Lino Zambito lors de son passage au Palais de justice de Québec, dans le cadre du procès de Nathalie Normandeau.

Un réel nettoyage dépend d’une défaite libérale, affirme Zambito

MONTRÉAL - Les libéraux doivent être détrônés à l’occasion des élections du 1er octobre si on veut assister à un véritable nettoyage des moeurs politiques au Québec, soutient l’un des principaux témoins de la commission Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats dans l’industrie de la construction.

La majorité des gens accusés au terme des enquêtes de l’unité permanente anti-corruption (UPAC) ont reconnu leur culpabilité, mais ont purgé leur peine dans la collectivité. À l’échelle provinciale, les politiciens n’ont pas été inquiétés, ou si peu, déplore Lino Zambito.

«Si on veut une lueur d’espoir qu’un ménage se fait, ça passe par le 1er octobre. Le minimum, c’est qu’il y a un changement de gouvernement, sinon on va tourner en rond. On va aller chercher des petits joueurs, un entrepreneur, quelques politiciens, mais les vrais responsables vont s’en tirer.»

Cette frustration de M. Zambito est partagée par une partie de la population à la suite des récents acquittements survenus dans plusieurs gros procès pour fraude. On a de plus en plus l’impression que les crimes économiques sont souvent des cas compliqués. Ils sont difficilement condamnables devant les tribunaux.

«La collusion est difficile à prouver. Les dossiers sont complexes, mais la qualité de la preuve n’est pas là», dénonce-t-il.

M. Zambito avait lui-même plaidé coupable en 2015 à des accusations de fraude et de corruption lors d’un procès lié au scandale du financement politique à Boisbriand.

L’homme est ensuite devenu un dénonciateur. Son témoignage devant la commission Charbonneau a levé le voile sur la collusion et la corruption impliquant des entreprises, des politiciens et le crime organisé dans la région de Montréal.

Il a coopéré avec l’UPAC jusqu’en février dernier. Il a rompu les ponts après avoir découvert que son nom figurait parmi une liste des suspects soupçonnés d’être une source journalistique.

M. Zambito nie avoir transmis des informations aux médias.

«Le travail qu’on a fait est d’avoir mis à la lumière le système. On l’a exposé à la population. Le ménage est loin d’être fait, du moment où on refuse de pousser les enquêtes plus loin et d’enquêter sérieusement sur les partis politiques provinciaux.»

Depuis des mois, les médias québécois ont fait état d’une crise de moral au sein de l’UPAC.

Selon un article du Journal de Montréal publié au début du mois, des membres de l’UPAC se sont plaints que les procureurs aient retardé l’arrestation de trois organisateurs du Parti libéral du Québec (PLQ), ce qu’ont nié le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et le patron de l’UPAC, Robert Lafrenière.

Vanter ses exploits

Depuis sa création en 2011, l’UPAC a vanté ses exploits.

De 2001 à 2017, elle a arrêté et permis la mise en accusation de 331 personnes et entreprises. Au cours de cette période de temps, 113 personnes ou entreprises ont été condamnées et ont dû verser 3,3 millions $ en amendes.

Mais derrière ce chiffre repose une réalité moins reluisante. La plupart des gens condamnés n’ont pas passé un seul jour derrière les barreaux.

Ainsi, des huit personnes arrêtées pour fraude en 2011 à Boisbriand, six ont été reconnues coupables, dont M. Zambito. Deux d’entre elles ont reçu des peines d’emprisonnement. M. Zambito a purgé la sienne dans la collectivité.

Ainsi, des 16 personnes arrêtées pour fraude à Mascouche, quatre ont été condamnés et deux ont subi des peines d’emprisonnement.

Ainsi, le maire de Laval Gilles Vaillancourt. Condamné à une peine d’emprisonnement de six ans, il a obtenu une libération sous conditions après être demeuré derrière les barreaux pendant moins d’une année.

Un juge a acquitté l’ancien président du comité exécutif de la ville de Montréal, Frank Zampino, et un entrepreneur en construction, Paolo Catania, des accusations de fraude, d’abus de confiance et de complot dans un dossier lié au projet immobilier du Faubourg Contrecoeur.

Le juge Yvan Poulin, de la Cour du Québec, avait conclu que la preuve de la Couronne, quoique volumineuse, était essentiellement circonstancielle, parfois basée sur des conjectures et des suppositions.

La seule politicienne de la scène provinciale à avoir été arrêtée par l’UPAC est l’ancienne vice-première ministre Nathalie Normandeau. L’ancienne libérale fait face à des accusations de fraude et d’abus de pouvoir. Elle est en attente du début de son procès.

Selon Lino Zambito, Robert Lafrenière doit partir.

«Je ne suis pas sûr que dans entreprise privée ou un organisme sérieux, quand les résultats ne sont pas là, on garde ces gens-là à la tête de ces organismes-là, souligne-t-il. On fait des changements pour que ces organismes fassent correctement leur ouvrage.»

Un porte-parole de l’UPAC rappelle que les résultats de l’unité ne se mesurent pas seulement en nombre des condamnations en matière criminelle. «À titre d’exemple, nous avons aussi une équipe de Revenu Québec qui réussit à faire condamner des individus et des entreprises en matière pénale.»

Jean-Pascal Boucher, le porte-parole du DPCP, juge qu’il est «risqué d’évaluer le résultat du travail des policiers ou des procureurs seulement par le quantum des peines imposées aux personnes condamnées».

Les personnes condamnées pour fraude ou autres accusations similaires n’avaient pas d’antécédent judiciaire, ce qui peut expliquer les sentences qu’elles ont reçues, dit-il.

«Les tribunaux reconnaissent que l’emprisonnement avec sursis est aussi une peine privative de liberté», a-t-il dit dans un courriel transmis à La Presse canadienne.

Selon M. Zambito, les sentences pour les crimes liés à la fraude doivent être plus sévères.

«Je suis le plus bel exemple. J’ai plaidé coupable et j’ai reçu une des sentences, même si cela a été dans la collectivité, les plus sévères par rapport à tous les entrepreneurs à Laval qui ont plaidé coupable, mais qui ont zéro collaboré avec la Justice. On a un problème.»