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L’eau est abondante au Québec, mais il existe des épisodes de rareté ponctuelle qui découlent des périodes de sécheresse qui diminuent les débits des cours d’eau.
L’eau est abondante au Québec, mais il existe des épisodes de rareté ponctuelle qui découlent des périodes de sécheresse qui diminuent les débits des cours d’eau.

Prévoir les épisodes de rareté de l’eau

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
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L’abondance de l’eau est généralisée au Québec, mais la rareté locale existe. Dans les bassins versants des rivières Yamaska et Missisquoi, ces épisodes de rareté, qui devraient prendre de l’importance avec les changements climatiques, sont liés aux périodes de sécheresse qui réduisent de façon importante le débit des rivières, un phénomène appelé étiage.

« Ce n’est pas le Sahara, on n’est pas en mode catastrophe », nuance d’emblée le directeur général de l’Organisme de bassin versant (OBV) de la Yamaska, Alex Martin. Dans les périodes d’étiage, le cours d’eau qui rétrécit peut mener à des « conflits d’usages ». L’eau se fait plus rare alors que les activités industrielles et domestiques continuent en parallèle des écosystèmes qui en dépendent. Le défi est donc de s’assurer qu’il y ait assez d’eau pour tous.

« La Yamaska, c’est des petits débits », précise Alex Martin, ajoutant qu’ils représentent environ 20 à 25 % des débits de sa voisine, la rivière Saint-François, qui approvisionne notamment Sherbrooke et Drummondville en eau potable, et de la rivière Richelieu, qui alimente une quarantaine de municipalités.

Granby, Bromont, Cowansville et Farnham s’approvisionnent à partir de la Yamaska et comptent sur différents réservoirs pour combler les besoins supplémentaires des résidents, entreprises et industries.

« C’est très intéressant le cas de Granby, mentionne Alex Martin. Au début des années 1900, il n’y avait pas assez d’eau pour les activités industrielles que la ville voulait avoir. Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Le lac Boivin. Ils ont fait un réservoir, ils ont développé un endroit où l’eau va rester plus élevée pendant plus longtemps pour en avoir suffisamment pour leurs besoins. »

«La ville s’est développée et ils ont manqué d’eau à nouveau. Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Le réservoir Choinière. Un gros réservoir, plus loin, mais qui permet ultimement l’approvisionnement en eau. Si on va dans la Yamaska-Nord, en amont du réservoir, le débit est tout petit et on ne pourrait pas du tout approvisionner Granby. »

L’enjeu de la quantité de l’eau conduit inévitablement à celui de la qualité en raison de la prolifération des cyanobactéries et de la contamination de l’eau.

«Ce n’est pas le Sahara, on n’est pas en mode catastrophe», nuance le directeur général de l’Organisme de bassin versant de la Yasmaska, Alex Martin.

« La quantité totale de contaminants qu’on émet avec nos activités ne changent pas. Oui, les usines municipales font un traitement, mais l’eau n’est pas parfaite lorsqu’elle retourne dans la rivière. Donc il y a une quantité relativement fixe qu’on rejette dans la rivière, qu’elle ait un débit de 100 m3 par seconde ou de 1 m3 », ajoute le directeur général de l’OBV Yamaska.

Il cite en exemple les conséquences des surverses de 2016 et 2018 à Saint-Hyacinthe, qui ont causé la mort de centaines de poissons puisque la quantité d’oxygène disponible n’était pas suffisante dans le cours d’eau.

Des prévisions qui se confirment

Le niveau d’eau du réservoir Choinière, dans le parc national de la Yamaska, a atteint son plus bas niveau en quatre ans en septembre dernier. Il fallait remonter à 2012 et à 2000 pour observer des niveaux d’eau semblables.

« Le niveau du réservoir Choinière est particulièrement bas cette année, et ce, malgré le débit minimum évacué en respect des contraintes d’exploitation du barrage. L’étiage soutenu qui perdure depuis la mi-avril dans le secteur du parc de la Yamaska en est responsable », avait indiqué la relationniste de ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), Caroline Cloutier, à La Voix de l’Est en septembre.

