Laurent St-Martin n'aurait pas respecté ses conditions de remise en liberté en invectivant un plaignant à sa sortie du palais de justice.

Procès pour agression sexuelle: l'accusé placé en détention

Un homme de Granby accusé d'agression sexuelle sur des mineurs a été remis en détention en milieu de procès, mardi.
Selon le ministère public, Laurent St-Martin aurait invectivé l'un des deux plaignants - aujourd'hui majeurs - près d'une sortie du palais de justice, ce qu'interdisent ses conditions de remise en liberté. La présumée victime venait de finir son témoignage.
L'accusé de 61 ans lui aurait lancé « t'es ben mieux de r'virer de bord, mon crisse » en serrant les poings, a indiqué Me Valérie Simard-Croteau, de la Couronne. Se référant à l'article 524 du Code criminel, elle a demandé l'arrestation immédiate de M. St-Martin, ce que la juge Julie Beauchesne a accepté.
À la défense, Me Pascale Gauthier a rétorqué qu'elle jugeait l'arrestation exagérée. Son client « n'a jamais brisé ses conditions de remise en liberté et ça arrive en milieu de procès », a-t-elle dit. « Et monsieur est quand même présumé innocent. »
Trois témoins contredisent la phrase alléguée, a ajouté Me Gauthier. Il s'agit de proches de M. St-Martin qui assistaient au procès. « Je considère que ce n'est pas justifié du tout, ce 524-là. Le tribunal doit quand même avoir des motifs raisonnables. »
« Je ne suis pas déplacé avec personne, s'est défendu l'accusé, appelé à la barre. Il m'a contourné, moi et ma femme. Je ne l'ai pas reconnu sur le coup. » L'ex-plombier a passé la nuit en prison puisque la juge a refusé d'entendre le débat sur le fond. Un autre magistrat entendra cette question mercredi.
Gestes reprochés
Plus tôt dans la journée, la cour a entendu le témoignage des deux plaignants - dont les identités sont protégées - aux dossiers d'agressions sexuelles. L'un d'eux, qui a aujourd'hui 40 ans, aurait subi des gestes alors qu'il était âgé de 4 à 12 ans.
L'accusé lui aurait fait des attouchements, des masturbations et au moins une fellation. « Il a arrêté quand je lui ai dit que ça me faisait mal », a dit la présumée victime au sujet de la première agression reprochée.
« C'est arrivé à quelques occasions, je ne peux pas me rappeler du nombre exact. (...) Il me disait qu'il m'aimait et que c'était notre secret, qu'il ne fallait pas que j'en parle à personne. Ça finissait souvent qu'il se masturbait et éjaculait dans un Kleenex. »
À la dernière agression alléguée, il aurait dit « j'aime pas ça » à M. St-Martin. « Il a reviré de bord et m'a laissé tranquille. »
Pourquoi ne pas en avoir parlé avant ? , a demandé la défense. « Pour moi, ça faisait partie du passé, a dit le témoin. Et je pensais être la seule victime. Je voulais juste me soigner, passer à autre chose. Avoir une vie normale. »
Confusion
L'autre plaignant, âgé de 33 ans, a témoigné plus difficilement. Confuse et souvent contradictoire, sa version a fait état de gestes similaires subis à l'âge de 13 et de 18 ans. 
« Il m'a baissé le pantalon et touché à mon pénis. Après il m'a demandé si j'avais aimé ça. J'ai répondu oui parce que j'avais peur de sa réaction. J'avais peur qu'il se mette en colère. »
L'accusé lui aurait aussi exigé des masturbations et des fellations. Le plaignant a admis qu'il consommait beaucoup de marijuana à l'époque et était « un peu délinquant ».
Lui aussi a été flou sur le nombre de gestes allégués, et aussi sur les circonstances. Il a aussi soutenu avoir rencontré une autre présumée victime de M. St-Martin, en 1996, mais la défense lui a fait remarquer que la fillette était née en 2001.
Dans cette autre cause, démarrée en juin, le tribunal doit rendre son verdict le 9 janvier. Laurent St-Martin n'a pas d'antécédent judiciaire.