Ces jours-ci, des entreprises voient plusieurs de leurs employés retourner sur les bancs d’école à un moment où ils en auraient bien besoin.

Quand les employés retournent en classe...

La rentrée des classes marque généralement la fin de l’été. Or, comme le beau temps perdure désormais quelques semaines de plus en septembre, voire en octobre, la saison touristique, elle, n’est pas terminée. Ce faisant, des entreprises voient plusieurs de leurs employés retourner sur les bancs d’école à un moment où ils en auraient bien besoin.

Selon l’organisme Tourisme Cantons-de-l’Est, environ 30 % des étudiants qui occupent un emploi durant la période estivale sont embauchés par l’industrie touristique. Une proportion similaire travaille dans le commerce de détail.

« C’est ça la réalité, mais alors qu’on est aux prises avec un problème de main-d’œuvre, ça peut devenir un problème à la fin de l’été », indique Danie Béliveau, responsable des relations avec les médias pour l’organisme.

Au Zoo de Granby, 550 des 792 employés sont des étudiants qui y travaillent à temps partiel. La plupart travaillent en juillet et en août.

La situation semble moins problématique au jardin zoologique qu’ailleurs étant donné que ses heures d’ouverture sont réduites après le long congé de la Fête du Travail. « On reste ouverts seulement les fins de semaine, alors ça va, note Samuel Grenier directeur des opérations. Ce qui nous pose le plus problème, c’est la fin août, quand les étudiants qui vont au cégep ou à l’université s’en vont. »

Dans certains établissements, les cours reprennent cette semaine ou en début de semaine prochaine. À Granby, c’est effectivement lundi que les étudiants feront leur rentrée.

À Bromont, montagne d’expériences, plusieurs employés reprendront le chemin des classes d’ici quelques jours. « On est affectés, mais dans une proportion gérable », indiquait mardi Hélène Bélisle, conseillère en marketing et aux communications. D’ailleurs, un record d’achalandage de plus de 5000 clients avait été battu, mardi, nécessitant l’ouverture de stationnements généralement utilisés uniquement en hiver.

À chacun sa solution

Par ailleurs, de plus en plus de travailleurs étudiants choisissent de marquer une pause entre leur emploi d’été et leur retour en classe. Au Zoo de Granby, il n’est plus rare de voir de jeunes employés demander une semaine de vacances avant de commencer l’école. « On ne peut pas les retenir de force, mais c’est quelque chose qu’on voyait beaucoup moins auparavant », souligne M. Grenier.

Les moindres disponibilités du personnel étudiant forcent les entreprises à user de créativité.

Au Zoo, ce sont les employés permanents qui comblent les besoins. « On compte beaucoup sur nos employés adultes dans cette période-là, reconnaît le directeur des opérations. On procède aussi à l’ouverture de nos kiosques en alternance, selon les périodes, pour maximiser nos points de vente. »

On offre également beaucoup de souplesse dans les horaires. « Si un employé nous dit qu’il est libre une demi-journée parce qu’il n’a qu’un cours en avant-midi ou en après-midi par exemple, on lui offre la possibilité de travailler quelques heures, poursuit M. Grenier. Ça nous aide à nous sortir la tête hors de l’eau. »

Du côté de Bromont, montagne d’expériences, les postes laissés vacants par des étudiants sont comblés par des employés plus expérimentés. « Plusieurs de nos employés permanents ont leur certification de sauveteur, relève Mme Bélisle. Les travailleurs du service à la clientèle et de l’administration descendent des bureaux pour aller prêter main-forte dans le parc aquatique lorsque c’est nécessaire. Dans ces situations-là, on est capables de palier. »

C’est un son de cloche similaire qu’on entend de la part de Jean-Michel Ryan, président directeur général de Ski Mont Sutton. Les étudiants embauchés là-bas travaillent surtout dans la boutique de location. « On va en perdre quelques-uns, mais on réaménage l’horaire, indique-t-il. Dans notre cas, c’est le personnel annualisé qui prend la relève. »

Une saison qui s’étire

Le beau temps qui persiste jusqu’en septembre et l’été indien qui se fait invitant posent un attrait fort pour les vacanciers. « En fait, on estime maintenant qu’environ 40 % des Québécois prennent leurs vacances après le congé de la construction », mentionne Mme Béliveau.

L’offre touristique est d’ailleurs de plus en plus généreuse en automne, ce qui ajoute à l’équation. « La saison est décalée et s’étire maintenant jusqu’à la mi-octobre. L’automne est de plus en plus beau et on y organise de plus en plus d’activités, ajoute la porte-parole. Il suffit de penser au temps des pommes et à la saison des vendanges, où les gens affluent dans les vignobles. Après ça, les arbres changent de couleur, alors les montagnes et centres de ski sont ouverts pour les randonneurs. »

« Évidemment, on regarde pour développer des opérations sur toute l’année. Les gens étalent leurs vacances et leurs sorties, croit aussi M. Ryan. Certains préfèrent prendre plusieurs longs congés. »

Ce faisant, plusieurs acteurs de l’industrie touristique souhaiteraient voir la rentrée scolaire repoussée d’une semaine ou deux, soit tout juste après le férié de septembre.

« Ça ferait toute une différence pour nous! », lance M. Grenier.

« Si les établissements scolaires ouvraient une porte pour décaler la rentrée, on serait très favorables, reconnaît également Mme Bélisle. Ça serait un bon coup de main pour nous. »

Bien qu’aucune position officielle n’ait encore été endossée par Tourisme Cantons-de-l’Est, on y est conscients de l’impact que pourrait avoir une telle mesure. « Ce ne sont pas nous qui faisons les calendriers scolaires, mais on ne demande pas mieux que de s’adapter », concède Mme Béliveau.

Aucune demande formelle en ce sens n’a toutefois été faite auprès du Cégep de Granby, a confirmé par courriel Lenina Alvarez, conseillère en communication et attachée d’administration.