Le bassin de population minimal pour maintenir une infrastructure viable oscillerait entre 12 000 et 18 000, estime André Thibault. Celui de l’aréna Guy-Nadeau représente environ 16 110 personnes.

Quelles solutions pour l’aréna Guy-Nadeau?

À l’heure actuelle, l’avenir de l’aréna Guy-Nadeau de Saint-Césaire est toujours inconnu. Si certains souhaitent que la municipalité soit l’unique propriétaire d’une éventuelle infrastructure neuve, d’autres penchent plutôt vers un projet intermunicipal, une solution retenue ailleurs au Québec. Coup d’œil sur certains scénarios possibles.
André Thibault, professeur retraité de l’Université du Québec à Trois-Rivières et membre de l’Observatoire québécois du loisir.

Le projet de construire un nouvel aréna a franchi une nouvelle étape cette semaine, alors que le conseil municipal de Saint-Césaire a reçu les plans et devis de l’infrastructure qu’il souhaiterait construire à la place de l’aréna Guy-Nadeau, fermé définitivement depuis juillet pour des raisons­ de sécurité.

La municipalité tentera d’obtenir une aide financière pour bâtir la future infrastructure, notamment en vertu du Programme provincial de soutien aux installations sportives et récréatives, dont l’appel d’offres a été lancé la semaine dernière. Cent millions de dollars seront disponibles pour couvrir la moitié des coûts pour la construction ou la rénovation d’infrastructures sportives, et ce, jusqu’à concurrence de 7,5 millions de dollars­ par projet.

« On va voir ce que ça va donner. Je ne vois pas comment on pourrait y arriver sans aide », lance le maire Guy Benjamin. Saint-Césaire attend également de connaître les modalités du prochain appel de projets du programme fédéral Fonds des petites collectivités pour déposer sa candidature. 

Une fois que les coûts du projet auront été déterminés, il sera plus facile, estime le premier magistrat, de revenir à la charge auprès des autres maires de la MRC de Rouville­, toujours divisés sur la question de faire de la future infrastructure un projet régional. 

L’union fait la force

Un consensus semble se dégager : les municipalités de plus petite taille, comme Saint-Césaire, n’ont plus les moyens de financer à elles seules la gestion d’un aréna. 

« Un aréna municipal, c’est un bien collectif et un service public, mentionne Luc Toupin, directeur général de l’Association québécoise des arénas et des installations récréatives et sportives (AQAIRS). Actuellement, aucun aréna public à une surface n’est rentable au Québec. »

André Thibault, professeur retraité de l’Université du Québec­ à Trois-Rivières et membre de l’Observatoire québécois du loisir, avait travaillé, il y a quelques années, sur une étude de faisabilité pour une nouvelle infrastructure à Saint-Césaire, de concert avec les trois municipalités voisines : Rougemont, Ange-Gardien et Saint-Paul-d’Abbotsford. À l’époque, un constat s’imposait, se souvient-il : « Saint-Césaire, toute seule, n’a plus les moyens d’avoir et d’opérer son aréna. »

Le bassin de population minimal pour maintenir une infrastructure viable oscillerait entre 12 000 et 18 000 personnes, estime M. Thibault­. Celui de l’aréna Guy-Nadeau en représente environ 16 110, selon le plus récent décret de population. Cela inclut les citoyens de Saint-Césaire, Rougemont, Saint-Paul-d’Abbotsford­, Sainte-Angèle-de-Monnoir et Ange-Gardien, qui utilisent aussi les infrastructures­ de Farnham. 

Différentes options

Si l’option d’une régie intermunicipale, constituée d’élus de toutes les municipalités concernées, est envisageable — tout comme la possibilité de confier la propriété et la gestion d’un futur aréna à la MRC —, M. Thibault­ pencherait plutôt pour une corporation intermunicipale. Ceci permettrait à un plus grand nombre d’acteurs de prendre part activement à l’avenir de l’aréna de Saint-Césaire.

« Les régies, on en voit entre autres pour les arénas, mais aussi pour la gestion des déchets ou de l’eau potable, illustre le spécialiste. Elles sont en quelque sorte l’extension de l’administration municipale, puisque ce sont des élus de chaque municipalité concernée qui prennent les décisions. Dans le cas d’une corporation, on crée un organisme sans but lucratif au sein duquel tant les villes que des citoyens, des représentants d’organismes et de la commission scolaire, par exemple, peuvent siéger. »

« Les différents groupes d’usagers devraient faire partie de l’équation. Ces acteurs peuvent non seulement amener leurs idées, mais aussi de nouvelles clientèles et des rentrées d’argent », poursuit M. Thibault.

