Des résidents du boulevard de Dieppe, à Cowansville, n’ont pas l’intention de vendre leur propriété­ au promoteur.
Des résidents du boulevard de Dieppe, à Cowansville, n’ont pas l’intention de vendre leur propriété­ au promoteur.

Projet résidentiel d'envergure à Cowansville: le promoteur offre d’acheter des maisons

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Confronté aux réticences de plusieurs résidents du boulevard de Dieppe qui craignent de voir leur quartier défiguré par la construction d’immeubles de dix étages, le promoteur souhaitant construire un important développement domiciliaire dans ce secteur a offert à une quinzaine de propriétaires d’acheter leur maison.

Rappelons que le promoteur Guy Samson souhaite bâtir de deux à quatre immeubles multilogements d’une hauteur de dix étages en bordure du boulevard de Dieppe, à Cowansville. Dans un second temps, il souhaite revamper le centre commercial en y attirant de nouveaux commerces grâce au nouveau noyau de résidents dans le secteur. Le tout fait l’objet d’un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) devant être adopté par le conseil municipal à la séance de mardi soir.

Seize propriétaires du boulevard de Dieppe et de la rue Albert ont été convoqués à l’hôtel de ville, jeudi soir. La mairesse Sylvie Beauregard a fait savoir aux principaux intéressés — ils étaient une douzaine — que M. Samson proposait d’acquérir leur résidence à leur valeur marchande. Au moins cinq auraient démontré de l’intérêt pour cette offre, a-t-on appris.

« Les gens ont été très attentifs. Il y en avait parmi eux qui n’avaient pas pris connaissance du projet. Ça a été l’occasion pour nous de leur en expliquer les tenants et aboutissants, rappelle l’élue. Pour moi, c’est une option. Nous, à la Ville, sommes en mode solutions. »

« Des gens du côté de Dieppe se plaignaient déjà des désagréments causés par le skatepark et par les lumières du terrain de baseball. Ils étaient déjà mécontents, a souligné M. Samson lors d’une entrevue téléphonique. Alors, à mes yeux, c’est la seule chose logique à faire. »

Offre conditionnelle

En se fiant aux évaluations foncières de la municipalité, M. Samson estime à environ 2,4 millions de dollars la valeur des résidences, valeur qui pourrait être revue à la hausse si des améliorations ont été effectuées sur certaines maisons. C’est pourquoi il rencontrera mercredi un évaluateur agréé qui devra déterminer le juste prix de chaque demeure.

Les résidences acquises seraient démolies pour y rebâtir probablement d’autres immeubles multilogements, de plus petite taille toutefois. « On regardera ce qu’on fera à ce moment-là, indique M. Samson. Pour l’instant, il n’y a rien de défini. »

Évidemment, l’offre d’achat est conditionnelle au lancement du projet, clarifie-t-on, mais permettra aux citoyens intéressés de prendre leur temps pour se relocaliser. « J’ai de trois à cinq ans pour faire mon projet; les gens auront amplement le temps de trouver quelque chose qui leur convient », indique M. Samson qui dit ne pas être « le genre à mettre du monde dehors ».

Les citoyens n’auront toutefois pas un tel délai pour prendre une décision. Même s’il n’y a pas de date-butoir à l’offre de M. Samson, « il ne faut pas tarder », a indiqué Mme Beauregard, précisant que la Ville relancera les citoyens sous peu.

M. Samson estime également qu’il est du devoir de la municipalité de convaincre ses citoyens du bien-fondé de son projet. « Je ne veux pas arriver là comme un chien dans un jeu de quilles. Une chose est sûre : si le PPCMOI ne passe pas, je n’achète rien. Je n’ai aucun intérêt pour le centre d’achat si je ne peux pas construire mes immeubles », prévient-il.

Inquiétudes

Un citoyen du boulevard de Dieppe qui n’a pas voulu que son nom soit publié est pour sa part en faveur de la proposition. « Toutes nos maisons vont faire face à un mur, explique l’homme. Je trouve qu’il nous a fait une bonne offre dans les circonstances. »

Un avis qui trouve son contraire plus loin sur la rue.

