Même si ce ne sont que des vêtements qui sont épinglés de part et d’autre de la Zone de créativité du cégep (B-104), ils font référence à des réalités troublantes dont on ne peut plus détourner le regard, indiquent Marie-Claude Deslandes­ et Kathryne Guérin, les deux intervenantes en adaptation scolaire qui chapeautent la tenue de l’exposition.

Quand un vêtement vaut mille mots

«L’agression n’est pas simplement dans le tissu, elle fait partie de l’histoire de la personne. Si seulement mettre fin à la violence sexuelle était aussi facile que de changer de vêtements», peut-on lire sur une affichette mettant en contexte l’exposition Que portais-tu ? présentée gratuitement toute la semaine au Cégep de Granby.

Un avertissement est bien en vue à l’entrée de l’exposition, qui pourrait indisposer des visiteurs qui, au fil du parcours proposé, constateront que les tenues inspirées de ce que portaient des victimes d’agressions sexuelles au moment des faits ont bien peu à voir avec les gestes ayant été posés à leur encontre.

Car même si ce ne sont que des vêtements qui sont épinglés de part et d’autre de la Zone de créativité du cégep (B-104), ils font référence à des réalités troublantes dont on ne peut plus détourner le regard, indiquent Marie-Claude Deslandes et Kathryne Guérin, les deux intervenantes en adaptation scolaire qui chapeautent la tenue de l’exposition.

« Les commentaires qu’on a eu d’autres endroits où l’exposition a été présentée étaient que même si c’était seulement des vêtements, les gens ont trouvé ça percutant, mentionne Mme Guérin. Des fois, ça montre aussi des situations bien banales. On en a une, c’est une femme qui allait se chercher un verre d’eau. Elle a dit : ‘‘Avoir su, je serais allée chercher mon eau dans la salle de bain plutôt que dans la cuisine’’. »

« Quand on a défait la boîte, nous-mêmes on a fait : ‘‘Oh boy ! ’’ », renchérit l’intervenante en faisant référence à la robe fleurie portée par une fillette agressée par un membre de sa famille.

Détruire des préjugés

Mise sur pied par l’Université du Kansas, l’exposition Que portais-­tu ? fait d’abord référence à un poème de l’Américaine Mary Simmerling, elle-même une survivante d’agression sexuelle. Intitulée What were you wearing ? , l’oeuvre détaille ce que l’auteure portait au moment de son viol ; elle fait aussi état des questionnements de son entourage après les faits, qui attribuaient malgré eux son sort malheureux à son accoutrement.

« Les femmes se sentent souvent coupables des abus qu’elles ont subis, déplore Mme Deslandes. Si son entourage lui demande ce qu’elle portait à ce moment-là, ça ne fait qu’amplifier ce sentiment-là. »

L’exposition, qui a été présentée dans de nombreux pays du monde entier, cherche à détruire ces préjugés tenaces. « Peu importe ce que les gens vont porter, il n’y a aucun lien entre l’agression et les vêtements de la victime », indique l’intervenante.

« Parfois, les gens ont tendance à se dire : on sait bien, habillée de même ! Mais on ne sait pas l’impact que ça a sur la victime », renchérit sa collègue.

La tenue de l’exposition coïncide avec les 12 jours d’actions contre les violences faites aux femmes, qui se déroulent chaque année depuis vingt ans du 25 novembre au 6 décembre, jour de la tragédie de l’École Polytechnique de Montréal, où 14 femmes ont été assassinées. Vendredi marquera d’ailleurs le trentième anniversaire du drame.

L’exposition sera accessible au public mardi, de 11 h 30 à 14 h 30, jeudi de 10 h 30 à 14 h 30 et vendredi 13 h 30 à 15 h. Mmes Deslandes­ et Guérin seront sur place pour accompagner les visiteurs et répondre à leurs questions.