La répartition des dépenses devient plus complexe quand l’aréna est déjà construit et qu’il faut l’entretenir, nuance toutefois M. Toupin. « Il est plus délicat pour une ville, qui est la seule propriétaire de l’aréna, de demander aux autres villes, qui paient pour l’utiliser, de financer ses rénovations. Les régies qui ont connu le plus de succès sont celles qui ont financé ensemble la construction de leur aréna ou qui l’ont acheté ensemble », indique-t-il.

Planifier

Selon M. Thibault, le succès de l’entreprise ne repose pas tant sur le modèle de gestion retenu, mais plutôt sur la planification du projet. « Il faut penser à ce que l’on veut et surtout à ce que l’on peut s’offrir. Il faut penser à la construction d’une infrastructure, mais surtout à ses coûts d’opération. Que ce soit géré par une ville, une MRC, une régie ou une corporation intermunicipale, il n’y a pas de solution magique. »

« C’est beau aller chercher du financement pour construire et rénover l’aréna, encore faut-il avoir les moyens de l’opérer », croit également­ Luc Toupin.

« La tendance actuelle, c’est la polyvalence. Les arénas ne peuvent plus se contenter de n’avoir qu’une seule glace, sans offrir d’autres services qui amènent d’autres sources de revenus pour la faire vivre. L’endroit doit devenir un lieu de rassemblement », ajoute André Thibault.

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ARÉNA DE BEDFORD

Bien qu’elle soit la propriété de la municipalité dont elle tient son nom, l’aréna régional de Bedford est financé par une douzaine de villes de la région. Plutôt qu’une régie, c’est une entente intermunicipale qui détermine les modalités de la participation financière de chacun, une façon de faire retenue par plusieurs autres arénas ailleurs au Québec.

L’entente de l’été 2016, qui a permis de sauver l’aréna de la fermeture, assure le futur de l’infrastructure pour la prochaine décennie. Elle stipule que les frais d’utilisation seront assumés à 20 % par Bedford et à 80 % par les 11 autres municipalités. La contribution est composée d’un montant de base auquel s’ajoutent d’autres sommes établies en fonction de quatre paramètres : la population, la richesse foncière, le nombre d’utilisateurs mineurs et la proximité avec le pôle de Bedford ou la MRC du Haut-Richelieu des autres villes. Les travaux de rénovation de l’aréna, réalisés plus tôt cette année, ont pour leur part été entièrement assumés par Bedford.

Durant l’entente, la facture annuelle de chaque municipalité variera entre 7000 et 15 000 $. Les frais d’utilisation annuels de l’aréna représentent quant à eux environ 190 000 $.

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ARÉNA RÉGIONAL DE RIVIÈRE-DU-NORD

En plus de deux glaces aux dimensions de la LNH, l’aréna régional de Rivière-du-Nord abrite un restaurant, un proshop, un atelier et une boutique d’articles de sport ainsi qu’une salle polyvalente.

Opérationnel depuis l’été 2016, l’aréna régional de Rivière-du-Nord fut un projet ambitieux. Il répond désormais aux besoins des trois municipalités qui en sont propriétaires.

« En 2010, St-Jérôme avait besoin de construire un nouvel aréna, l’ancien étant désuet. La Ville a alors approché toutes ses voisines de la MRC : Saint-Colomban, Saint-Hippolyte­, Sainte-Sophie et Prévost­, pour avoir une infrastructure commune. Les deux premières se sont tournées vers l’aréna de Lachine, alors c’est un projet qui s’est fait à trois », raconte Mathieu Ledoux, directeur général de Sainte-Sophie, qui fut aussi trésorier de la régie intermunicipale.

La construction du bâtiment a débuté en 2014, pour se terminer en 2016. Elle s’est réalisée au coût de 21 millions de dollars, somme répartie entre les trois villes propriétaires selon leur richesse foncière­ uniformisée respective. 

L’infrastructure sportive, qui dessert un bassin de population établi à 105 269 personnes, compte deux glaces, aux dimensions de la Ligue nationale de hockey, précise-t-on. Ces patinoires peuvent accueillir respectivement 300 et 1100 spectateurs. L’aréna abrite par ailleurs un restaurant, un proshop, un atelier et une boutique d’articles de sport ainsi qu’une salle polyvalente permettant d’y tenir réunions et événements privés. Il en coûte environ trois millions de dollars pour l’opérer annuellement.

Louise Gallant, mairesse de Sainte-Sophie, est particulièrement fière du projet, car sa municipalité n’aurait pu se doter d’un tel service en en assurant seule le financement. « Pour nous, c’est une chance. En raison de notre proximité avec Saint-Jérôme, on n’aurait probablement pas pu avoir notre propre aréna », explique-t-elle.

« Avant, ça nous coûtait très cher pour envoyer nos jeunes jouer au hockey ailleurs. Maintenant, ceux qui vont à Saint-Jérôme paient le même prix que s’ils jouaient chez eux, car c’est leur aréna à eux aussi­ », poursuit la mairesse.

