Préposé au stationnement à la Ville de Granby, Marc Dupaul doit notamment vérifier les parcomètres installés au centre-ville.

Préposés au stationnement: au-delà des contraventions

Vendredi matin. Le mercure oscille à -20 degrés Celcius. Beau temps, mauvais temps, le préposé au stationnement Marc Dupaul est fidèle au poste. Après un arrêt à son bureau situé au quartier général du service de police, il prend la route où plusieurs missions l’attendent.

Dans certaines villes, on les surnomme les aubergines. Dans d’autres, les bonshommes verts. Peu importe le qualificatif qui leur est attribué, les préposés au stationnement de la Ville de Granby ont un travail qui n’est pas toujours de tout repos, voire ingrat par moment. La Voix de l’Est a accompagné un agent, une occasion d’être témoin des hauts et des bas d’un métier qui ne se limite pas à l’émission de contraventions.

Au moins deux fois par jour, les rues qui forment un quadrilatère autour du centre hospitalier sont vérifiées. Certains espaces de stationnement sont réservés aux détenteurs d’une vignette ou aux voitures de taxi. À d’autres endroits, une interdiction de stationnement est en vigueur en tout temps.

Le préposé porte une attention particulière aux espaces où une limite de deux heures de stationnement est autorisée. Son calepin à la main, il prend en note les plaques d’immatriculation des véhicules et leur emplacement, puis il poursuit sa route. Il reviendra plus tard.

M. Dupaul est également présent au centre-ville. Il vérifie notamment les stationnements municipaux. En compagnie de la représentante du journal, il s’arrête à celui de la rue Court. Trois automobilistes sont en infraction, leur véhicule étant garé dans des espaces réservés aux détenteurs de vignette. « Je regarde dans l’auto et je vérifie si la vignette est sur le tableau de bord, dans le porte-gobelet ou si elle est tombée sur le siège, mais lui, il n’en a vraiment pas », constate-t-il. Résultat : un constat d’infraction de 43 $.

À quelques pas de là, un camion est garé dans la rue face à une affiche indiquant l’interdiction de stationnement en tout temps. À peine venait-il de déposer la contravention sous l’essuie-glace que la propriétaire du véhicule est arrivée. Agitant les bras dans les airs, elle était visiblement mécontente.

« Les gens se stationnent par habitude. Ils veulent être le plus près possible de leur destination en marchant le moins possible. Quand ils arrivent et qu’ils ont une contravention, ils disent qu’ils n’avaient pas vu l’affiche. Les pancartes sont vraiment simples ici, mais les gens ne regardent pas », remarque M. Dupaul.

Un peu plus de deux heures se sont écoulées depuis sa tournée près de l’hôpital. Il retourne dans le même quadrilatère pour vérifier si les véhicules garés là plus tôt ont quitté. En route, il interpelle une conductrice qui s’apprêtait à se garer à moins de cinq mètres d’une intersection, ce qui lui aurait valu un constat.

Pendant sa tournée, un véhicule avait excédé la limite autorisée de deux heures. Deux autres véhicules étaient garés dans des zones interdites.

De retour au centre-ville, il vérifie les rues autour du Cégep ainsi que le stationnement situé à côté de l’église Notre-Dame. Tout le monde est en règle.

Les parcomètres du centre-ville, qui offrent quelques minutes de jeu avant d’être réellement à zéro, sont aussi vérifiés quotidiennement. Avant de donner une contravention, le préposé s’assure que personne n’arrive à la course. Il va même jusqu’à vérifier dans le commerce face à l’espace de stationnement si un client n’est pas sur le point de sortir.

« Souvent, c’est le véhicule d’un client et on leur demande poliment de mettre 25 sous puis on continue notre route », dit M. Dupaul.

