Jody Wilson-Raybould.

Wilson-Raybould critiquée pour des demandes qu’elle aurait faites à Trudeau

OTTAWA — Les ex-collègues libéraux de Jody Wilson-Raybould et au moins un député de l’opposition qui la présentait jusque-là comme une victime soulignent maintenant une certaine «incohérence» et une «contradiction» chez l’ex-ministre de la Justice.

Mercredi, le Toronto Star et le réseau CBC rapportaient une série de conditions que l’ex-ministre aurait posées pour mettre fin à la querelle très publique qu’elle avait avec le premier ministre Justin Trudeau.

Parmi ces conditions, selon les sources de ces deux médias: l’engagement que son successeur David Lametti ne fasse pas bénéficier SNC-Lavalin d’un accord de poursuite suspendue.

Or, Mme Wilson-Raybould a démissionné comme ministre des Anciens Combattants pour protester contre la pression qu’elle disait avoir subie, de la part du bureau du premier ministre, alors qu’elle était procureure générale et ministre de la Justice. Elle maintenait que comme procureure générale, elle devait être à l’abri de toute ingérence politique et qu’on a cherché à téléguider sa décision dans le dossier de SNC-Lavalin.

Interceptée jeudi à l’entrée d’un édifice parlementaire, Mme Wilson-Raybould, maintenant députée indépendante, n’a pas voulu confirmer ni infirmer la nature de négociations qu’elle a eues avant son expulsion du caucus libéral mardi soir.

Elle a rappelé que la levée du secret que lui a accordée le premier ministre ne visait que la période où elle était ministre de la Justice. «Je respecte ce décret», a-t-elle répondu aux journalistes. Elle a cependant accepté de commenter une autre des conditions rapportées par les deux médias.

«J’aurais voulu, oui, que le premier ministre accepte une part de responsabilité et s’excuse aux Canadiens pour ce qui s’est passé», a-t-elle confirmé.

Le premier ministre Trudeau, de passage à Alma jeudi en fin de journée, refusait de révéler le contenu de «discussions privées». «On a travaillé très fort pour essayer de trouver une façon d’aller de l’avant ensemble», s’est-il borné à répéter.

Puis, il a rappelé le différend qui l’a opposé à son ancienne ministre.

«Je respecte énormément l’ancienne procureure générale et sa perspective. Mais je ne la partage pas. Je pense que c’est important pour un gouvernement de toujours chercher à protéger les emplois et de le faire à l’intérieur des règles; c’est-à-dire de respecter que c’est toujours le choix final du, ou de la, procureur général de prendre cette décision-là», a-t-il ajouté.

Se disant «surpris» de lire la condition qui aurait lié le successeur de Mme Wilson-Raybould au poste de procureur général, le ministre Marc Garneau a jugé que certains pourraient y voir deux poids, deux mesures.

«Ça me semble un petit peu une contradiction», a-t-il noté à son arrivée aux Communes.

Son collègue Lametti s’est montré plus tranchant.

«Quand je mets mon chapeau de procureur général, c’est moi qui vais mettre le chapeau et personne va me diriger», a-t-il lâché.

«Je n’étais ni au courant, ni partie d’une telle conversation, si en effet une telle conversation a eu lieu», a spécifié le ministre. «Mais ce que je peux vous dire, si quelqu’un essaie de lier mes mains, comme procureur général du Canada, je vais résister», a-t-il insisté.

La ministre Mélanie Joly était prête, elle, à parler d’»incitation à utiliser de l’interférence», mais au conditionnel. «Si c’est vrai, on peut se poser de sérieuses questions quant à ses intentions», a-t-elle dit de Mme Wilson-Raybould.

Son collègue Jonathan Wilkinson, qui a admis avoir participé au «va-et-vient» entre Mme Wilson-Raybould et le premier ministre, n’a pas voulu confirmer la nature des négociations. Toutefois, il a assuré que la condition qui aurait concerné M. Lametti n’a pas fait partie de ses discussions avec Mme Wilson-Raybould.

«Jody ne m’a jamais dit ça. Je sais que d’autres ont mentionné qu’elle avait dit ça. Elle ne m’a jamais dit ça à moi», a-t-il assuré.

«Si c’était vrai, ce serait particulièrement troublant», a-t-il offert.

Même chez l’opposition?

De son côté, le néo-démocrate Alexandre Boulerice semblait maintenant prêt à douter de Mme Wilson-Raybould.

«Si effectivement, c’est ça, c’est complètement incohérent. Et ça vient mettre en doute sa propre version de l’histoire. Faut l’admettre, là», a dit le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique (NPD) quelques minutes avant la période des questions.

Aux Communes, pendant cette période des questions, son chef, pourtant, a continué à présenter Mme Wilson-Raybould comme une victime de M. Trudeau. Et en sortant des Communes, Jagmeet Singh refusait de croire les dernières révélations.

«En ce moment ce que les Libéraux essaient de faire, c’est encore attaquer Mme Wilson-Raybould. Ça ne fonctionne pas. Ça ne fonctionnera pas», a-t-il dit.

Puis, les néo-démocrates ont tenté d’ajuster leurs flûtes. Leur service de communications a envoyé à La Presse canadienne par courriel une «clarification» des propos de M. Boulerice.

«Cette histoire est de la pure spéculation et je ne crois pas que ce soit vrai. C’est la nouvelle tentative d’une longue campagne de tentatives par les libéraux pour discréditer JWR. Mais les gens la croient», était maintenant prêt à dire, par écrit, le député.

Les conservateurs, eux, ont choisi d’ignorer ce dernier développement, maintenant la même ligne d’attaque aux Communes.

«Deux ministres intègres ont été mises à la porte, pour protéger l’image du premier ministre», a accusé, une fois de plus, le député conservateur Pierre Paul-Hus.