Le comité de lutte contre l’âgisme de l’AQDR Granby a été mis sur pied il y a un peu plus d’un an. Madeleine Lepage en est la responsable.
Le comité de lutte contre l’âgisme de l’AQDR Granby a été mis sur pied il y a un peu plus d’un an. Madeleine Lepage en est la responsable.

Pour en finir avec l’âgisme

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
«Vous êtes bien trop vieux pour ça», «vos jeux de p’tites filles», «je me sens dépassé», ne sont que quelques exemples de phrases illustrant l’âgisme qu’on retrouve dans le photo-roman créé par l’organisme Les Accordailles, qui sera distribué par l’AQDR Granby à 2000 exemplaires dans la région.

Le photo-roman intitulé La famille Lajeunesse, une histoire sur l’âgisme vise à sensibiliser la population sur cette « attitude discriminatoire fondée sur l’âge, portant un jugement à cause de l’âge d’une personne », définit Mélanie Levasseur, professeur titulaire à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement (CdRV) du CIUSSS de l’Estrie – CHUS.

«Ce sont des stéréotypes, des façons de penser, d’interagir avec les personnes âgées, mais aussi avec les personnes jeunes, qui peuvent faire en sorte que la personne se sente exclue, marginalisée, et qu’elle n’ait pas accès à des activités, des services, des soins de santé, des événements.»

Le photo-roman intitulé <em>La famille Lajeunesse, une histoire sur l’âgisme</em>, vise à sensibiliser la population sur l’âgisme, qui est une « forme de discrimination fondée sur l’âge, une façon de porter un jugement à cause de l’âge d’une personne ».

Selon la chercheuse, cette forme de discrimination peut même augmenter le risque de mortalité et de morbidité chez les personnes âgées. «C’est à ne pas prendre à la légère.»

« Sournois et à tous les niveaux »

«On a décidé de faire un photo-roman, car c’est facile à lire et plusieurs personnes âgées ont connu ça avant. Ce sont des situations anodines, qu’on a montrées avec humour, mais quand ça arrive, ça peut faire de la peine», mentionne Éric Côté, coordonnateur des bénévoles chez Les Accordailles, un organisme de Montréal œuvrant auprès de personnes âgées de 50 ans et plus.

Ainsi, le photo-roman montre des situations où, par exemple, un aîné se voit interdire d’aller courir par sa femme, inquiète qu’il tombe. Ou encore, un homme se sent «dépassé» par la nouvelle technologie et se rabaisse lui-même, représentant une forme d’auto-âgisme, également très présente en société.


« Collectivement, il faut prendre conscience des préjugés et des stéréotypes que nous avons. [...] Par exemple, est-ce que j’ai demandé à ma grand-mère si elle était capable de déneiger son entrée, avant d’assumer que non, et de le faire à sa place ? »
Mélanie Levasseur, professeure titulaire à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement
Mélanie Levasseur est professeure titulaire à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et travaille sur un projet de recherche pour rompre avec l’âgisme.

«Souvent, la personne ne se rend pas compte qu’elle porte des jugements “âgistes” envers elle-même, ou envers les personnes de son entourage. Les personnes âgées sont représentées comme un groupe homogène, et vulnérables. C’est sournois, et à tous les niveaux : social, institutionnel, médiatique, personnel», rapporte pour sa part Madeleine Lepage, vice-présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) section Granby, et responsable du comité de lutte contre l’âgisme, mis sur pied il y a un peu plus d’un an.

Ce comité collabore d’ailleurs au projet de recherche de Mélanie Levasseur, « Rompre avec l’âgisme ». Une demande de bourse sera déposée à la fin novembre par Mme Levasseur, qui permettrait à sa stagiaire de venir travailler et aider l’AQDR Granby.

Ouverture et prise de conscience

Les exemples de comportements liés à l’âgisme sont quotidiens et nombreux. «Parmi les “isme”, comme racisme ou sexisme, l’âgisme est celui qui est le plus toléré et prévalant dans la société. Deux aînés sur trois sont victimes d’âgisme», lance la professeure-chercheuse.

Une prise de conscience de société est nécessaire afin de faire taire les préjugés et de diminuer les formes discriminatoires d’âgisme, soutient Mme Lepage.

Des initiatives de sensibilisation comme le photo-roman peuvent rejoindre les gens, par exemple. La mise sur pied de comités qui prennent position contre l’âgisme aide non seulement à comprendre l’enjeu, mais aussi à mettre en place des actions et à faire entendre sa voix.

Madeleine Lepage, vice-présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) section Granby

Éducation

Pour rompre avec l’âgisme, Mme Levasseur y va de deux grands courants d’intervention : éduquer et augmenter les connaissances par rapport au vieillissement, détruire les fausses croyances qui y sont associées, puis organiser des activités intergénérationnelles.

«Ce qui fonctionne le mieux, c’est les deux ensemble, conclut-elle. Collectivement, il faut prendre conscience des préjugés et des stéréotypes que nous avons. Se poser des questions sur le fondement de ses croyances. Par exemple, est-ce que j’ai demandé à ma grand-mère si elle était capable de déneiger son entrée, avant d’assumer que non, et de le faire à sa place ? Il faut reconstruire la vision que l’on a de la place des aînés [dans la société]. C’est essentiel qu’on soit à l’écoute et respectueux des besoins de l’autre.»

Comme pour tous les mots en «isme», la solution réside dans l’entraide et la tolérance.

Se rendre compte si notre ton de voix est infantilisant, quand on dit au téléphone «ma petite madame», quand on s’adresse à la jeune femme plutôt qu’à la personne aînée au magasin. Ce n’est la plupart du temps pas intentionnel, d’où l’importance de repérer les comportements âgistes autour de soi, et de changer de discours.

L’AQDR Granby enverra le photo-roman à ses membres pour les Fêtes, et ce, gratuitement par courrier ou courriel.

+

ÂGISME ET PANDÉMIE

Beaucoup de formes d’âgisme se sont retrouvées dans les discours relatifs à la pandémie, poursuit la chercheuse. «On sait que le virus peut avoir des répercussions plus importantes sur les gens qui ont un système immunitaire vieillissant. Mais le fait de simplifier le message, en disant à toutes les personnes de 65 ans qu’elles doivent rester à la maison, c’est une forme d’âgisme. Ça a fait en sorte que les gens qui sortaient dans les commerces se faisaient regarder de travers. Plutôt que d’avoir un soutien social, elles étaient étiquetées d’irresponsable.»

On a d’ailleurs utilisé à profusion le mot « vulnérable », qui est «dur de sens et catégorise». Ce n’est pas parce que tu es âgé que tu es malade, rappelle notamment Mélanie Levasseur, professeure titulaire à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie – CHUS. «L’âge n’est pas une vulnérabilité.» BILLIE-ANNE LEDUC