Accusé d’un double meurtre, Francis Yergeau soutient maintenant ne rien avoir à se reprocher.

Procès de Francis Yergeau: l’accusé fait volte-face

Bien qu’il soit passé aux aveux lors de son interrogatoire policier, l’un des auteurs allégués d’un double meurtre commis à Acton Vale en 2015 soutient maintenant qu’il n’a rien à se reprocher.

Appelé à la barre par ses avocats, Francis Yergeau a entamé son témoignage, lundi, à son procès pour les meurtres prémédités de Nancy Beaulieu et Martin Bélair, un couple qui gérait un bar de danseuses nues à Saint-Hyacinthe.

L’homme de 39 ans — qui a plaidé non coupable — a déclaré qu’il était absent lorsque les victimes ont trouvé la mort, le 6 janvier 2015, à l’usine de blocs de béton où il travaillait.

Tout ce qu’il a fait, c’est d’y accueillir, M. Bélair jusqu’à l’arrivée de Luigi*, son ex-collègue et coaccusé, un homme de 36 ans dont l’identité est protégée en vue de son éventuel procès.

Il serait ensuite allé chercher Mme Beaulieu à sa résidence de Granby puisque Luigi lui a dit que M. Bélair aurait besoin d’un « conducteur désigné » après la soirée.

Puis, après s’être absenté de nouveau de l’usine, M. Yergeau a dit y être retourné pour constater avec effroi les deux cadavres jonchant le plancher.

Il n’a pas directement incriminé son complice allégué puisque Luigi* serait revenu à l’usine après lui.

Pantin

L’accusé, qui se définit comme ayant été le « pantin » de son coaccusé, a indiqué n’avoir posé aucune question ni s’être objecté d’avoir eu à recouvrir et ficeler les corps des victimes, puis de les abandonner dans le boîte d’un camion stationné à Mascouche, dans Lanaudière.

Un témoignage qui tranche avec l’interrogatoire policier présenté au jury, la semaine dernière, par la Couronne.

Dans cette vidéo, M. Yergeau explique de façon détaillée qu’il a tiré sur M. Bélair et que, quelques minutes plus tard, son complice allégué a fait de même sur Mme Beaulieu.

Selon cette première version, le duo d’accusé avait, dans les mois précédents, fait courir le bruit qu’ils étaient des trafiquants de cocaïne acoquinés avec la mafia italienne.

Leur plan était d’éliminer Martin Bélair puis d’affirmer qu’il leur devait une grosse somme issue d’une transaction illicite. Ils exigeraient ensuite du copropriétaire du Cabaret Flamingo de leur céder les parts de la victime en guise de dédommagement.

Quant à Mme Beaulieu, elle a été tuée parce qu’elle en savait trop.

Or, devant le refus du copropriétaire du bar et une présence policière accrue après la découverte des cadavres, le 9 janvier 2015, ils ont abandonné leur idée.

« Le plan était clair. Je l’ai exécuté. J’ai fait ma part », explique-t-il sur la vidéo enregistrée le jour de son arrestation en mai 2016.

Enjôleur

Lundi, l’accusé avait une tout autre version et a soutenu qu’aucun meurtre n’avait été planifié. Ce soir-là, il n’a fait qu’obéir aux directives de son complice allégué, qui du reste ne lui donnait que très peu d’information.

Il a mentionné que Luigi était un beau parleur qui l’avait enjôlé et fait s’endetter dans toutes sortes de combines qui n’ont jamais rapporté.

Lui-même se décrit comme un homme ayant une faible estime personnelle et qui a « toujours eu besoin d’une figure d’autorité » à ses côtés pour s’affirmer.

« C’est facile de voir que je suis vide de l’intérieur », a-t-il dit en répondant aux questions de l’un de ses avocats, Me Rodrigue Beauchesne.

« J’étais le faire-valoir. J’ai été le majordome du diable. »

Le témoignage de Francis Yergeau doit se poursuivre mardi au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

(*nom fictif)