« Le promoteur offre d’acheter nos maisons pour se débarrasser de nous », dénonce Pierre Poirier.

Sa conjointe, Manon Blanchard, qui a manifesté sa farouche opposition au projet lors des assemblées de consultation publique tenues le 22 janvier, est pour sa part très déçue de la tournure des choses. « Ce qu’ils nous proposent, c’est étouffant, décrie la citoyenne, la voix étranglée par l’émotion. Et les travaux vont durer des années. J’ai voté pour cette mairesse-là, une femme brillante, qui va de l’avant. Je ne pensais pas qu’elle écraserait des citoyens pour réaliser ses projets... »

Robert Gingues est pour sa part en réflexion. « Je ne toucherai pas à ma maison tant que je ne sais pas ce qui va arriver, a-t-il fait savoir. Il y a des gens qui pensent vraiment que le centre d’achats va revivre. Moi, je ne crois pas à ça. »

« La Ville pense plus aux taxes qu’à autre chose, ajoute le Cowansvillois. Elle essaie de passer par-dessus la tête de tout le monde. »

Le montant offert pour l’achat des maisons ne fait pas l’unanimité. « Les évaluations dans le secteur sont assez basses; si on se fait racheter à ce prix-là, on ne sera pas capables d’acheter une maison ailleurs », déplore pour sa part Benoit Berger, qui affirme ne pas avoir été convoqué à la rencontre. « Je n’ai reçu aucun message vocal ou courrier à ce sujet. C’est incompréhensible », lâche-t-il.

Une inquiétude partagée par plusieurs de ses voisins, dont Élise Ouellette, qui vient d’investir tout près de 100 000 $ dans la résidence familiale qu’elle a acquise en héritage et dans laquelle elle comptait couler ses vieux jours. « C’est ici que j’ai grandi. Nous sommes arrivés en 1966, bien avant que le Domaine du Parc ne soit construit, raconte-t-elle. Je doute que ce qu’on va m’offrir va me permettre de me relocaliser pour la même valeur. »

Craignant d’être « écrasée par cette monstruosité » que seront les édifices de dix étages, la Cowansvilloise dénonce, comme ses voisins, le fait d’être les « œufs à casser pour faire l’omelette ». « Je sais qu’il faut revitaliser le centre-ville et accueillir de nouveaux citoyens, dit-elle, mais ça, c’est du développement sauvage. »

LE MILIEU COMMUNAUTAIRE INQUIET

Dans un communiqué émis lundi, la Corporation de développement communautaire (CDC) de Brome-Missisquoi a tenu à partager les inquiétudes de ses membres quant au projet immobilier prévu au centre-ville.

On déplore en premier lieu le manque actuel de cases de stationnement au centre-ville pour les organismes communautaires qui s’y trouvent. Avec la croissance démographique importante qu’a connue la municipalité au cours des dernières années, cette problématique ne saurait que s’aggraver, craint-on. 

La CDC a également souligné la clientèle croissante de ses membres, devenus à l’étroit dans leurs locaux, « désuets pour certains et difficilement accessibles pour les personnes à mobilité réduite ». On estime qu’un centre communautaire serait plus utile que la salle de spectacle multifonctionnelle prévue dans le projet.

La corporation déplore ensuite l’absence de logements sociaux dans les cartons du projet. Elle réclame que le conseil municipal adopte une politique d’habitation, rappelant qu’« au terme d’un vaste chantier de consultations et de concertations tenu à l’automne, tous les acteurs du milieu, incluant des élus et des employés de la municipalité, s’entendaient pour dire que les besoins en logements abordables sont criants à Cowansville et que ces initiatives de logements sociaux seront largement insuffisantes. »

Interpellé à ce sujet, le promoteur Guy Samson a rappelé que la construction de logements sociaux et la gestion d’offices municipaux d’habitation ne relevaient pas d’entreprises privées, mais du gouvernement et des municipalités.