Certaines journées, les préposés au stationnement peuvent donner « jusqu’à 40 constats. D’autres jours, on va en donner 10. » Bon an, mal an, ils peuvent en émettre entre 9000 et 10 000. « Avec les années, on en donne moins. Avant, c’était limité à une heure près de l’hôpital, par exemple, et maintenant c’est deux heures, donc on en donne beaucoup moins. »

Une tâche ingrate

La plupart du temps, les automobilistes sont respectueux à l’endroit des préposés au stationnement. « C’est quand même correct. Il faut dire que 95 % du temps, les gens ne sont pas là et on met le constat sous l’essuie-glace. Mais sur le 5 %, il va toujours en avoir des mécontents. »

« C’est très ingrat, poursuit-il. Ce n’est jamais intéressant de donner un constat à quelqu’un en lui disant qu’il vient de perdre 43 $ ou 313 $ parce que c’est un stationnement avec une vignette pour handicapé, mais ça fait partie de notre travail. C’est comme ça. »

Certains automobilistes sont plus « virulents » dans leurs paroles, mentionne le préposé au stationnement, qui occupe cette fonction depuis huit ans. Jusqu’à maintenant, il a dû demander à deux occasions aux policiers — avec qui il est toujours en contact — d’intervenir pour calmer les ardeurs d’un citoyen mécontent et lui donner une contravention pour l’avoir injurié.

Marc Dupaul a déjà vu un automobiliste mécontent lancer sa contravention au sol. Il entend aussi à l’occasion « ne touche pas à mon char » alors qu’il glisse le constat d’infraction sur le pare-brise, cite-t-il en exemple. « On prend une bonne respiration et ça passe, dit-il. On entend toutes sortes de commentaires. »

Certains citoyens vont même remercier les préposés au stationnement. Pendant le temps des Fêtes, ils vérifient les portières des véhicules, notamment aux Galeries de Granby, pour s’assurer qu’elles sont verrouillées. Dans le cas contraire, un constat est émis, déposé sur le siège de l’auto et les portes sont verrouillées. « J’ai donné une contravention et dans l’auto, il y avait beaucoup, beaucoup de cadeaux. La dame qui l’a reçue m’a retrouvé dans le stationnement et elle m’a remercié parce que la contravention n’était rien comparativement à la valeur des cadeaux qu’elle avait dans l’auto. C’est gratifiant quand on peut aider. »

Autres tâches connexes

Le mandat des préposés au stationnement va bien au-delà de l’émission de constats d’infraction. Ils sont notamment attitrés à certaines commissions, notamment de vider la monnaie des parcomètres, la rouler et la déposer, sous escorte policière, dans une institution bancaire. Ils collectent aussi l’argent amassé dans les autobus de la ville.

Deux fois par mois, ils assurent le transport des voitures de patrouille qui sont soumises à une inspection à la voirie. Ils peuvent aussi être mandatés pour se rendre à Longueuil afin de livrer, par exemple, des échantillons prélevés lors de perquisitions dans un laboratoire.

Les préposés au stationnement assurent également le transport des couvertures utilisées par les détenus en cellules entre le poste de police et le nettoyeur. Lorsqu’un vélo volé ou abandonné est retrouvé, ils sont équipés d’un support dans leur véhicule pour les récupérer.

Présents aux quatre coins de la ville, les deux préposés au stationnement de Granby — un troisième se joint à eux l’été — parcourent entre 75 et 100 kilomètres quotidiennement et sont témoins de toutes sortes de situations. À deux reprises, Marc Dupaul a prodigué les manœuvres de réanimation sur un citoyen dans l’attente de l’intervention des paramédics. À l’occasion, le préposé peut prêter main-forte aux policiers pour faire la circulation lors d’une collision, par exemple.

Ces agents peuvent aussi aider les visiteurs. « On fait beaucoup de social. Les gens qui viennent de l’extérieur, on les aide s’ils ont des questions, s’ils cherchent un endroit. »

Leur mandat en est également un de prévention. La présence d’une borne d’incendie éloignée de la route, sur la rue Saint-Antoine, entraînait l’émission de plusieurs constats. Le préposé a suggéré l’installation d’affiches supplémentaires, ce qui a fait fondre le nombre d’infractions, raconte-t-il.

Bref, son travail comporte des hauts et des bas, mais il est « vraiment intéressant », dit-il. « Tu es toujours dehors, tu rencontres des gens, tu as une certaine responsabilité. Je suis à ma place. »