«Ce projet de loi devait à l’origine revoir les structures scolaires et non porter atteinte à l’autonomie des enseignants», dit le président du Syndicat de l’enseignement du Haut-Richelieu, Éric Plourde.

Projet de loi 40: les profs réduits à des «pantins», dénonce un syndicat

Une fois n’est pas coutume, des enseignants unissent leur voix à celle de leur employeur pour dénoncer le projet de loi visant à modifier les commissions scolaires.

Le projet de loi 40 est «une atteinte à l’autonomie des enseignants» qui les réduira à des «pantins», dont le jugement sera de moins en moins sollicité, dénonce le Syndicat de l’enseignement du Haut-Richelieu (SEHR), dont les membres oeuvrent à la commission scolaire des Hautes-Rivières (Montérégie-Centre).

Il «déconsidère ouvertement les enseignants en réduisant leur espace décisionnel, en amoindrissant la portée de leur jugement professionnel et en essayant de leur imposer sournoisement et à la pièce des éléments d’un ordre professionnel», indique le président du SEHR, Éric Plourde, dans un communiqué.

M. Plourde montre du doigt les passages du projet de loi qui autorise la «manipulation des notes consentie à la direction», un «espace décisionnel réduit en perdant la parité au conseil d’établissement» et des «inégalités scolaires qui iront en s’accroissant en facilitant le développement de projets particuliers sans aucune forme d’encadrement».

Le président du SEHR se prononce également contre les futurs «comités d’engagement» formés de plusieurs membres non-enseignants qui auront à juger le travail des maîtres. 

«Ce projet de loi devait à l’origine revoir les structures scolaires et non porter atteinte à l’autonomie des enseignants, dit M. Plourde. Le ministre doit sérieusement reconsidérer la portée de sa loi.»

Formations obligatoires

Du côté des enseignants de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska, on en a particulièrement contre les formations désormais obligatoires.

«Les enseignants sont assez intelligents pour savoir ce dont ils ont besoin», dit Sophie Veilleux, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska.

Elle rappelle que tous les enseignants n’ont pas les mêmes besoins, d’où la nécessité, plutôt, que les formations soient mieux adaptées.

Les «tripotage de notes» et les «comités d’engagement» hérissent également Mme Veilleux, qui fait remarquer qu’il y a déjà «tout plein de gérants d’estrade» en éducation.

«Ça envoie quoi comme message aux profs ? Que l’on rejette leur jugement.»

La présidente du SEHY reconnaît qu’«il y a des choses à changer dans le système scolaire», mais soutient que le projet de loi 40 va «empirer la situation pour les enseignants et, nécessairement, pour les élèves».

Ce sera la fin des élections scolaires, mais il y a aussi «un paquet d’affaires qui passent par la porte d’à côté» dans le projet de loi, dit Sophie Veilleux.

MÉMOIRES DÉPOSÉS À QUÉBEC

Les commissions scolaires du Val-des-Cerfs et des Hautes-Rivières ont présenté mardi leur mémoire en commission parlementaire au sujet du projet de loi 40, aussi appelée Loi modifiant principalement la Loi sur l’instruction publique relativement à l’organisation et à la gouvernance scolaires.

Elles ont réitéré leur souhait que le gouvernement Legault suspende ce projet de loi à la faveur d’une « vaste consultation » sur l’avenir du réseau public d’éducation au Québec.

« Si les objectifs (...) étaient d’augmenter la participation citoyenne à l’éducation, d’alléger la bureaucratie, de rapprocher les décisions de ceux qui connaissent les élèves par leur nom et d’améliorer la réussite des élèves québécois, aucun des objectifs ne sera atteint par les modifications proposées à la Loi sur l’instruction publique », soutient Andrée Bouchard, présidente de la commission scolaire des Hautes-Rivières et porte-parole du Regroupement des commissions scolaires de la Montérégie.

« Si le projet de loi 40 est adopté, c’est le ministre qui sera la seule personne imputable d’un budget de plus de 11 milliards de dollars au lieu de 700 commissaires élus qui, bien qu’imparfaits, sont partout sur le territoire québécois », ajoute Francine St-Denis, vice-président du Regroupement et présidente de la commission scolaire des Trois-Lacs (Vaudreuil-Dorion).