Gestion à trois têtes

Le conseil d’administration de la régie, dont les séances mensuelles sont publiques, est formé des maires de chacune des trois municipalités propriétaires de l’infrastructure. Chaque ville dispose d’une voix équivalente à celle des autres. « Personne ne prend son droit plus que l’autre. Il y a un respect mutuel entre les trois maires », relève Danielle Clément, directrice générale, secrétaire et trésorière de la Régie. 

Le financement de l’infrastructure est pour sa part réparti au prorata de la population de chacune des municipalités, qui versent une quote-part à la régie intermunicipale. Celle-ci est calculée au prorata de la population, ce qui équivaut à environ 15 % des frais pour Prévost et Sainte-Sophie, et 70 % pour Saint-Jérôme. Les dépenses de fonctionnement sont financées à 50 % par les populations des municipalités­ et 50 % par les inscriptions.

Le président de la régie et maire de Saint-Jérôme, Stéphane Maher, n’a pas donné suite aux nombreuses demandes d’entrevues de La Voix de l’Est formulées depuis plusieurs mois. Son adjointe nous a fait savoir qu’il n’aurait pas de temps à nous accorder avant le retour des Fêtes.

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ARÉNA CÔTE-DE-BEAUPRÉ

Pionnier dans le genre, l’aréna Côte-de-Beaupré est géré par une régie intermunicipale depuis plus d’une trentaine d’années. L’infrastructure, construite durant les années 1970, a été rachetée en 1985 par un regroupement de sept municipalités lorsque le propriétaire privé de l’endroit a fait faillite. Six d’entre elles — Beaupré, Saint-Férréol-les-Neiges, Saint-Joachim, Saint-Tite-des-Caps, Sainte-Anne-de-Beaupré et Château-Richer — en sont toujours propriétaires. Ces villes desservent une population totale- de 16 488 citoyens.

Chaque municipalité compte deux représentants — maire ou conseillers municipaux — sur le conseil d’administration de la régie et tous ont un poids égal dans la balance, indique Éric Lachance, président de l’organisation et conseiller municipal de Saint-Tite-des-Caps. 

Le financement de la régie pour opérer et entretenir l’aréna, dont le budget annuel avoisine 600 000 $, a pour sa part été revu au cours des dernières années. Auparavant, chaque municipalité versait une quote-part calculée au prorata de sa population. Devant le mécontentement que cette façon de faire a suscité, il a été déterminé que la contribution de chaque ville serait désormais à 50 % basée sur sa démographie et à 50 % sur sa richesse foncière uniformisée, a indiqué Gaston Boisvert, directeur de l’aréna. 

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ARÉNA RÉGIONAL DE HUNTINGDON

Neuf municipalités sont membres à parts égales de la régie intermunicipale de l’Aréna régional de Huntingdon, qui est propriétaire depuis 1987 de l’aréna situé à Hinchinbrooke.

C’est pour continuer d’offrir un service d’aréna à leur population que plusieurs municipalités de l’Ouest de la Montérégie se sont regroupées au sein d’une régie intermunicipale, il y a déjà une trentaine d’années. 

« Dans les années 1970, la municipalité de Huntingdon était venue à la conclusion qu’elle n’avait pas les moyens financiers d’avoir un nouvel aréna. Qui plus est, sa patinoire était condamnée. Elle a lancé un appel aux villes voisines et c’est de là que la régie a été créée », explique Paula­ Larocque, secrétaire-­trésorière de l’aréna régional d’Huntingdon.

Sept villes ont répondu à l’invitation. Désormais, neuf municipalités (Huntingdon, Hinchinbrooke­, Dundee, Elgin, Franklin, Godmanchester­, Ormstown, Saint-Anicet et Sainte-Barbe) sont membres à parts égales de la régie intermunicipale, qui est propriétaire depuis 1987 de l’aréna situé à Hinchinbrooke, à une heure trente de voiture de Saint-Césaire. Ensemble, ces villes desservent environ 16 052 citoyens.

Pour financer l’entretien et les opérations de l’infrastructure, ouverte de septembre à avril inclusivement, les municipalités versent une quote-part établie selon leur population. Ainsi, il en coûte chaque année 5,67 $ par citoyen par municipalité, ce qui représente une somme d’environ 91 000 $ sur le budget de 360 000 $ de la régie. 

Le reste est financé par la location du temps de glace, mais aussi par des commandites. Par exemple, la compagnie d’assurances Promutuel paie 10 000 $ par année pour donner son nom à l’aréna et pour voir son logo sur la glace, indique Mme Larocque. Une entente qui s’échelonnera sur vingt ans, soit jusqu’en 2031. Pour sa part, Desjardins avait prêté ses couleurs à la nouvelle surfaceuse de l’aréna en 2011, en vertu d’un partenariat de 100 000 $ répartis sur trois ans.