Les policiers Caroline Garand et Daniel Tanguay, ainsi que l’intervenante Annie Blouin du CALACS, participent au projet pilote de la campagne #gardeçapourtoi.

Prévenir les dangers du sextage

Tes boules, ta chatte, ta queue: #gardeçapourtoi. Sensibiliser les jeunes aux dangers du sextage représente un défi pour les corps policiers. Celui de la Ville de Gatineau a opté pour une campagne de prévention en choisissant des mots qui parlent aux jeunes et le Service de police de Granby a décidé à son tour de la reprendre pour rejoindre les adolescents de son territoire.

Le sextage et l’échange de photos intimes entre jeunes sont une problématique vécue à l’échelle provinciale. À Granby, les agents du département de la prévention sont contactés chaque semaine pour des images intimes d’un jeune remises à une autre personne qui au final finissent par circuler dans toute l’école ou encore d’adolescents qui ne veulent plus se rendre à l’école après la diffusion d’une photo intime partagée publiquement.

« On reçoit des appels, on gère des situations en prévention, mais c’est quand même rare qu’il y a des accusations criminelles, indique Caroline Garand, porte-parole et préventionniste au Service de police de Granby. Souvent les photos viennent des jeunes, mais ils ne sont pas conscients du danger. Ils pensent donner la photo juste à une personne, mais une fois que la photo est partie, elle voyage. »

Les policiers abordaient déjà la question du sextage lors de conférences sur la cyberintimidation, mais ils souhaitaient déployer un programme qui traite spécifiquement du sujet.

Le Service de police de Granby a donc acquis — comme une quinzaine de corps policiers au Québec — les droits de la campagne de sensibilisation Tes boules, ta chatte, ta queue: #gardeçapourtoi destinée aux jeunes en première secondaire et développée par le Service de police de la Ville de Gatineau. « La prévention, on la fait en secondaire un. Ça peut paraître tôt, mais si on le fait après, il va être trop tard », dit la policière Garand.

Projet pilote

À Granby, un projet pilote se déroule actuellement à l’école secondaire l’Envolée où les adolescents ont été rencontrés. Les groupes sont divisés en deux, les garçons dans l’un, les filles dans l’autre, ce qui facilite les discussions et permet aux jeunes de s’exprimer sans gêne.

Les policiers, accompagnés d’un procureur des poursuites criminelles et pénales, rencontrent un groupe pour leur parler des lois tandis qu’une intervenante du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) rencontre l’autre groupe où il est question de consentement, de respect et de conséquences sociales.

Un jeune sur trois aurait déjà envoyé ou reçu un sexto, ce qui signifie qu’il pourrait possiblement être accusé de production ou de possession de pornographie juvénile.

Une lettre est ensuite acheminée aux parents pour leur expliquer le projet. Tout comme les enseignants et la population en générale, ils ont été invités à consulter le site internet de la Ville de Granby où il est question du sextage, des dangers qu’il comporte et comment intervenir si un tel événement survient.

Être entendu des jeunes

Cette campagne est née d’une problématique vécue en Outaouais. « On a des policiers attitrés aux écoles secondaires qui ont noté depuis 2014 une hausse des dossiers principalement de sextage, des jeunes qui font de l’échange de photos à caractère intime. Techniquement, c’est de la pornographie, c’est une problématique et les jeunes ne réalisent pas ce qu’ils font », explique Myriam Houde, membre de l’équipe en recherche, développement et stratégie organisationnelle du Service de police de la Ville de Gatineau.

Une rencontre regroupant différents intervenants, dont le service de police, le CALACS et le directeur des poursuites criminelles et pénales, pour discuter de la problématique a donné lieu à un projet sur lequel ils ont travaillé pendant trois ans et qui a donné naissance à la campagne de sensibilisation en 2017.

Des jeunes ont également été consultés pour valider que le langage utilisé était celui qui pouvait les rejoindre. « Faire un programme de prévention, ce n’est pas très winner, ce n’est pas glamour. Il fallait vraiment se démarquer, dit Mme Houde. On avait un gros défi. On parle d’une problématique particulière et un service de police qui parle de sexualité, ça aussi, c’est assez particulier. On réalisait dans nos dossiers que les jeunes ne savaient pas que ce qu’ils faisaient, c’est criminel. Ça s’appelle de la pornographie juvénile. »

C’est ainsi que #gardeçapourtoi est né pour contrer le sextage et les échanges de photos à caractère sexuel entre les jeunes. La campagne utilise un langage à double sens. Elle parle de boules illustrées par des boules de billard, de chatte avec la photo d’un chat et de queue avec celle d’un iguane.

« Notre organisation a décidé d’entendre les jeunes et de se dire, si c’est comme ça qu’il faut s’adresser à eux pour que notre message soit entendu, on y croit tellement qu’on va oser la prévention différemment, d’où notre message tes boules gardent ça pour toi, ta chatte garde ça pour toi. Ça prenait du courage organisationnel pour dire on va de l’avant », mentionne Mme Houde.

Un jeune sur trois

La campagne de prévention révèle également qu’un jeune sur trois a déjà envoyé ou reçu un sexto, ce qui signifie qu’il pourrait possiblement être accusé de production ou de possession de pornographie juvénile. Et un jeune sur cinq a déjà partagé un sexto qu’il a reçu, ce qui pourrait se traduire par une accusation de distribution de pornographie juvénile.

Jusqu’ici la campagne est un succès en Outaouais. Les policiers présents dans les écoles constatent que les jeunes qui ont participé à la conférence au cours des deux dernières années l’ont encore en mémoire, souligne Mme Houde.

Les résultats du projet pilote permettront au Service de police de Granby de décider si la campagne sera déployée dans toutes les écoles secondaires de leur territoire dans le futur.