L’idée de regrouper les différents services de sécurité incendie de Rouville est dans l’air depuis quelques années.

Pompiers dans Rouville: la fusion recommandée

Une étude réalisée pour le compte de la MRC de Rouville recommande le regroupement de tous les services incendie de son territoire en une seule entité.

Cette idée est dans l’air depuis quelques années. C’est l’ancien préfet de Rouville et maire de Sainte-Angèle-de-Monnoir, Michel Picotte, qui avait amené le sujet à la table des élus.

Mandatée en février 2017 par la MRC, la firme Michel Richer inc. a réalisé l’étude rendue publique la semaine dernière. Le document, dont La Voix de l’Est a obtenu copie, établit différents scénarios pour optimiser et maximiser les ressources disponibles en sécurité incendie sur tout le territoire de Rouville.

Des représentants de la firme ont donc procédé à l’inventaire des équipements, des installations et des effectifs de chaque municipalité, en plus de rencontrer les directeurs locaux de chaque service de sécurité incendie.

Trois scénarios
L’étude se penche sur trois scénarios. Outre le statu quo, elle propose un regroupement des services de sécurité incendie en une ou deux entités.

D’emblée, le rapport préconise le regroupement des services de sécurité incendie de Rouville au sein d’une seule organisation dans un horizon de cinq ans.

L’auteur de l’étude reconnaît cependant que cela ne se ferait pas sans heurts : d’importantes mises à niveau seraient à prévoir pour uniformiser les services et l’adaptation entre les services fusionnés pourrait être caractérisée par des « esprits de clocher » et de la « méfiance ».

Afin d’assurer une transition vers ce scénario, l’étude propose de créer deux services de sécurité incendie qui opéreraient sous une même gouvernance. Elle suggère d’unifier les services de Rougemont, Saint-Césaire, Ange-Gardien et Saint-Paul-d’Abbotsford d’un côté, puis de regrouper ceux de Marieville, Richelieu, Saint-Mathias-sur-Richelieu et Sainte-Angèle-de-Monnoir de l’autre. Ce scénario permettrait de diminuer considérablement le nombre d’effectifs qui œuvrent en double sur le territoire.

Mise en commun des ressources
L’un des principaux constats de l’étude concerne l’absence, dans quelques municipalités, de procédures administratives ou opérationnelles. Ces procédures doivent permettre l’uniformisation des interventions, relève le document, qui explique le tout par un manque de ressources administratives au sein de certains services de sécurité incendie.

« Beaucoup d’efforts devront être investis dans la gestion et la mise en place des actions, et ce, dans l’ensemble des services de sécurité incendie, afin de respecter les obligations décrites dans le schéma de couverture de risques et d’offrir à leurs citoyens les services de qualité attendus », indique le rapport.

L’étude fait aussi état de difficultés de recrutement et de rétention du personnel dans certains services. En tout, 40 officiers et 142 pompiers œuvrent pour l’un ou l’autre des services de sécurité incendie de la MRC de Rouville, répartis de manière sensiblement égale pour toutes les municipalités, sans égard à leur population.

En outre, toutes les municipalités de Rouville, hormis Marieville, disposent d’ententes d’entraide leur permettant de faire appel à leurs confrères sapeurs de municipalités voisines lorsque le besoin se fait sentir.

Comme ce ne sont pas toutes les municipalités qui sont dotées de pinces de désincarcération, qui offrent le service de premiers répondants ou qui peuvent intervenir sur l’eau, « le partage des spécialités devra être priorisé lors de développement de services spécialisés » tout comme le partage des dépenses, compte tenu du coût des équipements et de la formation, stipule le rapport.

Budget et temps d’attente variables
En 2016, le ministère de la Sécurité publique établissait à 128 $ par habitant le coût moyen défrayé par une municipalité pour son service de sécurité incendie, soit environ 7,2 % de son budget. Dans Rouville, ce coût per capita est de 75 $ et représente en moyenne 6,1 % du budget, relève l’étude.

Les écarts varient grandement d’une municipalité à l’autre. C’est à Sainte-Angèle-de-Monnoir que les pompiers coûtent le plus cher, avec une charge de 11,9 % du budget municipal et un coût de 128 $ par habitant. En revanche, à Marieville, le service des incendies ne représente que 4 % du budget, pour un montant de 53 $ par citoyen.

À Saint-Césaire, Richelieu, Ange-Gardien et Rougemont, la facture varie entre 72 $ et 79 $ par tête tandis qu’à Saint-Paul-d’Abbotsford, elle est de 86 $. Cela représente entre 5,6 % et 7,8 % des budgets municipaux.

D’importantes disparités quant au temps moyen pour que des effectifs se rendent au lieu d’un incendie ont été observées. Dans certaines municipalités, ce délai d’attente est plus important le jour que le soir ou la fin de semaine, un phénomène qui s’explique entre autres par le fait que des pompiers volontaires occupent un autre emploi.

