Le gouvernement du Québec est invité à utiliser la même plate-forme de débat que le président français Emmanuel Macron a employée cet hiver pour entendre les critiques et les solutions des gilets jaunes.

Une plate-forme pour rester connecté sur les idées citoyennes

Le gouvernement du Québec est invité à utiliser la même plate-forme de débat que le président français Emmanuel Macron a employée cet hiver pour entendre les critiques et les solutions des gilets jaunes. L’objectif? Rester connecté en temps réel sur les idées des citoyens.

«Les gouvernements, ça prend du temps, c’est des grosses machines, c’est lourd et à la vitesse que ça évolue dans la société, versus la vitesse à laquelle le gouvernement évolue, ça marche plus. Il y a un décalage énorme», commente Jean-François Gauthier, pdg de l’Institut de gouvernance numérique (IGN), en entrevue au Soleil

L’IGN est un organisme sans but lucratif installé à Québec qui développe depuis sept ans une plate-forme numérique de consultation citoyenne, en collaboration étroite avec la société française Cap Collectif. Cet hiver, c’est à Cap Collectif que le gouvernement Macron a fait confiance pour «transformer les colères en solutions». Régissant aux manifestations de gilets jaunes qui ont lieu tous les samedis depuis novembre, le gouvernement Macron a lancé en janvier un Grand débat national (granddebat.fr). En deux mois, 1,9 million de commentaires sur quatre grands thèmes ont été écrits sur la plate-forme numérique, avant d’être synthétisés. 

Ne faisant pas confiance à cette initiative gouvernementale, le mouvement des gilets jaunes a lancé de son côté le vrai débat (le-vrai-debat.fr), mais en utilisant la même plate-forme, celle de Cap Collectif. 

M. Gauthier explique que l’outil numérique est loin de ressembler à une discussion sur Facebook, où les risques de dérapages sont grands. «Tu commentes le commentaire de quelqu’un et là, ça part dans tous les sens», illustre-t-il.

La plate-forme Web de l’Institut de gouvernance numérique vise plutôt à organiser les idées et à «structurer un débat pour trouver ensemble des solutions». Les utilisateurs peuvent exprimer leur propre pensée ou voter pour les arguments des autres. Les arguments qui obtiennent le plus de votes se retrouvent en haut de l’écran. Un modérateur voit à ce que la discussion reste sur le sujet de départ. Des débats en personne ou à l’aide d’une caméra Web peuvent aussi être organisés. 

Scientifique en chef

Pour la première fois dans l’administration publique québécoise, la plate-forme de l’IGN est utilisée ce printemps par le Scientifique en chef du Québec. Rémi Quirion veut que les citoyens l’aident à valider les impacts de la recherche dans trois domaines : l’entrepreneuriat, le vieillissement de la population et les changements climatiques (touspourlarecherche.com). Cette consultation citoyenne servira à la planification stratégique du Scientifique en chef, qui pourra mieux mesurer d’ici quelques années s’il a atteint les cibles fixées. 

«L’expérience qu’on vit avec le Scientifique en chef, on veut que ce soit un exemple pour tous les ministères et organismes», lance M. Gauthier. Mais il sait d’avance que convaincre les fonctionnaires d’ouvrir la discussion avec les citoyens ne sera pas facile. «Il y a beaucoup de craintes dans la machine.»

L’ING plaide qu’il est plus facile pour un gouvernement de créer de bons programmes, qui répondent aux besoins réels, quand on possède une banque de commentaires des usagers. «Tu vas mettre ton argent sur ce qui marche. Tu vas arrêter d’en mettre sur ce qui ne marche plus», illustre-t-il. 

À l’heure actuelle, M. Gauthier sent que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) est ouvert à prendre le pouls des citoyens. Des consultations publiques ont été lancées ces derniers mois, notamment sur les frais scolaires et sur la réforme du droit de la famille. Par contre, il faut s’assurer que ces consultations soient le plus neutre possible pour être valables. «La façon dont on fait des consultations, c’est un art. Les élus de la CAQ démontrent beaucoup de bonne volonté, mais il faut faire attention», indique M. Gauthier. 

Dans le dernier budget, le président du Conseil du Trésor Christian Dubé a aussi clairement indiqué qu’il voulait améliorer la planification stratégique des différents ministères en «tenant compte des attentes des citoyens». 

M. Gauthier est d’avis qu’il ne faut pas attendre que la «crise de confiance» entre la population et les élus s’accentue au Québec, comme c’est le cas en France, avant d’agir. L’expérience française du Grand débat national démontre que seulement 0,5 % de tous les commentaires ont été rejetés parce qu’ils étaient offensants ou hors sujet, indique-t-il. La plate-forme n’a pas non plus été envahie par des lobbys, des trolls ou des robots, assure M. Gauthier. «Il y a toujours une personne humaine derrière le système, qui est conçu pour éviter ce genre de prise de contrôle.»