Un chenal à deux niveaux avec bandes riveraines élargies a été construit en 2019 le long de la branche 6 du ruisseau Poulin.
Un chenal à deux niveaux avec bandes riveraines élargies a été construit en 2019 le long de la branche 6 du ruisseau Poulin.

Québec facture la MRC Brome-Missisquoi pour vouloir améliorer ses cours d’eau

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Être facturée pour des travaux de destruction d’un milieu humide et hydrique alors que ces travaux serviront au contraire à améliorer l’environnement? C’est la situation à laquelle fait face la MRC Brome-Missisquoi, alors qu’elle attend les autorisations du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques pour faire des travaux novateurs sur deux cours d’eau agricoles.

Le conseil des maires de Brome-Missisquoi a contesté le mois dernier deux factures, nommées avis de contribution par le Ministère, pour des travaux que la MRC veut réaliser afin de diminuer l’apport en sédiments dans les rivières de la région et dans le lac Champlain. Les aménagements permettraient également d’éviter de devoir répéter aux 10 ou 15 ans les mêmes travaux d’entretien.

Pour le premier projet, dans la branche 4 du ruisseau Swennen, une première facture d’environ 25 000 $ a été envoyée à la MRC en 2019. Facture qu’elle a contestée. Un avis de contribution révisé de près de 8000 $ a été reçu cet été. Pour la branche 46 du ruisseau Morpions, une facture d’approximativement 9000 $ a été reçue également dans les derniers mois. La MRC conteste ces deux factures.


« Ça a super bien marché, sauf que ça a des impacts environnementaux importants. Un cours d’eau droit dans la nature, ça n’existe pas. »
Simon Lajeunesse, de la MRC Brome-Missisquoi

«On est en train de faire quelque chose qui est bénéfique, souligne Simon Lajeunesse, coordonnateur régional des cours d’eau pour la MRC. On ne comprend pas pourquoi on est assujetti à ces frais-là.»

Devant la résolution acheminée par les maires, la direction régionale du MELCC a accepté une rencontre avec l’équipe de la MRC, lundi, afin de trouver une solution.

Problèmes récurrents

Petite mise en contexte historique. Il y a une cinquantaine d’années, le ministère de l’Agriculture avait lancé un programme pour modifier le parcours emprunté par de petits ruisseaux afin d’augmenter les superficies agricoles, favoriser l’agriculture industrielle et drainer les champs, explique M. Lajeunesse.

«Ça a super bien marché, sauf que ça a des impacts environnementaux importants. Un cours d’eau droit dans la nature, ça n’existe pas.»

Les aménagements envisagés pour la branche 4 du ruisseau Swennen.

Le transport de sédiments, de phosphore, d’azote, de coliformes fécaux vers les rivières et le lac Champlain est élevé. Il arrive même, lorsque l’érosion est importante, par exemple lors d’une pluie diluvienne, que l’eau soit tellement polluée qu’il ne faut pas la toucher en raison des risques de tomber malade, illustre-t-il.

Les MRC ont les compétences légales pour entretenir ces cours d’eau, ce qui consiste à enlever les sédiments lorsqu’ils s’accumulent trop et bloquent les drains souterrains. «On est condamné à travailler ces cours d’eau là parce que ça se répète.»

Chaque année, environ une vingtaine de ces ruisseaux doivent être entretenus dans la région de Brome-Missisquoi.

Recréer la biodiversité

Pour que les travaux d’entretien reçoivent une autorisation rapide et sans frais du MELCC, il faut que l’ouvrage soit remis à son état d’origine.

«Nous, on ne veut pas faire ça. On veut réinventer les choses, poursuit le coordonnateur. Oui, il faut assurer le drainage, mais est-ce qu’il y a moyen d’avoir une plus-value environnementale pour avoir des cours d’eau plus durables, plus filtrants, avec une meilleure biodiversité?»

Le projet est réalisé avec l’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi. L’OBV travaille en amont, en collaboration avec des agronomes et les agriculteurs. La MRC, elle, planche sur une nouvelle façon de penser les cours d’eau agricoles.

Faire école

Pour la branche 4 du ruisseau Swennen, près du chemin Saint-Henri, à Saint-Armand, l’accumulation des sédiments se fait dans une pente et, lorsque l’eau arrive en bas, sur un plateau, ils s’accumulent. Les travaux viseraient à construire une aire de sédimentation en élargissant le cours d’eau afin de forcer les sédiments à s’y déposer. Puis, l’eau circulerait en serpentin dans un marais filtrant à quatre paliers avec différents types de végétaux. Ces deux aménagements n’existent pas en ce moment.

«Ce sont des techniques qui permettraient d’épurer le phosphore, l’azote, les éléments nutritifs, dans le but de protéger notre lac Champlain.»

La branche 46 du ruisseau Morpions.

Pour la branche 46 du ruisseau Morpions, à Sainte-Sabine, le projet prévoit un chenal à deux niveaux avec une plaine inondable intégrée et des talus végétalisés avec une zone filtrante. S’ajoutent des élargissements d’anciens fossés, perpendiculaires au cours d’eau, qui permettraient à l’eau qui arrive rapidement dans le ruisseau d’y tourbillonner et de se décharger de ses sédiments.

«Je pense qu’on est des pionniers là-dedans», croit Simon Lajeunesse, qui aimerait que de tels projets fassent école. «On aimerait arriver avec un guide technique, des fiches pour les autres MRC. On aimerait que le ministère de l’Environnement nous aide, qu’on soit partenaire. Le MAPAQ est déjà partenaire dans la démarche.»