Claudie Lessard, formatrice et intervenante depuis 10 ans pour le Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska, a reçu le prix Méritas de l’intervenante­ de l’année en prévention du suicide.

Quand la collaboration sauve des vies

Claudie Lessard, formatrice et intervenante depuis 10 ans pour le Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska, a reçu le Méritas de l’intervenante de l’année. Ce prix, décerné par l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), souligne la contribution exceptionnelle de Mme Lessard en prévention du suicide.

Rejointe par La Voix de l’Est, l’intervenante et formatrice a confié qu’elle était « vraiment contente, mais un peu gênée » de recevoir cette distinction.

« C’est une reconnaissance qui me touche vraiment et je l’apprécie énormément ! Mais je me sentais un peu imposteur, parce que les réalisations pour lesquelles j’étais reconnue ou les compétences mises de l’avant, je ne les avais pas faites seule : c’était toujours avec les clients, les proches [des personnes qui ont fait une tentative de suicide ou qui y ont pensé] ou des collègues de travail », explique Mme Lessard. L’intervenante concède néanmoins qu’elle a toujours travaillé avec cœur et passion.

Cette humilité laisse transparaître la façon dont elle appréhende la prévention du suicide, soit comme un travail d’équipe. En effet, lorsqu’elle forme des intervenants, elle leur recommande de ne jamais travailler seuls, et de plutôt interagir avec les proches et avec d’autres intervenants. « Si la personne [qui envisage le suicide] n’est pas capable de résoudre ses difficultés seule, c’est un peu prétentieux de croire qu’un intervenant seul peut le faire. Moi, j’ai la mentalité que seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin », déclare Mme Lessard.

L’union fait la force
C’est d’ailleurs dans cet ordre d’idée qu’elle avait mis en place le programme Les Maillons, en collaboration avec l’unité de psychiatrie de l’hôpital de Granby.

Avec Les Maillons, l’unité de psychiatrie « ouvre ses portes » en travaillant en complémentarité avec les intervenants en prévention du suicide, et en communiquant avec les proches.

« Quand on travaille en réseau, ça prend un peu plus de temps, mais c’est plus profitable ! Souvent, les proches aussi se sentent impuissants et souffrent, alors en travaillant avec eux, on les soutient aussi », précise Mme Lessard.

En effet, Mme Lessard explique que pour les personnes hospitalisées en raison de comportement suicidaire qui obtiennent leur congé, le fait de revoir leurs proches peut parfois provoquer une crise ou créer un froid.

La communication établie grâce au programme permet de mesurer l’impact du geste de la personne hospitalisée et de déterminer l’approche à préconiser en situation de détresse.

« Ça redonne du pouvoir à tout ce monde-là pour mieux prévoir la sortie, et ça réduit le risque de récidive », ajoute-t-elle.

Quant à savoir quoi faire si on soupçonne un proche d’avoir des pensées suicidaires, Mme Lessard répond sans hésiter qu’il faut en parler — avec la personne ou avec un intervenant —, et ne pas attendre ni porter cette inquiétude seul.