Le niveau d’eau du lac Champlain, dans le bassin versant de la rivière Missisquoi, a aussi atteint un seuil historiquement bas au cours des deux dernières semaines de septembre, alors que le niveau d’eau enregistré à la station hydrométrique de Saint-Armand était sous la barre minimum établie pour cette période en 1970. La situation n’était toutefois pas inquiétante pour l’approvisionnement des municipalités qui en dépendent, avait précisé le président de l’OBV de la baie Missisquoi, Pierre Leduc.

Il traçait néanmoins un parallèle avec les prévisions de l’organisme environnemental Ouranos développées en collaboration avec le gouvernement du Québec, qui prévoient une hausse des températures et des étiages plus longs et sévères en automne. Même si les périodes d’étiages s’allongent dans la baie Missisquoi, un manque d’eau demeure hypothétique, assure Pierre Leduc, puisque le lac Champlain est alimenté par la rivière Richelieu et que le niveau de l’eau est maintenu par un seuil de roche.

Ce qui inquiète davantage M. Leduc, c’est la hausse de la température de l’eau. Entre 1964 et 2012, l’eau du bassin versant a enregistré une hausse de 2,2 degrés Celsius.

Le barrage Choinière en septembre 2020

« C’est beaucoup en une cinquantaine d’années », dit-il.

Une eau plus chaude présente en moins grande quantité favorise l’apparition de cyanobactéries, ce qui augmente les coûts de traitement.

Plus souvent, plus important, plus long

Les chercheurs qui étudient les événements climatiques extrêmes comme les inondations, les grandes sécheresses ou les pluies diluviennes disent qu’ils se présentent plus souvent, qu’ils sont plus importants et qu’ils sont plus longs en raison du réchauffement climatique.

« Les étiages vont donc se présenter plus souvent, ils vont durer plus longtemps et ils se seront plus sévères », explique le président de l’OBV la Yamaska, avant d’ajouter du même souffle qu’on parle ici de variation de pourcentage et qu’il y a chaque année des étiages d’ampleurs différentes.

« Il y a des données qui sont inquiétantes, remarque-t-il toutefois en analysant les données de l’Atlas hydroclimatique du Québec méridional. Pour certains cours d’eau de la région, on atteint des 20, 25 et 30 % moins d’eau dans ces périodes-là, qui sont déjà des périodes difficiles. On voit des municipalités dire : “Arrêtez d’arroser vos pelouses, parce qu’il n’a pas plu depuis deux semaines”. On peut imaginer que s’il fallait demander aux citoyens de ne plus arroser durant ces périodes, mais qu’elles durent plus longtemps et qu’il y a 25 % moins d’eau, il y a peut-être d’autres enjeux qu’il faut considérer. Est-ce qu’il faut s’en inquiéter ? Oui, mais ce n’est pas le temps de déménager nos usines ailleurs ou d’arrêter de faire de l’agriculture, il faut s’adapter ou être plus résilient à ces périodes particulières », affirme Alex Martin.

Les municipalités déploient déjà des mesures pour contrôler la consommation de l’eau et assurer la cohabitation avec la faune et la flore.

Ces solutions peuvent prendre plusieurs formes. On peut travailler sur le cours d’eau pour maximiser l’eau, s’attaquer à l’usage de la ressource en priorisant certaines activités ou encore mettre des incitatifs financiers qui récompensent les comportements sains. L’avenue priorisée doit toutefois être le fruit d’une concertation de tous les acteurs de l’eau du territoire, avance le président de l’organisme dont c’est l’un des principaux mandats.

Le niveau d’eau du lac Champlain a atteint un seuil historiquement bas au cours des deux dernières semaines de septembre en 2020, alors que le niveau d’eau enregistré à la station hydrométrique de Saint-Armand était sous la barre minimum établie pour cette période en 1970. Si bien que le lit rocheux de la rivière aux Brochets était bien visible.

Chose certaine, il faudra aller plus loin que des petites actions comme fermer le robinet lorsqu’on se brosse les dents, dit-il.

