceux qui y travaillent soient payés à leur juste valeur. »