Le copropriétaire du commerce les Fours du Roy, Marcel Hervieux, a fait circuler une pétition pour ceux qui souhaitent manifester leur opposition à l’ajout d’une piste cyclable rue Principale.

Réaménagement du centre-ville: grogne chez les commerçants

Le retrait de dizaines de cases de stationnement rue Principale, dans le cadre du projet de réaménagement du centre-ville de Granby, continue à susciter la grogne de certains commerçants. Ils ont fait circuler une pétition et prévoient se réunir pour unir leur voix et dénoncer la situation.

« Je ne me suis jamais vraiment mêlé de politique municipale. Je me disais que c’était trop grand pour moi. Mais là, ils (l’administration municipale) viennent vraiment de me piler sur l’orteil. Ça me dérange. Et je ne suis pas le seul », laisse tomber le copropriétaire des Fours du Roy, Marcel Hervieux.

Ce qui le dérange, explique-t-il, ce n’est pas tant le projet de reconstruction des infrastructures souterraines (aqueduc, égout), prévu en trois phases en 2020, 2021 et 2022, que l’ajout d’une piste cyclable rue Principale, entre l’église Saint-George et la rue Saint-Hubert. Car des espaces de stationnement sur rue seront retirés dans l’opération.

Et Marcel Hervieux, comme d’autres commerçants, craint de voir déserter sa clientèle. « J’ai observé que 90 % de la clientèle stationne dans la rue », dit-il en pointant les deux espaces situés face à son commerce.

Une pétition a été mise en circulation au cours des dernières semaines afin que les citoyens et commerçants puissent manifester leur opposition à ce projet. Plus de 500 signatures ont été recueillies à ce jour, calcule M. Hervieux.

« On n’est pas contre la piste cyclable comme tel, mais qu’elle passe ailleurs. Il y en a d’autres solutions », laisse tomber Marc Delorme des Encadreurs associés, un des endroits où il est possible de signer la pétition.

50 % des cases retirées

Marcel Hervieux affirme avoir eu une information à l’effet que tous les espaces de la rue Principale, entre l’église et la rue Saint-Hubert, disparaîtront. Mais cette information est erronée, assure le directeur du bureau de projets de la Ville, Daniel Surprenant. Le projet n’a pas changé, dit-il. Ce sont environ 50 % des cases qui seront retirées dans le secteur visé, soit 50 des 100 actuellement existantes.

« Tout ça n’est pas en lien avec la piste cyclable, précise M. Surprenant. Si on ne faisait pas de piste cyclable, on en perdrait quand même au moins la moitié de ça parce qu’il y a de nouveaux aménagements d’intersections, des traverses, de la végétalisation et un peu plus d’espace pour les piétons. »

Celui-ci souligne en outre qu’il y a 1700 cases de stationnement au centre-ville (incluant les stationnements en arrière-lot et sur les rues transversales). Les 50 cases retirées représentent un peu plus de 2,5 % de ce nombre, fait-il valoir.

Cela dit, Daniel Surprenant dit comprendre les craintes des commerçants. « On le sait que c’est un enjeu. Et on le comprend. Ça l’est dans tous les dossiers centre-ville qu’on suit. On met beaucoup d’efforts pour qu’il y ait le plus de stationnement possible. Mais il y a beaucoup de demandes. Les cyclistes veulent de la place. Les piétons aussi », fait-il valoir.

Marcel Hervieux est cependant convaincu que rien ne réussira à compenser la perte des cases de stationnements face aux commerces de la rue Principale. « Je ne sais pas à quel jeu joue la Ville. Elle subventionne les nouveaux commerces (NDLR : avec un programme pour combler les locaux vacants), mais pour les autres, c’est : débrouillez-vous. On est laissés à nous-mêmes », déplore-t-il.

Les commerçants se réuniront mardi au café Le Barbu, voisin de Pat et Tralala, à 19 h. Une centaine d’invitations ont été envoyées. « On veut faire sortir les idées que les commerçants ont et sortir de cette gêne qu’on nous impose lors des réunions de la Ville », dit Marcel Hervieux. Un nouveau tracé pourrait être proposé pour la piste cyclable.

Va de l’avant

Le maire Pascal Bonin croit toutefois que les commerçants mécontents oublient de transmettre une information importante lorsqu’ils font signer la pétition. « Après, il va y avoir un affichage dynamique (pour indiquer les espaces de stationnement libres) et il n’y aura plus de parcomètres. Ça ne coûtera plus rien pour stationner au centre-ville. Mais ils oublient de le mentionner », souligne-t-il.

Celui-ci dit néanmoins comprendre que les commerçants puissent ressentir une incertitude. Et il les invite à contacter l’agent de liaison, Jean Breton, et l’urbaniste senior, Dominique Desmet, mandatés par la Ville dans ce dossier.

Il rappelle que le projet de piste cyclable est discuté depuis plus d’un an. « Ils étaient où, les commerçants qui s’opposent ? Ils pouvaient siéger sur des comités. Mais ils n’ont rien fait », note le maire.

« On entend depuis 30 ans qu’il ne se passe rien au centre-ville, que c’est désert et que c’est mort. Là, le conseil de ville veut agir. Mais ce n’est pas correct encore. (...) On a un projet hyper novateur, qui va faire en sorte qu’il va y avoir plus de monde au centre-ville et que l’activité économique et sociale va s’améliorer. Mais il y en a encore qui sont contre ça », déplore-t-il.

Selon Pascal Bonin, cette grogne pourrait même avoir un parfum politique. Mais il affirme ne pas avoir l’intention de reculer et dit regarder vers l’avant. « En 2020, il y aura un chantier sur la rue Principale », laisse-t-il tomber.