Grâce à une aide financière du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du Territoire, la MRC a pu financer une partie du coût de l’étude, pour laquelle elle a déboursé 15 000 dollars.

Le préfet de la MRC de Rouville, Jacques Ladouceur, se dit «le premier» à être en faveur du regroupement.

UNE IDÉE QUI NE FAIT PAS L’UNANIMITÉ

Ouvertes à prendre part à l’étude sur le regroupement de leur service de sécurité incendie, les municipalités de Rouville ne sont pas pour autant toutes prêtes à faire le saut. 

« Les maires ont accepté d’aller de l’avant pour voir quels seraient les avantages et les inconvénients de chaque option, mais on est encore très loin d’une action concrète », souligne la directrice générale de la MRC, Susie Dubois.

Pour le moment, les municipalités ont pris acte des conclusions de l’étude. Elles décideront ultérieurement si elles souhaitent y donner suite.

« Inévitable », estime le préfet

Le préfet de la MRC de Rouville, Jacques Ladouceur, se dit « le premier » à être en faveur du regroupement. « Le but [de faire l’étude] était de savoir si de se regrouper, partiellement ou en totalité, serait avantageux pour nous. La réponse, c’est oui, en autant que ça ne soit pas géré en cabochon. »

« Je crois qu’on gagnerait tous à le faire. Si on se regroupe, l’offre de services serait supérieure. Les citoyens s’en sortiraient gagnants », allègue le maire de Richelieu.

Il estime que les municipalités pourraient réaliser ainsi des économies d’échelle. « Qu’on doive intervenir une ou cent fois durant l’année, il faut que les camions soient prêts, que l’équipement soit entretenu et que nos pompiers soient formés : les coûts fixes demeurent », affirme le préfet.

Selon M. Ladouceur, la fusion des services de sécurité incendie en une seule entité régionale, ou à tout le moins une union pour l’achat d’équipements ou pour offrir de la formation, est inévitable. « C’est clair dans l’étude que si le regroupement n’a pas lieu prochainement, il devra se faire tôt ou tard, car les municipalités ne parviendront pas seules à demeurer au niveau. À travailler en silo, on va finir par s’essouffler », croit-il.

M. Ladouceur trouve un appui auprès du maire de Saint-Césaire. Guy Benjamin croit qu’il sera plus facile de répondre aux exigences du schéma de couverture de risque en partageant les ressources.

« Pour la fusion, ça prendra une volonté politique. Si les autres maires souhaitent se regrouper, moi je serais d’accord », indique-t-il, étant au fait des réticences de certains de ses homologues sur le sujet. 

« Leur grosse crainte, dit-il, c’est de perdre leurs acquis : leurs équipements, leur caserne. »

Pas nécessaire, jugent certains maires

Le maire de Rougemont, Michel Arseneault, n’est pas favorable au projet de fusion tel que proposé par l’étude. « Je serais d’accord d’unifier certains services, mais pas de la manière dont c’est amené, dit-il. Pour moi, acheter un camion qui serait entreposé à Richelieu, c’est [discutable]. »

« Je dois continuer à travailler avec les municipalités environnantes qui ne font pas partie de la MRC, comme Saint-Jean-­Baptiste », ajoute-t-il.

Les lacunes soulevées sont surtout liées à la bureaucratie et aux procédures, relève M. Arseneault. « L’absence d’une procédure écrite ne signifie pas que le service n’a pas été rendu », soulève le maire.

« L’important, c’est de répondre aux urgences de façon efficace », poursuit l’élu.

Son collègue de Saint-Paul-d’Abbotsford, Robert Vyncke, abonde en ce sens. « Est-ce que notre capacité de répondre au feu est bonne ou pas ? C’est cela qu’il faut se demander », affirme le maire, qui s’oppose à un projet de regroupement.

Pour répondre aux exigences du schéma de couverture de risques, M. Vyncke est d’avis qu’il est possible de faire mieux, localement, avec des ententes d’entraides avec les municipalités voisines. « On privilégie une entraide avec Ange-Gardien, Farnham, voire Granby, dit-il, ce qui s’est avéré efficace lors du feu dans la montagne. [...] Nous sommes beaucoup plus avantagés si on continue avec nos affinités naturelles. » 

« Les problèmes soulevés sont purement administratifs, renchérit-il. Ces fonctions de coordination et d’administration peuvent être faites à l’intérieur des officines municipales. »

En réflexion

À Ange-Gardien, l’option d’une seule régie des incendies ne serait pas la meilleure solution, mais l’étude permet de mettre en lumière certains points à approfondir, note Yvan Pinsonneault. « Il y a des conclusions que nous trouvons intéressantes et nous souhaitons poursuivre la réflexion », souligne le maire.

Sainte-Angèle-de-Monnoir n’a pour sa part pas encore tranché sur la question, indique le maire Denis Paquin, qui souhaite prendre le temps d’évaluer la situation avec les membres du conseil municipal. « On est ouverts, mais de là à aller de l’avant et avec qui, ça reste à voir », a-t-il déclaré.