Une grande variété de cépages de raisin de table sont cultivés au Québec.
Une grande variété de cépages de raisin de table sont cultivés au Québec.

Raisin de table québécois : une production encore méconnue

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
Les Québécois aiment les raisins de table : ils en consomment environ 4 kg chaque année selon Statistique Canada. Pourtant, même s’il pousse chez nous, le raisin de table québécois ne grappille qu’une infime partie du marché, largement dominé par les importations.

On dénombre une trentaine de producteurs de raisins de table au Québec qui sont situés entre Gatineau et Rimouski, en passant par Roberval et Stanbridge East. Plus d’une vingtaine d’hectares de ce populaire fruit sont cultivés chez des vignerons, des producteurs maraîchers et des fermes spécialisées. C’est près de trente fois la superficie d’un terrain de soccer de la Major League Soccer (MLS), illustre l’agronome et viticulteur, Étienne Gosselin.

«C’est une goutte d’eau dans ce que les gens consomment», poursuit celui qui est aussi copropriétaire de la Ferme 45e Parallèle à Stanbridge East, en Montérégie. Environ 98% des raisins de table achetés au Québec sont importés du Chili et de la Californie et 1 à 2 % nous viennent de l’Ontario, ce qui ne laisse que quelques dixièmes du marché à la production québécoise, avance-t-il. «Les gens ne savent pas que le raisin pousse au Québec, qu’il est gorgé de saveur et qu’il n’a rien à voir avec le raisin qu’on importe», plaide le viticulteur.

Ce ne sont pas les variétés qui manquent : Sumerset, Einset, Canadice, Trollhaugen, Radisson, Blue Bell, Brianna et Himrod ne sont que quelques noms de cépages qui ont racine dans la province, cultivés pour leurs saveurs et non pour leur capacité de conservation. «Ils sont plus fragiles, mais plus gouteux», soutient Étienne Gosselin.

Une industrie qui s’organise

Il n’est toutefois pas question d’accepter le statu quo. Cette industrie en émergence s’organise et compte prouver sa rentabilité. Les différents producteurs se sont rassemblés (virtuellement) pour lancer officiellement la saison dans un tour du Québec présenté en direct sur la page Facebook Raisin de table du Québec

Dans une série de capsules en direct de leur ferme, ils se sont relayés pour présenter leurs produits et les défis de produire des raisins de table au Québec.

Le «nerf de la guerre, c’est la commercialisation», a mentionné la pépiniériste de Granby, Caroline Fontaine, qui produit des vignes pour les entreprises et particuliers depuis 10 ans sous la bannière «Vignes chez soi». Elle a vu sa production passer de 5000 à 100 000 plants en une décennie.


« On est en train de développer notre industrie et de prouver que c’est rentable de faire du raisin de table au Québec. »
Étienne Gosselin, agronome, viticulteur et copropriétaire de la Ferme 45e Parallèle

Le partenariat entre les viticulteurs a débuté il y 3 ans, dans un forum de discussion portant sur la commercialisation. «Il y avait des producteurs de raisins de table de Chaudière-Appalaches qui avaient des surplus et qui ne savaient pas comment les écouler. La concertation est née comme ça, de problèmes de commercialisation, explique Étienne Gosselin. Après, on a commencé à se parler de techniques et on s’est rendu compte que nous avons des défis et des intérêts communs. On sent qu’il y a un désir de se structurer, de s’entraider et de partager des ressources : c’est stimulant.»

Étienne Gosselin, agronome, viticulteur et copropriétaire de la Ferme 45e Parallèle

Par cette association, ils souhaitent consolider leur place et montrer «qu’ils existent», indique M. Gosselin, qui note aussi une volonté d’intéresser les gouvernements. «J’ai été refusé à la financière agricole, je faisais un peu rire de moi avec mon projet. En même temps, je les comprenais : il n’y avait pas de comparable au niveau de la rentabilité. Je leur montrais des chiffres qui étaient encore hypothétiques. On est en train de développer notre industrie et de prouver que c’est rentable de faire du raisin de table au Québec, malgré des investissements de départ importants», poursuit-il. Établir une parcelle d’un hectare peut s’élever à 30 000-40 000$.

La fondation d’une association en bonne et due forme est prévue dans les années à venir. En attendant la prochaine édition du lancement virtuel, il est possible de découvrir le raisin de table du Québec dans les marchés publics, dans certaines épiceries et chez les producteurs en autocueillette et au comptoir.

Le lancement virtuel de la saison du raisin de table a reçu l’appui du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation dans le cadre du Programme d’appui au développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en région.

Ferme 45e parallèle

Antoine Gosselin a fondé la Ferme 45e Parallèle avec sa mère en 2016 : un demi-hectare de 1400 vignes de raisins sans pépins. L’entreprise se trouve au 68, route 202 à Stanbridge East, à une dizaine de kilomètres de la frontière canado-américaine — qui correspond au 45e parallèle, à mi-chemin entre l’équateur et le pôle Nord. «C’est le même parallèle que la région de Bordeaux en France, imaginez, ce n’est pas le même climat toutefois», lance-t-il rieur.

Étienne Gosselin dira avec entrain à qui veut l’entendre qu’ils se trouvent sur «la route des vins sans alcool». Il a pensé en faire un «pit stop» pour les gens qui ne consomment pas d’alcool et pour les chauffeurs désignés qui font la Route des vins. Il compte d’ailleurs développer un jus de fruit effervescent festif pour offrir une alternative liquide sans alcool au raisin de table.