«C’est peut-être le moment pour les hommes d’affaires de Granby de se lever et d’acheter La Voix de l’Est, propose le maire de Granby, Pascal Bonin. C’est le journal de chez nous qui raconte les histoires de chez nous; je ne peux pas croire qu’on va laisser partir ça!».

Précarité financière de Groupe Capitales Médias: les élus derrière La Voix de l'Est

Les difficultés financières de Groupe Capitales Médias, propriétaire de La Voix de l’Est, ne laissent pas les élus locaux indifférents.

Il ne s’agit pas de bonnes nouvelles, reconnaît le maire de Granby, Pascal Bonin. Mais il estime qu’il y a là « une opportunité, comme chaque fois que quelque chose de mauvais se passe ».

« C’est peut-être le moment pour les hommes d’affaires de Granby de se lever et d’acheter La Voix de l’Est, dit-il. C’est le journal de chez nous qui raconte les histoires de chez nous; je ne peux pas croire qu’on va laisser partir ça ! Ce qui a différencié Granby de beaucoup d’autres villes, c’est La Voix de l’Est. »

M. Bonin indique qu’« il n’est pas question de laisser tomber nos artisans, parce qu’il y a Internet et Facebook ». « On veut lancer le message aux hommes d’affaires et si on peut être de quelque aide que ce soit, on va l’être. »

La clé du succès, ajoute le maire, réside dans la créativité.

« La Voix de l’Est a une expertise et une fougue. Voilà l’occasion de réinventer le journal. Internet et Facebook ont modifié la façon dont on consomme l’information. Parfait, c’est correct, c’est l’évolution. La génération papier est en train de disparaître. Mais rien n’empêche le journal d’être novateur avec un mélange de créativité et de technologie. Je sens d’ailleurs que les employés sont prêts à mettre la main à la pâte, et ça, c’est de bon augure. »

Pascal Bonin apprécie que le quotidien de la rue Dufferin lui permette de « diffuser ses messages ».

« Et l’information que j’y lis, je sais qu’elle a été écrite par des journalistes professionnels et que l’information est véridique, et ça, c’est important dans un monde de fake news. Elle est aussi très importante pour moi, parce qu’elle me met soit de bonne ou de mauvaise humeur le matin ! »

Pérennité

Député de Granby et ministre provincial des Transports, François Bonnardel espère aussi que le quotidien de la rue Dufferin retrouve la stabilité financière.

« Je ne peux pas m’imaginer me lever le matin et que La Voix de l’Est ne soit pas publiée, dit-il. C’est notre quotidien depuis 84 ans. » (NDLR: La Voix de l’Est a toutefois été un hebdomadaire de 1935 à 1945.)

Il souhaite que l’aide accordée lundi par son gouvernement « assure la pérennité des six quotidiens » de Groupe Capitales Médias.

« On va suivre la situation de près. Il y aura certainement des intervenants locaux, ou peut-être d’un peu partout au Québec, qui voudront les reprendre. Les quotidiens régionaux sont des acteurs économiques extrêmement importants. »

La Voix de l’Est « n’est pas juste une école, même si plusieurs journalistes des grandes villes ont commencé leur carrière là », estime M. Bonnardel.

« C’est une force informationnelle et économique importante. Tout devra être mis sur la table. »

« Le cœur d’une région »

L’information régionale est « une nécessité », soutient de son côté la députée de Brome-Missisquoi, Isabelle Charest, « et je suis contente que le gouvernement aille dans ce sens-là ».

Il faut vivre en région pour y jauger l’importance d’un journal, dit la ministre déléguée à l’Éducation.

« C’est le moteur, le cœur d’une région. C’est important d’avoir une information régulière et récurrente sur notre milieu, parce que cette information-là ne se retrouve pas dans les grands journaux. »

« Les nouvelles, d’une région à l’autre, ne sont pas les mêmes, ajoute Mme Charest. Il faut maintenir la diversité. »

« La crise des médias est réelle et elle nous rattrape, souligne pour sa part le député fédéral de Shefford, Pierre Breton. On connaît tous l’importance de La Voix de l’Est et du journalisme local. C’est une institution et on en a clairement besoin. »

Il a rappelé qu’Ottawa a promis une aide aux salles de nouvelle sous forme de crédits d’impôt, mais ne s’est pas engagé pour une aide supplémentaire.

