Tout près de 75 personnes se sont présentées à l’hôtel de ville de Cowansville en début d’après-midi, mercredi, si bien que malgré l’ajout de places assises, des personnes sont demeurées debout sur le seuil de la porte de la salle du conseil, faute de place.
Tout près de 75 personnes se sont présentées à l’hôtel de ville de Cowansville en début d’après-midi, mercredi, si bien que malgré l’ajout de places assises, des personnes sont demeurées debout sur le seuil de la porte de la salle du conseil, faute de place.

Projet immobilier majeur à Cowansville: de nombreux citoyens font entendre leur opposition

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Le projet de revitalisation du centre-ville, qui passe entre autres par la construction de plusieurs immeubles à logements d’envergure en bordure du boulevard de Dieppe, ne passe pas comme une lettre à la poste. De nombreux citoyens ont fait valoir leur opposition au projet mercredi.

La consultation publique s’est tenue en deux temps. D’abord, en après-midi, de 13h30 à 16h30, puis en soirée, de 19h à 21h.

Il n’y avait pas suffisamment de places assises pour accueillir tous les citoyens curieux d’en connaître davantage sur le projet immobilier d’envergure envisagé dans le secteur du Domaine du Parc, et ceux qui souhaitaient communiquer leurs réserves quant à l’initiative. Tout près de 75 personnes se sont présentées à l’hôtel de ville, si bien que malgré l’ajout de places assises, des personnes sont demeurées debout sur le seuil de la porte de la salle du conseil, faute de place.

Les vingt premières minutes de la séance ont été accordées à un rappel du projet par le directeur du Service de l’aménagement urbain et de l’environnement de la municipalité, Marc-Antoine Dunlavey.

Un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) est au coeur du développement immobilier proposé par le promoteur. Le PPCMOI permet au conseil municipal de permettre certaines dérogations d’un projet, s’il ne respecte pas les barrières réglementaires actuelles, mais dans le cadre de conditions bien précises.

C’est le cas du projet à naître le long du boulevard de Dieppe, alors que de quatre à cinq immeubles de dix étages seraient construits en deux phases, pour un total de 256 logements. Le plan d’urbanisme de Cowansville ne permet pas, actuellement, des bâtiments de plus de cinq étages dans ce secteur.

Ainsi, pour obtenir le feu vert de la Ville, le projet devra présenter un plan de gestion des eaux de ruissellement approuvé par la MRC Brome-Missisquoi, prévoir l’équivalent de 1,5 case de stationnement par logement sans empiéter sur l’aménagement paysager, respecter les conditions d’aménagement prévues par un plan d’implantation et d’intégration architecturale, présenter une architecture et un aménagement paysager « recherchés » et ne pas nuire à la circulation ou l’entretien dans le secteur des rues Guy-Bilodeau et du Septième-Art.

À LIRE AUSSI: Un projet immobilier et commercial fait salle comble à Cowansville


Les vingt premières minutes de la séance ont été accordées à un rappel du projet par le directeur du Service de l’aménagement urbain et de l’environnement  de la municipalité, Marc-Antoine Dunlavey.

« Bidon au cube »

Le second projet de règlement touchant le PPCMOI devrait être adopté à la séance du 4 février, a avancé M. Dunlavey. Autour du 19 février, un avis public annonçant le début des signatures pour la tenue d’un registre sera publié, dans l’optique de forcer la municipalité à tenir un référendum sur le sujet. Si aucune opposition ne se manifeste, le projet en tant que tel sera adopté dans son ensemble le 3 mars prochain.

Des délais que certains citoyens ont jugé bien courts si des modifications doivent être apportées au projet.

« La consultation d’aujourd’hui, c’est bidon au cube, a lâché Roger Rouleau. La loi vous oblige à nous consulter; mais si on n’a pas le temps et les moyens d’organiser notre opposition, ça sert à quoi? »

Le citoyen voyait mal en quoi le développement domiciliaire profitera aux citoyens déjà établis dans la municipalité. « On paie toujours plus de taxes, mais nos rues se dégradent, nos infrastructures ne sont pas renouvelées. A-t-on les ressources et les infrastructures pour accueillir près de 300 nouveaux logements? », a-t-il demandé.

Une interrogation qui trouvait écho dans plusieurs autres interventions.

La capacité d’absorption des services de santé et sociaux actuels a d’ailleurs été remise en question. « Il faut être réaliste, a souligné Colette Martial. Est-ce qu’on a les services pour cette nouvelle population? »

La dame a aussi fait part de ses craintes face à l’achalandage routier engendré par les futurs habitants du complexe résidentiel, étant donné la problématique de congestion qu’elle constate déjà dans ce secteur. « Y a-t-il eu une étude de circulation de faite avant d’autoriser le projet? », a demandé la citoyenne, qui s’est fait répondre par la négative.

Manon Blanchard, qui demeure elle-même sur le boulevard de Dieppe, s’est farouchement opposée à ce que de nouveaux immeubles obstruent la vue des résidents actuels du quartier. « Quand on aime les grandes villes, on va y vivre. On n’impose pas de telles constructions aux citoyens qui ont choisi le calme de la campagne », a-t-elle fait valoir.

« Bulle spéculative »

La phase trois du projet verrait l’agrandissement du centre commercial le Domaine du Parc, que le promoteur doit acquérir avant de penser à construire ses immeubles. L’entente avec Cowansville prévoit en effet de bonifier l’offre commerciale de l’édifice pour le rendre plus attrayant.

Des citoyens se sont montrés sceptiques. « On n’a aucune garantie de la part du promoteur. Qui nous dit qu’après l’avoir acheté, il va vraiment l’améliorer? On est dans une bulle spéculative », a affirmé Denis Giroux, ajoutant que le projet représente « peut-être quelque chose d’intéressant au niveau des taxes pour la municipalité et pour le promoteur, mais que pour les citoyens, ça n’apporte rien de plus. »

L’homme souhaiterait que le processus référendaire, s’il a lieu, soit étendu à l’ensemble des citoyens, qui devront composer eux aussi avec ces nouveaux immeubles qui changeront le visage du centre-ville.

Un citoyen anglophone ne s’étant pas nommé a fait valoir que ce genre de projet aurait davantage sa place dans le secteur commercial du Walmart, ce qui lui a valu des applaudissements.

Doléances du communautaire

Après avoir appris qu’aucun logement à prix modique n’était prévu, Gabrielle Laliberté, représentant l’organisme Le sac à mots, a pour sa part déploré que les moins nantis n’aient pas encore leur place dans les futurs projets.

« Il faut s’assurer de l’abordabilité des logements, a-t-elle clamé. Un PPCMOI, c’est censé représenter le plan d’urbanisme de la municipalité. Celui-ci parle de mixité. »

La directrice de la Corporation de développement communautaire de Brome-Missisquoi, Corinne Labbé, a abondé en ce sens en faisant valoir que devant l’absence de logis abordables dans le projet et le manque actuel de logements, le milieu communautaire était « inquiet ».

« L’idée de revitaliser le centre-ville, qui peut être contre ça ? Mais nos citoyens vulnérables ne sont pas ici pour s’exprimer. Pour certains, l’enjeu est compliqué. D’autres ne sont pas suffisamment informés. Mais ils doivent avoir une place. On vous tend la main: le communautaire aimerait travailler de concert avec la Ville et les promoteurs pour la réussite de ce projet. Serait-ce possible ? », a-t-elle demandé, sans qu’on lui réponde.