Le programme Persévérance scolaire et intelligence artificielle, développé par la commission scolaire du Val-des-Cerfs, doit être présenté au ministre de l’Éducation nationale de France, Jean-Michel Blanquer. «J’ai toujours été obsédé par la réussite des élèves et le fait qu’on en perdait en cours de route sans s’être rendu compte qu’ils étaient sur une voie de décrochage», explique le directeur général Éric Racine.

Prévention du décrochage: la France s’intéresse à un outil de Val-des-Cerfs

Un outil développé par la commission scolaire du Val-des-Cerfs pour prévenir le décrochage pourrait être utilisé en France.

À la demande du gouvernement français, le directeur général de Val-des-Cerfs, Éric Racine, doit présenter le programme Persévérance scolaire et intelligence artificielle au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, vendredi.

Le ministre de l’Éducation du Québec Jean-François Roberge et des hauts fonctionnaires doivent également assister à la rencontre prévue au Consulat général de France à Montréal.

Une reconnaissance appréciée par la commission scolaire de Brome-Missisquoi et de la Haute-Yamaska qui planche sur cet outil depuis deux ans, à l’initiative du directeur général.

« J’ai toujours été obsédé par la réussite des élèves et le fait qu’on en perdait en cours de route sans s’être rendu compte qu’ils étaient sur une voie de décrochage », explique M. Racine en entrevue.

Agir trop tard, à la fin du secondaire comme c’est souvent le cas, est presque inutile, souligne-t-il. « Rendu là, on ne fait que du curatif... ou de l’autopsie. »

L’idéal est de repérer tôt les indices de décrochage potentiel afin de fournir l’aide nécessaire aux élèves qui en ont besoin, et ce, dès le début du secondaire.

C’est pourquoi le programme analyse essentiellement des données issues du primaire comme l’assiduité, le nombre de déménagements, les échecs en langue, la fréquentation de services de garde ou encore le temps passé en transport scolaire.

Plus de 400 variables sont prises en compte par le logiciel statistique — d’où l’expression « intelligence artificielle » —, mais une trentaine ont été identifiées comme étant réellement significatives. Bref, la réussite scolaire en général n’est pas l’unique facteur qui influence le décrochage.

Repris ailleurs au Québec

L’outil suscite aussi de l’intérêt au Québec : cinq commissions scolaires de la province — Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Laval, Vallée-des-Tisserands (Haut-Saint-Laurent) et des Chènes (Drummondville) — vont l’adopter cette année, ce qui permettra en outre d’en valider l’efficacité à plus grande échelle.

« Bon an mal an, on pourra le tester sur 100 000 élèves », dit M. Racine.

Chez nous, des interventions ont déjà été faites auprès d’élèves, mais puisque le programme n’existe que depuis deux ans, il est encore trop tôt pour dire s’il « sauve » des élèves du décrochage.

Mais la compilation de données issues de 30 000 dossiers scolaires depuis 2002 a permis d’identifier les éléments récurrents chez les élèves qui avaient décroché. L’algorithme a fonctionné dans 92 % des cas.

« Il n’y a pas qu’un seul profil de décrocheur », précise Éric Racine.

Les actions antidécrochage seront donc menées à partir de la 6e année du primaire pour avoir le temps d’agir en « récupération adaptée ».

« Plus on agit tôt, plus on a des chances de réussir, dit le DG. Une fois que la démotivation est en place, c’est dur de la renverser. »

Le taux de décrochage à Val-des-Cerfs est présentement de 11,4 % et touche surtout les garçons. Au Québec, il se chiffre à 15,5 %. Ces deux taux sont en baisse depuis huit ans, notamment grâce aux actions mises en place par les commissions scolaires.

À Val-des-Cerfs, on mise beaucoup sur l’aide aux transitions (arrivée à la maternelle, au primaire et au secondaire), les communautés d’apprentissage (enseignants d’un même niveau qui travaillent de concert) ainsi que la recherche et développement.

« Il se fait de belles choses ici. On regarde tout ce qui est innovation pédagogique », souligne le DG de Val-des-Cerfs.

« REVOIR LA GOUVERNANCE EST UNE BONNE CHOSE »

Questionné au sujet du projet de loi 40 visant l’abolition des élections et des commissaires scolaires, le DG de Val-des-Cerfs reconnaît qu’il y a « place à l’amélioration » et que « revoir la gouvernance est une bonne chose ».

« Mais il faut s’assurer de garder ce qui est bon », souligne Éric Racine. « Est-ce que le futur conseil d’administration (NB : qui remplacera le conseil des commissaires) sera aussi représentatif de toute la commission scolaire ? Y aura-t-il une redistribution équitable des ressources ? »

Malgré les coupes, Val-des-Cerfs a fait baisser son taux de décrochage et augmenter la réussite scolaire, fait-il remarquer.

« Au-delà de la gouvernance, le but des commissions scolaires reste la réussite scolaire des élèves », note-t-il.