Regarder de la porno juvénile «incite d’autres personnes à en produire», a mentionné la juge Julie Beauchesne en rendant sentence à l’endroit d’un homme de Granby.

Pornographie juvénile: la demande crée l’offre, rappelle la cour

Consommer de la pornographie juvénile cause plus de dommages qu’on ne le croit, a rappelé une juge de la Cour du Québec, jeudi.

« Trop souvent, on pense que regarder de la pornographie juvénile ne fait pas de victime, mais c’est faux », a dit la juge Julie Beauchesne au moment de rendre sentence à l’endroit d’un homme de Granby.

Jonathan Sénécal, 32 ans, venait de plaider coupable à des accusations en lien avec la possession de pornographie juvénile. Il a aussi reconnu avoir brisé ses conditions de remise en liberté en en consommant de nouveau, l’an dernier, alors qu’il avait été libéré en attendant son procès. Il a aussi omis de se présenter en cour lorsque requis.

Finalement, une accusation de possession de drogue complète le lot.

La juge Beauchesne a précisé qu’« il y a des personnes qui font ces vidéos et des enfants qui servent d’objets sexuels et qui en subiront les traumatismes le reste de leur vie ». Regarder de la porno juvénile « incite d’autres personnes à en produire ; la demande crée l’offre ».


«  Il y a des personnes qui font ces vidéos et des enfants qui servent d’objets sexuels et qui en subiront les traumatismes le reste de leur vie  »
Juge Julie Beauchesne

Réticence

À sa dernière arrestation en septembre 2018, les policiers ont trouvé chez M. Sénécal des centaines de fichiers informatiques, des images et des animations mettant en scène de très jeunes enfants se livrant à des activités sexuelles. Certains les montraient seuls, d’autres avec des adultes. Certains, aussi, illustraient des pratiques sadomasochistes.

Comme il s’agit d’une récidive, la juge s’est d’abord montrée réticente à accepter la proposition conjointe de la Couronne et de la défense, qui était de 30 mois de prison. « À première vue, ça me semble insuffisant », a-t-elle dit.

Me Catherine Gagnon, du ministère public, a expliqué que l’accusé n’avait pas d’antécédent judiciaire, avait bien collaboré avec les policiers et démontré « une volonté de régler » sa déviance.

« Il a déjà essayé d’arrêter pour quelques semaines, a dit Me Gagnon. Il a besoin d’encadrement serré et d’un suivi pour ses besoins particuliers. On privilégie la réhabilitation. »

Rencontre

C’est pourquoi les parties ont recommandé qu’il soit détenu à l’établissement de détention de Percé afin de recevoir les traitements adéquats. La juge Beauchesne s’est rendue aux arguments de la Couronne et de la défense, représentée par Me Élise Henderson, mais en ajoutant l’obligation pour M. Sénécal de rencontrer un psychiatre en prison.

En soustrayant le temps passé en détention préventive, il devra donc passer les deux prochaines années en prison. Jonathan Sénécal devra aussi respecter une probation de trois ans et a été déclaré délinquant sexuel à perpétuité. Il lui sera interdit de fréquenter tout endroit où pourraient se trouver des mineurs tels que parcs, terrains de jeu et garderies.