Julie Rivet, directrice du Partage Notre-Dame, ainsi que Mathieu Frappier et  Nicolas Luppens, respectivement coordonnateurs du RSIQ et du GASP.

«Québec continue de tolérer l'intolérable»

Trois ans après le dépôt par le gouvernement provincial d'un plan de lutte contre l'itinérance, les retombées concrètes sur le terrain se font toujours attendre dans la région, comme dans l'ensemble du Québec.
Alors que les besoins croissent d'année en année, des organismes communautaires en Haute-Yamaska et à l'échelle provinciale déplorent unanimement l'immobilisme de Québec dans le dossier. « Le gouvernement Couillard doit avoir les moyens de ses ambitions. On ne veut pas d'une politique qui soit mise sur une tablette », a clamé lundi Nicolas Luppens, coordonnateur du Groupe actions solutions pauvreté (GASP).
Le Plan d'action en itinérance 2015-2020, dévoilé en décembre 2014 par la ministre de la Santé publique Lucie Charlebois­, prévoyait une enveloppe de 12,7 millions de dollars pour la mise en oeuvre d'une panoplie de mesures. Outre quelques réunions de comités régionaux, l'argent promis n'est pas au rendez-vous. « La mobilisation des gens qui travaillent dans le milieu communautaire avec des hauts dirigeants [du gouvernement] pour contrer l'itinérance est bien amorcée, mais nous n'avons aucun moyen, entre autres sur le plan financier, pour mettre quoi que ce soit en application. [...] Québec continue de tolérer l'intolérable », a déploré M. Luppens.
Mathieu Frappier, du Réseau solidarité itinérance du Québec (RSIQ), abonde dans le même sens. Celui-ci a par ailleurs fait valoir que certaines mesures gouvernementales viennent contrecarrer la lutte contre l'itinérance et la pauvreté. La réforme de l'aide sociale est l'un de ces nombreux écueils. « Sans le rehaussement des prestations d'aide sociale pour personne seule, on recule, a-t-il soutenu. Déjà à son niveau actuel, c'est impossible de subvenir aux besoins de base. Avec 600 $ [par mois], on ne paie pas un loyer, des dépenses de nourriture, des vêtements et le transport pour aller à différentes ressources. »
À cela s'ajoute l'indexation allouée aux organismes communautaires dans la récente mouture du budget Leitao, que M. Luppens qualifie de « ridicule ». « On parle de 0,7 % [d'augmentation], alors que l'inflation est déjà plus élevée que ça. » À ce chapitre, la survie de nombreuses organisations est menacée aux quatre coins du Québec­, a renchéri le représentant­ du RSIQ. 
Une fraction des besoins
Les besoins chiffrés par le GASP pour contrer l'essor de la pauvreté en Haute-Yamaska s'élèvent à 1,4 M $ par an. Ceux-ci s'articulent autour de cinq axes. Le premier consiste à consolider les services existants. Le second est la mise en place de l'accueil de nuit et de services d'urgence. Troisièmement, on parle d'accroître le nombre de logements sociaux.
Vient ensuite une amélioration de l'aide alimentaire. Et finalement, la bonification du suivi communautaire, entre autres avec l'ajout de travailleurs de rue. Or, le budget annoncé par Québec­ ne pourrait répondre qu'à une infime partie des besoins, a souligné M. Luppens. « Le gouvernement Couillard prévoit seulement un million de dollars supplémentaires [cette année] pour l'ensemble de la province pour lutter contre l'itinérance­. C'est complètement­ insensé. »
À ce jour, les chances que cette somme soit bonifiée sont faibles, a mentionné M. Frappier. « Le fédéral a fait ses devoirs dans la lutte à l'itinérance, mais on ne peut pas en dire autant à l'échelle provinciale. On a rencontré la ministre Lucie Charlebois vendredi [5 mai]. Elle nous a confirmé que ce qu'il y a dans le budget pour l'itinérance restera le même. On ne peut donc pas s'attendre à ce qu'on sorte un lapin d'un chapeau, a-t-il imagé. Le gouvernement du Québec devra être conséquent avec son plan. Il faut agir maintenant. »