Marie-Ève Janvier, porte-parole des portes ouvertes sur les fermes du Québec, Marcel Groleau, président de l’UPA et André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, ont visité dimanche trois fermes de la Montérégie.

Portes ouvertes sur les fermes en Montérégie : le souci de l’environnement

La journée portes ouvertes sur les fermes du Québec, présentée par l’Union des producteurs agricoles (UPA), aura été une occasion en or pour les visiteurs d’aller à la rencontre de 19 entreprises de la Montérégie, dimanche. Ils ont pu non seulement découvrir des produits locaux, mais aussi en apprendre davantage sur les pratiques agricoles de plus en plus axées sur l’environnement.

À la ferme Brosseau Simmental à Roxton Pond, il y a eu de l’action ! Avec le plan du site en main, les visiteurs posaient des questions, se promenaient, admiraient les animaux et échangeaient avec Martin Brosseau, propriétaire de la ferme du rang Milton.

Ce dernier réalise que sa deuxième participation aux portes ouvertes aide à expliquer son travail auprès de la population.

« Ce qui me frappe le plus, c’est que beaucoup de gens ne connaissent pas l’agriculture et l’ouvrage que ça engendre », dit celui qui œuvre dans les secteurs bovin, porcin, de grandes cultures et de vente au détail.

Productivité

Martin Brosseau a une conscience environnementale élevée, lui qui dit utiliser le moins possible de pesticides pour cultiver son soya et son maïs. Ces grains, qui attirent davantage les insectes, ne sont arrosés qu’en dernier recours.

En limitant l’épandage de pesticides, la production peut parfois dégringoler de 50 %, « alors des fermes bios ont un rendement moindre et doivent vendre plus cher », dit-il. Le consommateur est-il prêt à payer ? Il semblerait que non.

Bien que les gens tendent à vouloir mieux manger et à sélectionner des produits biologiques, l’agriculteur croit qu’ils ne sont pas prêts à payer le prix qui vient avec un aliment de qualité.

Même si sa ferme n’est pas biologique, Martin Brosseau est fier d’affirmer qu’il vend une viande naturelle. « Nos animaux sont élevés sans hormones, sans médicaments ni substituts animaliers. [...] C’est sûr que ta bâtisse est moins rentable. »

« Ce qui me frappe le plus, c’est que beaucoup de gens ne connaissent pas l’agriculture et l’ouvrage que ça engendre », dit celui qui œuvre dans les secteurs bovins, porcins, de grandes cultures et de vente au détail.

Il indique que cette manière de faire lui permet d’offrir un produit différent aux consommateurs.

Si la productivité est le nerf de la guerre en agriculture, il préfère tout de même élever ses animaux sans hormones, et ce, même si la productivité écope.

« Ça prend cinq mois de plus pour engraisser un bœuf nourri aux grains sans hormones », donne-t-il en exemple.

Alimentation

L’utilisation des pesticides préoccupe également le consommateur.

Louise Dubé et Roger Barbeau, un duo de Saint-Christine, sont catégoriques : il ne faut pas les utiliser. « Il faut trouver un autre moyen. On empoisonne les animaux et les humains », a dit Mme Dubé.

Louise et Roger se font un devoir d’aller à la rencontre des agriculteurs à chaque événement portes ouvertes sur les fermes, et ce, depuis trois ans.

« Tout est intéressant. On adore apprendre de nouvelles choses, rencontrer des familles inventives et tournées vers l’écologie », souligne Roger Barbeau.

Un autre visiteur s’est quant à lui réjoui de visiter des agriculteurs, car il est lui-même producteur laitier. Tout comme sa fille, il croit que la désinformation influence les tendances alimentaires. « Même si c’est bio, j’avais vu dans un documentaire que ça prend 50 ans avant qu’il n’y ait plus de résidu de pesticides », lance-t-il, perplexe face aux véritables bienfaits de l’alimentation biologique ou végétarienne.

Le ministre de l’Agriculture ainsi que le président de l’UPA se sont rendus en fin d’après-midi au Gîte des oies en compagnie de Marie-Ève Janvier, porte-parole des portes ouvertes sur les fermes du Québec. Sur les lieux, 400 oies domestiques de huit variétés différentes les attendaient.

EN ROUTE VERS LA COMMISSION PARLEMENTAIRE SUR LES PESTICIDES

La présence d’André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, et de Marcel Groleau, président de l’UPA a été l’occasion de revenir sur l’utilisation des pesticides en agriculture, à la veille de la commission parlementaire qui se tiendra à partir du 23 septembre.

En visite à la ferme Brosseau Simmental, après s’être rendu au Potager Mont-Rouge à Rougemont, Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), est d’avis que bannir le glyphosate, tel que le fera Montréal à la fin de l’année, n’est pas une « bonne chose ». 

Cet herbicide classé comme un agent cancérigène probable par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne peut pas être éliminé « municipalité par municipalité ». 

« On ne peut pas avoir 1000 règlements. Ça prend une approche provinciale qui tient compte de plusieurs facteurs : la protection du public, des agriculteurs, des cultures et la compétitivité du secteur agricole », a-t-il souligné.

La décision de Montréal, selon lui, ne s’appuie pas sur une réflexion globale.

« Ce n’est pas une façon d’aborder l’enjeu des pesticides. En Europe, lorsqu’on bannit, on va donner quatre ou cinq ans [d’ajustement]. Même lorsque l’ARLA [Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire] bannit un pesticide, il donne une période pour donner une alternative », poursuit-il.

À ce sujet, André Lamontagne a précisé que la recherche d’alternatives aux pesticides est en cours. 

« Au moment où se parle, le ministère est partenaire et soutient une trentaine de centres de recherche. Il y a 125 projets sur différents types d’alternatives à l’utilisation de pesticides », indique le député de Johnson.

Le glyphosate inquiète depuis longtemps. De plus en plus d’études font un lien entre cette substance — notamment utilisée dans le produit Roundup — et l’autisme.

Ce lien, croit M. Lamontagne, doit préoccuper « toute personne ».

« Encore là, c’est dans l’utilisation. Le premier souci des agriculteurs c’est qu’ils ne veulent pas perdre leur récolte », a-t-il poursuivi. 

« Il y a une question de rentabilité et de productivité », a ajouté M. Groleau. 

Le ministre de l’Agriculture relève que de nombreuses initiatives sont entreprises par une panoplie de producteurs au Québec.

« Le défi qu’on a, c’est de faire connaître ça et après c’est de réussir à fédérer tous ces efforts-là [...] Il faut accélérer l’adoption de nouvelles pratiques quand c’est possible. Il y a déjà beaucoup qui se fait ».

Une commission parlementaire portant sur les pesticides doit justement commencer ses travaux le 23 septembre prochain.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) réclame notamment des compensations pour les agriculteurs qui réduisent leur utilisation de pesticides.

« Il y a des façons de remplacer des pesticides qui sont plus coûteuses et risquées. Si on veut encourager les producteurs à aller vers l’utilisation de ces moyens, on souhaiterait qu’ils soient encouragés pour le faire », indique M. Groleau.