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CE QU'ILS ONT DIT

«Pour nous, pour la démocratie régionale locale, La Voix de l’Est est indispensable. Ça nous prend ça pour rejoindre les citoyens, c’est un support vraiment très important. Je ne sais pas quelle est la meilleure solution, mais j’espère qu’on ne considère pas ce problème uniquement sous un angle purement économique. Surtout, j’espère qu’on ne réalisera pas des économies d’échelle au détriment de la qualité des journaux et des talents qu’on retrouve dans les salles de rédaction.»

Robert Vyncke, maire de Saint-Paul-d’Abbotsford


«Je suis très triste de cette nouvelle. Je n’ai rien contre les médias nationaux, mais qui parlera de nos municipalités si la presse locale disparaît? J’ai toujours apprécié que La Voix de l’Est présente les deux côtés de la médaille; ça permet aux lecteurs de se faire une idée. Au change, on serait tous perdants sur toute la ligne si les journaux régionaux fermaient. J’espère que la situation est réversible. »

Paul Sarrazin, maire de Sainte-Cécile-de-Milton, préfet de la MRC Haute-Yamaska et président de la CSVDC

 

«Je serais bien triste de perdre notre source d’information locale. Je pense que nos petites municipalités sont souvent oubliées. Il faut trouver une solution pour le maintien de nos journalistes locaux.»

Michel Arsenault, maire de Rougemont


«Pour le Challenger, La Voix de l’Est a toujours été au premier plan. Quand l’événement arrive, les gens sont au courant. On le voit, car les visiteurs nous le disent. Tous les événements sportifs de la région, les Granbyens peuvent les suivre grâce à La Voix de l’Est

Alain Faucher, président du Challenger Banque Nationale de Granby


«Le média écrit est important. Ça prend un plan pour poursuivre les activités, pas juste penser au 31 décembre. C’est sûr que ça prend un nouveau modèle d’affaires pour permettre aux médias écrits de poursuivre leurs activités. Le quotidien est présent sur le terrain et c’est intéressant pour toute la région. Je suis triste et j’espère que les personnes concernées vont trouver un plan à long terme.»

Sylvie Beauregard, mairesse de Cowansville


«Pour moi, c’est essentiel pour la population d’avoir une information locale et régionale. C’est le ciment des communautés. C’est ça qui fait que celles-ci vivent un sentiment d’appartenance, car ils savent ce qui se passe chez eux. Il faut que les gens aient accès à une information locale et régionale. Sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, c’est capital.»

Robert Desmarais, directeur général de la MRC Brome-Missisquoi


«La presse est le 4e pouvoir. C’est un des remparts très importants de notre démocratie. Étant donné que sur les médias sociaux, on peut dire n’importe quoi, sans fondement, on a absolument besoin des journalistes, des vrais médias professionnels. Pour notre région, La Voix de l’Est est incontournable. C’est ce qui nous tient au courant de ce qui se passe chez nous. C’est primordial qu’on la conserve. Demain matin, si La Voix de l’Est n’était plus là, est-ce que Le Journal de Montréal viendrait couvrir Bromont et la région? Il y a quelque chose qui ne fonctionnerait plus.»

Louis Villeneuve, maire de Bromont


«C’est important! Peu importe dans quelle région où on est, il faut avoir de l’information de chez nous par des gens qui demeurent sur le territoire. Vous êtes concernés autant que nous par la région.» 

Sylvie Dionne-Raymond, préfète de la MRC Brome-Missisquoi


«Je trouve que le quotidien local, La Voix de l’Est, est un véhicule important pour la vitalité de l’économie locale. À l’intérieur des pages que vous publiez, on voit les enjeux et les défis de nos industries, leurs bons coups et les investissements réalisés. C’est intéressant localement, mais ça fait aussi rejaillir la vitalité de Granby à l’extérieur. C’est important de véhiculer ces éléments-là. Ça fait 32 ans que je suis à Granby et ça fait 32 ans que je lis La Voix de l’Est tous les jours. La vitalité d’une région passe par l’information d’un quotidien.»

Patrick St-Laurent, directeur général de Granby Industriel


 «Les médias en région sont d’une importance capitale. C’est un porte-voix pour parler de nos communautés. Je crois aux bienfaits de l’information régionale, c’est une information de proximité. Il faut que vous restiez! En tant qu’élu, on regardera comment on peut aider et on le fera.»

Patrick Melchior, maire de Farnham 


« Si on se retrouve avec un seul média qui couvre tout le territoire, l’information deviendra, soit plus généralisée ou trop nichée.»

Mathieu Chicoine, gérant de magasin au centre-ville de Granby


«C’est turbo important!». 

L’artiste Andréanne A. Malette, croisée sur le rue Principale dans le cadre du FICG