GRANBY ET BROMONT ANTICIPENT LES EFFETS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Il faut s’attendre à ce qu’à l’avenir, lors de certaines périodes, des municipalités soient confrontées à des enjeux d’approvisionnement en eau. Granby et Bromont pourraient faire partie du lot. 

Granby risque de faire face à un conflit d’usage dans un horizon de 30 ans puisque sa population projetée pour 2031 est estimée à 76 825 habitants, souligne-t-on dans le plan directeur de l’eau (PDE) 2017-2021 de la MRC de la Haute-Yamaska. Une hausse de 10 375 par rapport à la population de 2013, selon l’Institut de la statistique du Québec. Cela pourrait potentiellement nuire au maintien de la vie aquatique de la rivière Yamaska. 

Coordonnateur de la division environnement à la Ville de Granby, Serge Drolet estime que la population locale est chanceuse de pouvoir compter sur le barrage Choinière, qui contrôle le débit d’eau qui permet d’approvisionner la municipalité.

« On retient l’eau au printemps et pendant l’été en période d’étiage, il y a une modulation du débit qui est livré à Granby», explique-t-il.

Serge Drolet, coordonnateur de la division environnement de la Ville de Granby

S’il venait à être à sec, le réservoir Lemieux dans le lac Boivin pourrait répondre aux besoins de la ville pour deux à trois semaines.

Les mesures mises en place à Granby sont soulignées dans le PDE 2017-2021. Le règlement sur l’arrosage, la présence de la patrouille verte — un cinquième patrouilleur s’ajoutera cet été —, l’installation de compteurs d’eau dans les entreprises, l’ajout de toilettes à débit réduit et le programme de subventions pour les barils récupérateurs d’eau de pluie ont permis de limiter la consommation d’eau globale. Un autre moyen d’éviter les pertes est de traquer les fuites dans le réseau d’aqueduc pour éviter de gaspiller la ressource. 

« Même si la population augmente, on note une légère baisse de la consommation », souligne Serge Drolet, qui dit que la surveillance et le contrôle quotidien ne laissent pas place à l’inquiétude. 

« Les changements climatiques sont notre principal défi en tant que communauté. » 

Des précautions à Bromont

Du côté de Bromont, le maire Louis Villeneuve assure que l’administration municipale suit de très près la consommation d’eau et les effets des changements climatiques.

« La ville est en croissance, on a plusieurs projets de développement et on n’a aucune inquiétude à court terme de pouvoir les desservir en eau potable», indique le directeur des services techniques, Steve Médou. 

«Par contre, à moyen et long termes, on a des indicateurs qui nous poussent à prendre des mesures dès maintenant pour essayer de contrer les effets des changements climatiques et des périodes d’étiage qui risquent d’être prolongées avec une croissance qui devrait être soutenue dans les 50 prochaines années. »

La Ville de Bromont retient une certaine quantité d’eau près de l’usine de traitement des eaux à l’aide d’un barrage constitué de roches. 

« Le barrage fait le travail, mais il y a des lacunes parce que c’est de la pierre », indique le maire Villeneuve. 

La rivière Yamaska à Bromont

Un projet de digue permanente en béton qui remplacerait l’infrastructure en roche est en préparation depuis quelques années.

Steve Médou est d’avis que les récentes études menées par la municipalité auront apporté les correctifs nécessaires au projet afin qu’il obtienne l’aval du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. « On est sur le point de déposer une demande formelle », précise-t-il. 

«(Bromont) est en croissance, on a plusieurs projets de développement et on n’a aucune inquiétude à court terme de pouvoir les desservir en eau potable», souligne le directeur des services techniques de la municipalité, Steve Médou. 

Ce projet devrait permettre une meilleure rétention de l’eau et une diminution de la fréquence des interventions d’entretien. 

Bromont ne met pas tous ses œufs dans le même panier et souhaite trouver des solutions alternatives durables qui permettraient d’assurer l’approvisionnement de la municipalité en eau potable. La recherche d’eaux souterraines pour combler la demande et une réactualisation de l’entente avec la municipalité de Lac-Brome, qui gère son barrage, sont en cours d’analyse.