La situation financière du candidat est le facteur de discrimination le plus répandu.
La situation financière du candidat est le facteur de discrimination le plus répandu.

Recherche d’un logement: la discrimination encore présente

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Bien qu’illégale, la discrimination envers d’éventuels locataires existe toujours. Un rapport publié par le Regroupement des comités logement et association des locataires du Québec (RCLALQ) mercredi révèle que le contexte pandémique, jumelé à la « pire crise du logement des 15 dernières années » au Québec, permet à des propriétaires d’être très sélectifs sur le choix des personnes avec qui ils signeront des baux.

« Choisir tes locataires c’est la clé de ton succès ou de ton enfer en immobilier ». « Toujours mentionner qu’il y a une liste ou une autre personne devant pour vous garder une porte de sortie », le tout pour se « protéger des foutus bougons qui exploitent le système et d’un recours pour discrimination »: tels sont les mots de propriétaires qui se prodiguent des conseils sur les réseaux sociaux et recensés par le RCLALQ.

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Actuellement au Québec, le taux d’inoccupation des logements est passé sous la barre des 2 %, son plus bas depuis une quinzaine d’années, relève le RCLALQ, qui prévoit « une augmentation de la discrimination de la part des propriétaires qui, sans crainte de réelles représailles, perpétuent des pratiques illégales ».

« On dirait qu’on les remarque plus qu’avant, ou bien que les propriétaires s’en cachent moins, relève Kim Verreault, coordonnatrice du Groupe Actions Solutions Pauvreté (GASP) de la Haute-Yamaska. On voit des propriétaires qui disent aux visiteurs qu’il y a une liste d’attente, ce qui lui permet de rejeter sa candidature sans que ça paraisse. »

« Au contraire, il y en a qui leur disent ouvertement qu’ils ne les prendront pas comme locataires parce qu’ils n’ont pas de travail ou parce qu’ils ont des enfants », remarque Vicky St-Jacques, recrutée par l’Office municipal d’habitation de Brome-Missisquoi (OMHBM) pour faire le lien entre locataires et propriétaires.

Apparences et préjugés

Trop souvent, ces derniers se fient aux apparences ou s’accrochent à des préjugés pour écarter des candidats. « Je ne sais pas s’ils réalisent que c’est de la discrimination, pose Catherine Carré, directrice générale de l’OMHBM. Pour eux, c’est leur propriété, leurs règles. »

La situation financière du candidat est le facteur de discrimination le plus répandu. Leur revenu annuel, beaucoup plus que l’assiduité à payer des candidats, fait foi de tout, alors que l’un n’est pas nécessairement garant de l’autre. Ce faisant, les personnes vivant de l’aide sociale ou qui occupent un emploi à temps partiel ou mal rémunérés sont plus souvent écartées que les travailleurs ayant un meilleur salaire. « Pourtant, ce sont les meilleurs payeurs: leur chèque rentre tous les mois! » lance Mme St-Jacques.

En avril, la pandémie du coronavirus a fait grimper le taux de chômage à 17 % au Québec, la province la plus durement touchée au pays.

« La meilleure façon de vérifier si le candidat va payer son loyer, c’est de demander des références à d’anciens propriétaires, allègue Marjolaine Deneault, porte-parole du RCLALQ. Même mener une enquête de crédit ne mesure pas la capacité de payer d’un locataire. Avec les répercussions économiques de la COVID, beaucoup de bons payeurs ont malheureusement vu leur cote de crédit diminuer. »

« Avoir un emploi, ça ne garantit rien quant au paiement du loyer, renchérit Kim Verreault, coordonnatrice du GASP Haute-Yamaska. La personne peut bien avoir un bon emploi, une bonne position, ça ne veut pas dire que quelques mois plus tard, elle ne perdra pas son travail ou qu’elle ne tombera pas malade et se retrouver sans salaire. »

Dans Brome-Missisquoi, encore six ménages attendent toujours de trouver un toit, confirme Mme St-Jacques. Du nombre, on compte deux prestataires de l’aide sociale et trois familles nombreuses de même qu’une famille avec un enfant autiste ayant déjà essuyé de nombreux refus.

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DES SANCTIONS RÉCLAMÉES

La RCLALQ réclame que la Régie du logement puisse être interpellée avant même la signature d’un bail pour sévir contre les propriétaires discriminatoires, en les forçant à payer des dommages-intérêts. 

Actuellement, ces propriétaires ne subissent aucune conséquence pour leur comportement pourtant illégal en vertu de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, qui interdit un traitement différent en raison de « la race, la couleur, le sexe, l’identité ou l’expression de genre, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap ».

Cela s’explique entre autres par le fait que bien peu de locataires entreprennent des démarches de plainte auprès de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CPDPJ), un processus long qui ne leur offre pas de logement à court terme, en fin de compte.

Kim Verreault, coordonnatrice au GASP de la Haute-Yamaska, les encourage à le faire. « Les gens ne devraient pas avoir peur de porter plainte, allègue-t-elle. Plus ils vont se manifester et plus ça va envoyer le message aux propriétaires qu’ils ne peuvent pas faire de discrimination. »

Des statistiques obtenues jeudi auprès de la CPDPJ indiquent que pour l’année 2019-2020, 38 plaintes ont été traitées dans le secteur du logement. L’année précédente, 54 dossiers avaient été ouverts.