Le Service de sécurité incendie de Bromont-Brigham-Saint-Alphonse compte maintenant une brigade de sentinelles, dont font partie Gilbert Rolland, Denis Maigret, Jean-Philippe Lagacé, Éloïse Van Doorn et Jean-Christophe Leclair.

Prévention du suicide: une nouvelle brigade de sentinelles

Être plus attentifs aux signes avant-coureurs de comportements suicidaires et être plus à l’écoute de leurs collègues de travail. Voilà la mission de la première cohorte de sentinelles formée au sein du Service de sécurité incendie de Bromont-Brigham-Saint-Alphonse par le Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska.

« Le service grandit et on a de plus en plus d’interventions. On vit des choses de plus en plus intenses. Les chocs post-traumatiques peuvent ressortir à tout moment. Tout le monde vit des choses importantes. À notre niveau, on trouvait important qu’on se bâtisse un coffre d’outils pour être mieux préparés », explique Gilbert Rolland, capitaine aux opérations et gestionnaire de formation au sein de la brigade.

La formation de sentinelles, d’une durée de sept heures, est proposée par le Centre de prévention du suicide de la Haute- Yamaska, qui dessert aussi le territoire de Brome-Missisquoi.

« C’est démystifier l’état dans lequel une personne peut se trouver, comment elle se sent. Ces éléments peuvent ensuite nous permettre d’être une sentinelle et de lever le drapeau, parce que cette personne semble vulnérable », explique Jean-Philippe Lagacé, coordonnateur incendie et personne-ressource du programme Sentinelles à la brigade bromontoise.

M. Lagacé, également l’instigateur de la formation dans son milieu de travail, estime que le cours permet aux sentinelles d’être plus « attentives ».

« C’est aussi d’utiliser le bon langage pour aller chercher les bonnes informations pour savoir s’il y a un danger immédiat », explique-t-il.

« On a tous, de près ou de loin, vécu ou connu quelqu’un qui est passé à l’acte, malheureusement, renchérit le capitaine Rolland. On s’est tous posé la question : est-ce que j’aurais pu intervenir ? Est-ce que j’aurais pu faire quelque chose ? La formation est un petit coffre d’outils facile à aller chercher et plaisant comme expérience. Ça a été très enrichissant. »

Quatorze membres du service formés

Le Service de sécurité incendie de Bromont-Brigham- Saint-Alphonse est le deuxième dans la région après Cowansville à se prévaloir de la formation dispensée à l’ensemble de la province. Quelque 14 pompiers et membres du personnel administratif de la brigade bromontoise ont suivi la formation cet automne.

« C’est une prise en charge de premier niveau, affirme le capitaine Rolland. Ça permet d’avoir des phares à l’intérieur du service et à tous les niveaux de la hiérarchie. Ces gens-là ont des outils de plus et sont supportés par le Centre de prévention du suicide pour les aider à cheminer. Les employés savent que des gens sont des sentinelles, qu’ils ont eu une formation. Déjà, ça va peut-être ouvrir la porte à des personnes qui ne se sentent vraiment pas bien. Et nous, ça nous permet d’observer des changements et d’agir plus rapidement. »

Les pompiers avaient d’ailleurs déjà l’habitude d’organiser un débriefing à la suite d’une intervention.

« Quand on observe qu’une personne semble avoir été plus sensible pendant une intervention, des gens vont aller vers elle pour s’assurer que tout va bien. Pendant le débriefing, on rappelle que c’est normal d’avoir un mini-traumatisme et de ne pas hésiter à en parler et qu’il y a des services disponibles pour les aider à passer à travers », indique le lieutenant Lagacé.

Certaines interventions réalisées par les pompiers sont parfois plus difficiles et les ébranlent davantage. Par le passé, les sapeurs de Bromont ont notamment eu à intervenir auprès de la fille d’un collègue de travail qui a perdu la vie dans un accident et la mère d’un confrère qui s’est suicidée.

« On voit toute sorte de choses et on va continuer à en voir », affirme M. Rolland. Les pompiers de Bromont souhaitent maintenant que les autres services de la région emboîtent le pas et forment des sentinelles dans leur milieu de travail.

« Pour nous, c’est aussi important qu’un cours de secourisme. Ce sont des formations que tout le monde devrait suivre. Ça devrait être offert à l’école, être inculqué dès notre plus jeune âge », estime M. Rolland.

Le Centre de prévention du suicide de la Haute-Yamaska compte plus de 500 sentinelles, mais il souhaite en former le double, autant dans les écoles, les entreprises, les services d’urgence que les industries, fait savoir Esther Laframboise, directrice générale de l’organisme.