La bénévole Frances Champigny

Prix hommage bénévolat-Québec remis à Frances Champigny

Frances Champigny revient tout juste de Québec, où son engagement bénévole a été salué par le gouvernement. « Quand on a vu qu’ils cherchaient des candidats pour ces prix hommage au bénévolat, on a pensé à Frances, qui fait pratiquement du temps plein bénévolement dans le dossier de l’accessibilité universelle », explique Louise Gagnon-Lessard, de l’Association des personnes handicapées physiques de Brome-Missisquoi.

Au premier regard, qui croirait que Frances Champigny est si active et engagée dans sa communauté? En fauteuil roulant, avec une diction manquant parfois de fluidité, cette femme de 62 ans alimente probablement les préjugés que subissent les personnes handicapées physiques.

Et pourtant ! Coquette, le regard vif et déterminé, elle est engagée dans sa communauté et participe à faire de l’accessibilité universelle un sujet incontournable. Elle milite pour qu’un maximum de commerces et lieux publics soit accessible aux personnes à mobilité réduite. La Cowansvilloise indique ainsi qu’un bottin électronique (voir à la fin de ce texte) permet à la population à mobilité réduite de connaître quels sont les 600 lieux de Brome-Missisquoi ayant été adaptés.

Plus qu’une simple marche

L’accessibilité universelle embrasse plus large que l’accessibilité adaptée à un lieu physique, comme une rampe d’accès, par exemple. La compréhension de la langue peut même en faire partie. Mme Champigny cite à ce sujet les pictogrammes mis en place par l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins afin d’aider les gens ne lisant pas le français à se repérer dans l’établissement de santé.

Améliorer l’accessibilité physique demeure toutefois l’enjeu prioritaire pour l’Association des personnes handicapées physiques de Brome-Missisquoi (APHPBM), notamment pour l’industrie touristique caractéristique de cette MRC.

Lieux d’hébergement

« Il faut développer le tourisme accessible dans notre région, indique Mme Gagnon-Lessard, coordonnatrice pour l’accessibilité universelle à l’ APHPBM. On a besoin que davantage de lieux d’hébergement offrent des chambres adaptées aux personnes à mobilité réduite. On travaille avec le comité consultatif en tourisme du Centre local de développement de Brome-Missisquoi pour les sensibiliser [en ce sens]. »

Selon elle, 13 % de la population de Brome-Missisquoi vit avec un handicap physique, soit environ 7000 personnes. Et si on englobe les personnes vieillissantes aux prises avec des problèmes de mobilité, on parle alors de 25% de la population.

Le gouvernement du Québec est d’ailleurs passé à l’action en février 2019 en améliorant son Programme d’accessibilité des établissements touristiques 2017-2022, faisant passer à 50 000 $ la subvention aux travaux éligibles, alors que celle-ci était plafonnée depuis 2017 à 20 000 $.

Les deux femmes soulignent l’exemple du Domaine Château-Bromont qui se démarque en terme d’accessibilité, en proposant quatre chambres adaptées. Une dizaine de vignobles sont également accessibles, selon elles.

« C’est à l’avantage des établissements touristiques de s’adapter, car les personnes âgées voyagent de plus en plus », rappelle Mme Champigny, ajoutant que l’accessibilité accrue représente également un avantage concurrentiel pour les commerces.

Bottin des endroits de Brome-Missisquoi accessibles aux personnes à mobilité réduite : www.accesbromemissisquoi.com

HANDICAPÉE, ET ALORS?

Sauter en parachute trois fois plutôt qu’une, faire du « ski adapté » depuis 17 ans, s’entraîner au gym deux à trois fois par semaine et faire du bénévolat à temps plein, c’est possible. Du moins, c’est le cas de Frances Champigny, pour qui la vie a pris un tournant dramatique sur une table d’opération il y a près de 30 ans.

À l’hôpital pour une chirurgie bénigne à l’estomac, en 1991, elle s’est retrouvée en choc septique, flirtant avec la mort, puis a plongé dans le coma pendant un mois. Une longue convalescence a ensuite suivi.

« J’étais complètement paralysée, se souvient-elle. Je ne marchais plus, je n’étais plus capable de me servir de mes mains et je ne parlais plus. Les cellules de mon corps étaient toutes tombées à zéro. Mais on est chanceux nous autres les humains: on a 300 000 cellules qui ne servent à rien, je les ai rééduquées, et je continue à faire un petit pourcentage de progrès à chaque année. »

Manifestement optimiste de nature, elle affiche un visage radieux lors de l’entrevue avec le journal. « Mon médecin me dit que si je vis jusqu’à 145 ans, je vais être redevenue normale », s’amuse-t-elle.

Vice-présidente du CA de l’Office des personnes handicapées du Québec depuis trois ans, elle a l’engagement communautaire tatoué sur le cœur, elle qui est aussi impliquée avec le Club Lions de Cowansville.

Cependant, elle garde une petite gêne par rapport au prix Hommage bénévolat-Québec qu’elle vient de recevoir... « Le bénévolat, c’est le secret le mieux gardé, dit-elle à demi-voix. Ça nous rapporte énormément à nous, et en plus, ça rallonge même notre vie! »

Audrey Desmarais et la postconsommation

Audrey Desmarais et Frances Champigny ont en commun ceci : tout est parti de quelques cellules (voir le texte « S’adapter à la différence »). Lauréate du prix Hommage bénévolat-Québec chez les moins de 35 ans, Audrey a créé La Cellule il y a trois ans, un lieu d’échange de produits et de services suivant les principes de la simplicité volontaire.

La bénévole et résidante de Roxton Pond, Audrey Desmarais, a reçu le prix Hommage bénévolat-Québec chez les moins de 35 ans.

Audrey Desmarais et Frances Champigny ont en commun ceci : tout est parti de quelques cellules (voir le texte « S’adapter à la différence »). Lauréate du prix Hommage bénévolat-Québec chez les moins de 35 ans, Audrey a créé La Cellule il y a trois ans, un lieu d’échange de produits et de services suivant les principes de la simplicité volontaire.

Plusieurs chemins ont mené la jeune Roxtonaise à promouvoir cette philosophie. Tour à tour présidente d’un comité pour la défense des droits des minorités sexuelles au cégep, membre d’une troupe de théâtre burlesque luttant contre la discrimination corporelle, ou donatrice de mitaines-tuques-foulards aux sans-abri de Montréal et Granby, cette étudiante en dernière année du baccalauréat en travail social à l’UQAM présente à 29 ans une feuille de route bien garnie en matière d’engagement bénévole.

La Cellule, qui propose autant du troc — « J’ai par exemple déjà échangé des outils de mon voisin contre de l’aide pour son aménagement paysager » — que des ateliers de couture, entre autres, compte 600 personnes sur son groupe Facebook privé. « On a tous à cœur de réduire notre consommation pour des raisons sociales ou écologiques », indique Mme Desmarais, qui a fondé ce regroupement, car elle se sentait un peu seule dans cette aventure postconsommation.

« Audrey est prête à donner de son temps pour partager avec les autres et avoir un impact positif sur la communauté, témoigne Véronique Beaulieu, une de ses amies. Elle donne beaucoup, naturellement. Il faudrait plus de gens comme elle. »

Audrey aura effectivement besoin d’aide, car elle ne pourra pas concilier la fin de ses études avec du bénévolat à temps plein. « Les gens pensent que le bénévolat nécessite beaucoup d’heures, mais c’est plus simple qu’on pense », assure-t-elle, invitant les curieux à prendre contact avec elle.