Le fait que François Legault l’ait formellement invitée à se porter candidate, ce que n’ont pas fait les libéraux, paraît avoir pesé dans le choix de Svetlana Solomykina.

Une classe politique renouvelée à Québec

DÉCODAGE / Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec se mettront encore davantage en ordre de marche électorale en tenant respectivement cette fin de semaine un Conseil national et un Congrès national.

Mine de rien, c’est vers un profond renouvellement de l’Assemblée nationale que l’on se dirige. En comptant les députés ayant annoncé qu’ils ne solliciteront pas de nouveau mandat, ceux qui en feront encore l’annonce d’ici peu et les 14 ayant démissionné depuis le scrutin d’avril 2014, on arrivera à près de 50 parlementaires qui ne se représenteront pas sur la prochaine ligne de départ. Pas mal sur un total de 125.

Cela, c’est sans compter les actuels parlementaires qui mordront la poussière le 1er octobre. Eux non plus ne seront plus là lors de la prochaine législature.

Il faut aussi noter ceci: à moins que le prochain gouvernement soit minoritaire, deux chefs dont les partis seront battus lors des prochaines élections générales risquent fort de tirer leur révérence — sur les trois principales formations représentées à l’Assemblée nationale.

Dans la configuration d’un parlement dirigé par un gouvernement minoritaire, ce serait sans doute un peu moins certain, car une revanche à court terme serait alors possible. Mais on peut s’attendre à deux courses à la direction avec un gouvernement majoritaire. 

Marwah Rizqy

Les séances de gonflage de muscles se poursuivent. Les partis continuent de présenter leurs candidats en vue des prochaines élections. Ou tentent encore de recruter de grosses pointures pour démontrer leurs forces et leur capacité à gouverner.

Tentent encore… C’est le cas du Parti québécois, qui pourrait bien de plus devoir finir par trouver un candidat qui apparaîtra comme l’éventuel ministre des Finances d’un gouvernement péquiste — un rôle qui reviendrait à Nicolas Marceau s’il décidait finalement de rester. Qui à ce poste s’il part? Si la question pouvait se poser pour la CAQ, elle pourra se poser pour le PQ.

Convaincre de grosses pointures… C’est aussi un défi pour les libéraux de Philippe Couillard dans la région de la capitale. Ils ne parviennent pas à y recruter une figure comme celle d’Alexandre Taillefer ou une candidate de la trempe de la fiscaliste Marwah Rizqy, qui portera les couleurs du parti dans la circonscription montréalaise de Saint-Laurent.

Il y a certes une part de risque pour une formation politique à recruter un esprit fort comme cette candidate. Mais tant mieux si les partis acceptent d’être bousculés à l’interne! Tant mieux s’ils acceptent d’être poussés à aller plus loin par certaines de leurs recrues, en l’occurrence sur le commerce en ligne et les paradis fiscaux. Quitte à subir les foudres publiques de ces mêmes recrues s’ils ne bougent pas suffisamment.

Philippe Couillard a beau rappeler qu’une formation politique n’est «pas une secte religieuse», comme pour dire qu’il n’y a rien là d’inhabituel, il n’empêche que la ligne de parti y prédomine et qu’il existe bel et bien un petit «catéchisme». La preuve: c’est lorsque des élus annoncent leur départ qu’on apprend qu’ils n’étaient pas d’accord avec tel ou tel aspect, comme l’a confié récemment le libéral Michel Matte au Soleil en évoquant les signes religieux.

Svetlana Solomykina

Alors que Marwah Rizqy a pourfendu mercredi en termes enflammés la politique d’immigration de la Coalition avenir Québec, la candidate caquiste dans la circonscription de Taschereau, Svetlana  Solomykina, a estimé jeudi que le Parti libéral faisait fausse route en matière d’intégration.

Cette candidate a pourtant été proche des libéraux jusqu’à récemment. Le fait que François Legault l’ait formellement invitée à se porter candidate — ce que n’ont pas fait les libéraux — paraît avoir pesé dans son choix. Un peu comme dans le cas du «futur ministre caquiste des Finances», Éric Girard, qui a estimé que les libéraux ont accompli un bon travail sur le front des finances publiques, mais qui n’a pas été sollicité par ces derniers. Ayant déjà Carlos Leitão aux Finances, ils n’avaient pas cette place à lui offrir.

Derrière le ramdam médiatique autour des partants et des arrivants, il y a beaucoup plus de sujets à débattre et de contenu à discuter qu’il n’y paraît en surface — si l’on veut se donner la peine de regarder. Pensons seulement à l’immigration en général, à sa «régionalisation», à la rareté de la main-d’œuvre et à la francisation, dont il a encore été question cette semaine.

Des dossiers de fond? Observons encore une fois que le meneur dans les intentions de vote, le parti de François Legault, continue de donner des coups de rabot sur le maximum de choses susceptibles de déplaire, notamment aux syndicats. Exit ou presque, par exemple, la création d’un ordre professionnel des enseignants.

Ce n’est plus le moment de «heurter», se dit-on à la CAQ, où l’on joue de prudence et où l’on veut et où l’on doit paraître le plus «responsable» possible.