L'accusée, Véronique Lalonde, est « sensible à ce que (l'enfant) a pu vivre », a souligné son avocat, Me Roger Paquin.

Que vaut un bébé secoué?

Deux ans de prison ou 90 jours à l'ombre incluant des travaux communautaires et un don ? Les parties ne s'entendent pas sur la sentence à imposer à une femme reconnue coupable d'avoir secoué un bébé de sa garderie, à Sainte-Cécile-de-Milton.
« La société ne tolère pas que les enfants soient maltraités ou que leur vie soit mise en danger », a déclaré M<sup>e</sup> Marie-Line Ducharme, de la Couronne.
La Couronne reconnaît que Véronique Lalonde, 29 ans, n'a pas le profil d'une habituée des palais de justice. Aujourd'hui adjointe juridique, elle n'avait aucun antécédent judiciaire avant d'avoir son verdict. Elle a bien collaboré avec les autorités et a toujours respecté les conditions émises par la cour.
« Mais elle ne reconnaît toujours pas ses torts, a relevé Me Marie-Line Ducharme, du ministère public. Elle n'a pas de remords, sinon de regretter de ne pas avoir appelé les secours plus rapidement. »
Questionnement
Ce jour d'avril 2012, Mme Lalonde surveillait plus d'enfants que la limite permise. La victime, qui avait un an, avait tendance à se blesser. Il s'est retrouvé avec les yeux « qui virent à l'envers », mou et la respiration saccadée. Ses quatre jours d'hospitalisation ont démontré qu'il souffrait du syndrome du bébé secoué, dont il n'a apparemment pas gardé de séquelles. 
L'accusée soutenait que l'enfant s'était fait plusieurs petites blessures, puis a chuté d'une table.
« Il y aura toujours un questionnement » lors de problèmes de santé à l'avenir, a dit Me Ducharme. « C'est dû à l'événement ou c'est normal ? » Elle a ajouté que « la société ne tolère pas que les enfants soient maltraités ou que leur vie soit mise en danger ».
Pour ces raisons, la Couronne a suggéré une peine de deux ans de prison - ce qui est « en bas de la fourchette » pour des voies de fait graves - ainsi qu'une probation de trois ans au cours de laquelle Mme Lalonde pourrait bénéficier d'une « démarche psychologique ».
Sensibilité
« Ce serait peut-être bon, pour qu'elle extériorise ses émotions », a repris Me Roger Paquin, de la défense. Dépeinte comme « organisée, consciencieuse et professionnelle », la mère de famille affiche un faible risque de récidive, a souligné l'avocat. Elle est aussi « sensible à ce que (l'enfant) a pu vivre, elle n'a pas aimé le voir dans cet état ». « Personne n'a souhaité ça. »
Citant une récente évaluation, « il est possible qu'elle ait été dépassée par les événements », a dit Me Paquin. Mme Lalonde a fermé sa garderie peu après son arrestation, et ce, « même si des parents voulaient continuer à faire garder leur enfant là ». 
Depuis la médiatisation de son procès, « elle se fait regarder de travers au dépanneur », a-t-il ajouté. Finalement, Me Paquin a rappelé qu'une poursuite intentée contre sa cliente, au civil, s'est soldée par le versement de 25 000 $ aux parents de l'enfant. 
Une sentence de 90 jours de prison à purger la fin de semaine, une probation de trois ans, un nombre « maximal » de travaux communautaire et un don à un organisme de charité satisferaient les fins de la justice, dit la défense.
Le juge Serge Champoux a pris sa décision en délibéré. Un appel a par ailleurs été déposé contre le verdict de culpabilité prononcé en décembre.