« Je vous propose de ne pas retenir le témoignage de M. de Leto », a indiqué Me Marie-Claude Morin, de la Couronne, aux membres du jury.

Procès de Leto: ne croyez pas l’accusé, prévient la Couronne

Si on écarte le témoignage de Giuseppe de Leto, il apparaît clair que l’homme de 37 ans a participé au meurtre d’un couple qui gérait un bar de danseuses nues, un crime commis en 2015 à Acton Vale, soutient la Couronne.

« Quand on la met bout à bout, la preuve ne laisse pas place à beaucoup d’interprétation », a indiqué Me Marie-Claude Morin lors de sa plaidoirie finale, jeudi, au procès qui se tient depuis un mois au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

Il peut manquer des éléments de compréhension aux 12 membres du jury, mais le portrait global est, selon l’avocate, limpide.

M. de Leto avait comme plan — avec son complice Francis Yergeau — d’assassiner Nancy Beaulieu et Martin Bélair puis de faire croire au propriétaire restant du bar le Cabaret Flamingo que M. Bélair lui devait un demi-million de dollars issu d’une transaction de cocaïne, a rappelé Me Morin. Mais la tentative d’extorsion a échoué.

Crédibilité

Tous les éléments de preuve concordent en ce sens, a dit la Couronne, hormis le témoignage de l’accusé qui prétend avoir fait de la motoneige le soir du crime, le 6 janvier 2015, puis être rentré chez lui.

« Le croyez-vous ? », a demandé Me Morin, rappelant que M. de Leto avait déjà menti sous serment, qu’il s’est contredit en quelques occasions, que son témoignage devant la cour avait été « évasif, invraisemblable et nébuleux » et qu’il « ajustait ses réponses aux questions ».

L’accusé, Giuseppe de Leto.

« Je ne m’en souviens plus » a été une de ses réponses fréquentes, a rappelé la Couronne. « Ça jette un regard sur sa crédibilité. Je vous propose de ne pas retenir le témoignage de M. de Leto. »

Les autres éléments de preuve sont clairs, a-t-elle ajouté : l’accusé s’était procuré une arme et des projectiles similaires à ceux utilisés sur les victimes, il avait donné rendez-vous à M. Bélair le soir du crime et il est retourné au bar de Saint-Hyacinthe le lendemain, très énervé, pour exiger de l’argent.

Pourquoi, d’ailleurs, s’est-il empressé à son arrivée de dire au portier qu’on lui devait une forte somme ?, a demandé la Couronne. Comment savait-il déjà que M. Bélair avait disparu ? Et pourquoi n’a-t-il pas essayé de joindre Mme Beaulieu – ce qu’il avait déjà fait dans le passé — au sujet de cette disparition ?

Bruit

L’accusé a aussi été filmé, dans les jours précédant le crime, en train d’acheter de la corde et des draps identiques à ceux utilisés pour envelopper les corps retrouvés quelques jours plus tard dans un stationnement de Mascouche.

À son témoignage, M. de Leto a prétendu que c’était pour recouvrir une cargaison transportée par motoneige, parce que les draps faisaient moins de bruit qu’une bâche. Or, il s’agissait de motoneiges à essence et le bruit d’une bâche aurait être enterré par celui du moteur, a mentionné Me Marie-Claude Morin.

« Je crois avoir fait la preuve qu’il a soit commis les meurtres, soit il y a participé. La preuve ne révèle pas qu’il voulait le bar, mais il voulait 500 000 $. »

La preuve au procès de Giuseppe de Leto étant terminée, le jury commencera ses délibérations lundi après avoir reçu les directives du juge André Vincent, de la Cour supérieure.

M. de Leto, qui fait face à deux accusations de meurtre prémédité et à deux de complot pour meurtre, reste détenu durant les procédures judiciaires.