Peu importe le bagage et l’expérience que l’on traîne avec soi, il ne fait aucun doute aux yeux de Julie Bourdon que ceux-ci sauront trouver leur utilité au sein d’un conseil municipal.
Peu importe le bagage et l’expérience que l’on traîne avec soi, il ne fait aucun doute aux yeux de Julie Bourdon que ceux-ci sauront trouver leur utilité au sein d’un conseil municipal.

Pour qu'elles se lancent en politique

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Les prochaines élections municipales n’auront peut-être lieu que dans un an, mais déjà, il faut préparer le terrain afin de recruter plus de femmes et de jeunes candidats aux postes de maires et de conseillers à travers la province. Elle-même élue municipale depuis près de cinq ans, Julie Bourdon s’implique activement à stimuler la fibre politique de celles qui ne sont pas suffisamment représentées dans les hôtels de ville.

À l’élection de 2017, 205 femmes ont été élues mairesses au Québec, ce qui représentait 18,8 % des maires de la province. La gent féminine occupait aussi 34,5 % des sièges de conseillers municipaux. Combinées, ces statistiques indiquent que 32 % des élus municipaux sont des femmes, nous apprend l’Union des municipalités du Québec, dont la Commission Femmes et gouvernance a mis sur pied une pléthore d’outils pour encourager les femmes à faire le saut dans l’arène politique.

« C’est une augmentation d’environ 2 % par élection, qu’on remarque à chaque élection municipale depuis 2005, souligne Mme Bourdon, qui siège sur cette commission. Depuis 2005, la proportion de femmes élues au niveau municipal augmente d’environ 2 % par année. On espère que cette hausse sera plus prononcée en 2021. »

À l’élection municipale de Granby en 2017, sur les 31 candidatures reçues au poste de maire et de conseillers, on retrouvait six femmes. 

Trois d’entre elles ont été élues ; ce faisant, les femmes comptent pour 27 % du conseil municipal, qui compte un maire et sept conseillers de sexe masculin.

Pour être considéré comme étant paritaire, comme l'est un peu plus d’un conseil municipal sur trois, le conseil de Granby devrait êter composé d’entre 40 % et 60 % de femmes. « On s’en approche ! lance Mme Bourdon, optimiste. S’il y a plus de femmes qui déposent leur candidature, il y a davantage de femmes qui ont de chances d’être élues. »

« Ça me tient à cœur parce qu’on représente la population dans le fond. C’est donc normal de tendre vers la parité et l’égalité », poursuit la représentante du district trois, également coresponsable de la politique en matière d’égalité à la Ville de Granby.

Des embûches et des préjugés

La Commission Femmes et gouvernance cherche aussi à briser certains mythes ayant la vie dure et qui freinent des femmes dans l’accomplissement de leurs ambitions politiques.

L’obstacle le plus fréquent à franchir avant de faire les premiers pas selon Julie Bourdon ? Soi-même. 

« Le préjugé que j’entends le plus est que ça prend des gens compétents pour se présenter en politique. Les gens, particulièrement les femmes, se sous-estiment quand vient le temps d’occuper des fonctions avec des responsabilités, alors elles n’osent pas y aller », explique-t-elle.

Et pourtant, peu importe le bagage et l’expérience que l’on traîne avec soi, il ne fait aucun doute aux yeux de l’élue que ceux-ci sauront trouver leur utilité au sein d’un conseil municipal. 

« Ça prend des gens de tous les milieux avec des idées et du vécu différents, mais qui rejoint peut-être d’autres citoyens, poursuit Mme Bourdon. Pour moi, tout revient à la représentativité de la communauté dans laquelle on vit. »

« C’est la même chose qu’on soit conseiller municipal ou membre d’un conseil d’administration. Les hommes et les femmes ont des qualités et des forces qui sont souvent complémentaires. De pouvoir jumeler les deux nous permet d’aller plus loin », renchérit la conseillère municipale.

Certaines femmes doivent être sollicitées pour considérer faire le saut, rappelle-t-elle. 

« Il faut parfois leur donner le petit coup dont elles ont besoin pour oser ! »

La pression de la vie publique

Le fait d’être placée sous les projecteurs en raison du caractère public de la fonction d’élu a aussi de quoi en effrayer plus d’une.

« Être sur la place publique, c’est faire face à son lot de critiques, à apparaître dans les médias. On devient une personnalité publique et ce n’est pas tout le monde qui est prêt à vivre avec ça », reconnaît Mme Bourdon.

Beaucoup de femmes s’impliquent bénévolement, que ce soit à l’école de leurs enfants, pour des organismes communautaires ou à titre de proche aidante. C’est dans la fibre des femmes de s’impliquer dans leur communauté. Mais aller en politique et sur la place publique, c’est différent. Il faut apprendre à se faire une carapace. »

La conciliation travail-famille est aussi un frein à l’engagement politique, mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, il s’agit d’un enjeu qui touche autant les hommes que les femmes, plus jeunes, indique Julie Bourdon. « Certains me demandaient si j’allais être capable de m’occuper de mes enfants... Bien oui ! » lâche-t-elle avec un soupçon d’amertume.

« En politique municipale, tout est une question de proximité et de travail sur le terrain. Tu n’as pas à te déraciner de chez toi pour représenter la population, pour aller à Québec ou à Ottawa. »

D’ailleurs, en plus des femmes, les jeunes sont les bienvenus dans les hôtels de ville. « Ce n’est pas vrai qu’il faut attendre un certain âge. Je serais ravie de voir des jeunes dans la vingtaine se présenter aux élections. Pourquoi pas ? Ils ont une vision de la société qui est différente, mais qui est aussi pertinente et qui doit être prise en compte », allègue l’élue.

« Il y a de la place pour tout le monde », conclut-elle.

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SEMER LES GRAINES DE L'ENGAGEMENT POLITIQUE

La tournée «D'Elles à élues» de l’UMQ devait sillonner le Québec pour semer les graines de l’engagement politique chez les femmes de tous âges. Malheureusement, en raison de la pandémie, cette tournée prendra plutôt la forme de conférences virtuelles offertes en présence de plusieurs élues.

Julie Bourdon y voit un avantage. «On va peut-être rejoindre des femmes qui sont curieuses, mais qui n’auraient peut-être pas osé se présenter sur place», estime-t-elle.

Les conférences seront gratuites, mais il sera nécessaire de s’y inscrire au préalable.

La première aura lieu le 9 octobre prochain et mettra en vedette trois mairesses, soient Diane Dallaire (Rouyn-Noranda), Josée Néron (Saguenay) et Sylvie Parent (Longueuil), qui partageront leur expérience en politique et aborderont l’art de mener une campagne électorale. 

Le 6 novembre prochain, l’ex-première ministre Pauline Marois parlera de sa longue feuille de route politique et de «l’apprentissage du pouvoir», elle qui vient tout juste de publier son autobiographie.

Le tout sera animé par l’ex-députée adéquiste Marie Grégoire. Marie-Ève Martel