Angèle et Réjeanne Senneville construisent un village de Noël depuis une vingtaine d’années.

Propager la joie des Fêtes

Dans leurs chaumières, il y a tout un village... de Noël. Chacun est unique et a sa propre saveur. L’un présente l’allure d’un vieux village anglais, l’autre des commerces plus modernes. Réjeanne Senneville et sa fille Angèle, ainsi que Marie-Claire Turgeon, ont ouvert les portes de leur village à La Voix de l’Est.

Le salon de Réjeanne accueille l’immense village qu’elle prépare annuellement depuis vingt ans avec sa fille. Cette année, les Granbyennes ont tout mis, sans exception, puisqu’il pourrait s’agir de leur dernier. Mme Senneville aura bientôt 90 ans. Bien qu’elle soit pétante de santé, elle ne sait pas si elle vivra encore dans sa maison l’an prochain.

Alors, elles en ont profité. À l’Halloween, mère et fille étaient déjà dans l’ambiance de Noël avec les boites de maisons, de personnages, d’infrastructures de toutes sortes bien alignées. La piste de ski a d’abord pris forme, puis l’église dans la colline et le quartier huppé. Tout au fond, à gauche, il y a la cabane du bucheron, et la ferme.

Plus bas, les différentes sections ont été ajoutées avec d’autres scènes et d’autres maisons du village à l’anglaise, qui prend environ 80 % de la surface du salon.

Le village de Réjeanne et Angèle Senneville est composé d’un nombre incalculable­ de scènes.

« Honnêtement, ça nous aurait pris un peu plus grand, confie Angèle. Ça fait vingt ans qu’on en rajoute. Ça ne rend pas fou, mais pas loin ! », ajoute-t-elle en riant. « D’année en année, tu trouves des idées. Tu vois, la chute qui est là-bas au fond? Une chute, ça fait de la brume, donc les arbres à côté sont blancs. L’imagination, ça peut aller loin. Au camp du bucheron, ça prenait une petite bécosse et un feu de camp. »

Au pied de la chute, un photographe se fait même interrompre par un bouc mécontent. Tout est dans les détails.

Débrouillardise

Quand le travail commence, tout le matériel est placé par catégorie au sous-sol. Scène par scène, le village prend forme au rez-de-chaussée. « Ça nous fait faire de l’exercice ! », soutient la maman bien fière du résultat.

« Cette année, on a fait un chemin qui part du fond avec des calèches qui circulent », fait remarquer Angèle. D’autres petites rues ont été recréées avec ponts et escaliers pour changer de niveau. Il faudrait des heures pour voir tous les détails de l’installation.

Le village de Noël de Marie-Claire Turgeon propage la joie des Fêtes dans son entourage.

Des tables sont faites de chevalets et de planches. Les tables de salon, planches de styromousse et boites permettent aussi de donner une dimension verticale au village et, pour compléter le tableau, une sœur d’Angèle a peint une muraille nocturne comme fond. La lune est même éclairée.

Parlant d’éclairage, tout est arrangé pour ne s’allumer qu’avec un bouton. « Il faut amener le courant, les fils de rallonge, etc., explique Angèle. En regardant en dessous, on voit beaucoup de spaghettis ! » Et quand la pièce vient avec une alimentation à batteries, elle fait de la soudure comme son frère le lui a appris.

La réalisation d’un village de Noël est une véritable passion et demande une patience hors du commun. Quand il y a un élément nouveau à vendre au magasin et qui fonctionne avec leur concept, Angèle « capote », avoue-t-elle.

De moins en moins populaire

Les villages de Noël semblent perdre de leur popularité puisque les grandes surfaces s’y intéressent de moins en moins.

Même constat pour Marie-Claire Turgeon, de Saint-Césaire, qui transforme aussi une partie de son salon en village de Noël. « Quand je trouve une affaire que je n’ai pas, je capote, dit-elle. Maintenant, je trouve qu’il n’y a plus grand-chose à vendre. C’est très très dur. Je suis allée à différentes places et on ne trouve plus rien. Quand j’ai trouvé mes fanfares pour le défilé, j’en ai trouvé juste des rouges. J’en ai acheté deux et j’en ai peinturé une. » Elle prend aussi soin de ses clôtures blanches qu’elle n’arrive plus à trouver et cherche toujours de gros lampadaires du genre de ceux que l’on retrouve aux abords des terrains de football.

Elle arrive toutefois à bonifier son village d’année en année. « Cette année, ma folie — parce que j’en fais une chaque année — ça a été mon camion de Coca Cola de Noël. »

Depuis une trentaine d’années, son village grandit et se bonifie. On y trouve un camp de chasse, un loisir que pratique son mari Claude, taxidermiste, une pente de ski, une érablière, de la pêche sur glace, un vignoble transformé en vinaigrerie en l’honneur d’un métier qu’a pratiqué Mme Turgeon, et une maison de pain d’épices, une de ses pièces préférées. Des commerces se sont aussi installés au cœur du village, comme la fleuriste, le magasin de beignes et une salle de quilles. Cet édifice est significatif pour les Turgeon puisqu’ils sont propriétaires d’une salle de quilles.

Pour se faire plaisir

Si les Turgeon ont une grande famille, composée de plusieurs petits-enfants, ce n’est pas pour eux que Marie-Claire construit son village année après année... mais bien pour elle !

Elle y consacre environ 80 heures de montage. « Mais je n’aime pas ça dire combien de temps ça prend parce que j’ai besoin de ça. C’est égoïste. »

Quand elle avait onze ans, ses jeunes frères n’avaient pas reçu de cadeau, ce qui l’a bouleversée. « On était une famille dysfonctionnelle. Et plus jamais un enfant n’a pleuré dans ma famille parce qu’il n’avait pas de cadeau. »

Son village lui procure du bonheur, fait plaisir aux autres et propage la joie des Fêtes dans son entourage. Avec cette installation, elle aime transmettre les valeurs importantes de Noël. Elle a un tel attachement à Noël qu’elle s’est mariée il y a plus de 50 ans un 24 décembre.