À la mi-janvier, une dizaine de travailleurs saisonniers de la Côte-Nord et de Charlevoix avaient occupé les bureaux du ministre Jean-Yves Duclos à Québec pour le sensibiliser à leur sort.

Un budget d’entre-deux pour Québec et l'Est

Les balises pour le transport collectif et les infrastructures, c’était l’an passé. Les promesses électorales, ce sera l’an prochain. Dans l’intervalle, Le Soleil a trouvé dans le budget 2018 trois sujets qui méritent l’attention des gens de Québec et de l’Est maintenant.

Des sommes pour combler le «trou noir»

Des travailleurs saisonniers du Québec et du Nouveau-Brunswick ont mis de la pression en début d’année pour que le gouvernement du Canada comble le «trou noir» de l’assurance-emploi. La réponse est venue dans le budget : 230 millions $ sur deux ans pour développer avec les provinces des «solutions locales qui pourront être mises à l’essai pour appuyer le développement de la main-d’œuvre». 

En clair, les travailleurs de l’industrie touristique et des pêches qui sont au chômage tout l’hiver pourront obtenir des prestations supplémentaires d’assurance-emploi à condition de suivre des formations. 

Le «trou noir» affecte principalement l’est du Québec et le Nouveau-Brunswick. Les bas taux de chômage y influencent à la baisse la durée des prestations d’assurance-emploi, ce qui défavorise les travailleurs saisonniers. Pour ceux qui n’ont déjà plus de revenus cet hiver, 10 millions $ sont débloqués d’urgence.

À la mi-janvier, une dizaine de travailleurs de la Côte-Nord et de Charlevoix avaient occupé les bureaux du ministre Jean-Yves Duclos à Québec pour le sensibiliser à leur sort. 

Du financement pour le prédédouanement américain

Le gouvernement fédéral a confirmé dans son budget qu’il financera l’ajout d’équipements et d’agents pour réaliser les contrôles de sûreté avant l’embarquement pour des vols américains aux aéroports de Québec et Billy-Bishop à Toronto. 

Même dans un centre de prédédouanement américain, la vérification de l’identité des voyageurs, leur passage dans le portique de détection de métal et l’examen des bagages de cabine sont des responsabilités locales. Les douaniers américains prennent ensuite la relève, accomplissant en sol canadien le travail qu’ils font normalement à destination. 

Pour que l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) soit en mesure de s’exécuter dans les deux prochains centres autorisés à Québec et à Toronto, un budget de 236,4 millions $ lui est accordé en 2018-2019. Une partie indéterminée de cette somme servira à «ajouter de nouvelles voies pour le précontrôle des passagers vers les États-Unis». 

La construction du bâtiment requis à Québec (30 millions $), son équipement à la fine pointe de la technologie (30 millions $) et le salaire des douaniers américains (3 à 4 millions $ par année) demeurent à la charge de l’aéroport international Jean-Lesage. Cela même si son président et chef de la direction, Gaëtan Gagné, réclame une aide gouvernementale. 

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, refuse net car les aéroports savaient au moment de l’entente avec les États-Unis que tous les frais seraient à leur charge. 

Mardi, le directeur des communications de l’aéroport de Québec, Mathieu Claise, est demeuré prudent dans ses réactions. «On est contents de voir que le gouvernement est conscient des besoins pour le centre de prédédouanement. C’est un projet très important pour la région de Québec», a-t-il commenté.

La recherche pour créer de l’emploi

Ottawa fait le pari de la recherche dans son budget 2018. Le député libéral de Louis-Hébert, Joël Lightbound, croit que la région de Québec doit s’en réjouir. 

«Sérieusement, jamais le Canada n’a autant investi en recherche fondamentale que dans le prochain budget. Je sais que l’Université Laval tire toujours très bien son épingle du jeu dans tous les concours des organismes subventionnaires. Ça génère ultimement de l’innovation et des emplois quand on regarde Optel, Medicago et ces compagnies phares de Québec», fait-il remarquer. 

Le secrétaire parlementaire du ministre des Finances considère que cela est d’autant plus pertinent «après la décennie conservatrice où la recherche a saigné au Canada, les scientifiques et les chercheurs ont connu des années de vache maigre». 

La Chambre de commerce et d’industrie de Québec a approuvé dans un communiqué de presse diffusé en soirée : «En matière d’innovation, les sommes significatives annoncées pour soutenir la recherche fondamentale constituent des mesures structurantes pour supporter nos entreprises et les rendre plus compétitives et innovantes face à la concurrence mondiale.»

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ET AUSSI...

381 millions $ pour le G7

Le Canada investira 381 millions $ en 2018-2019 pour assumer la présidence du G7 et organiser le sommet des dirigeants à La Malbaie en juin. Pendant l’année financière en cours, 205 millions $ auront déjà été dépensés, portant le total à plus d’un demi-milliard de dollars. Ces sommes financent «la prestation de services de logistique de sécurité» et «une série d’événements à grande visibilité à l’échelle du pays». Le gouvernement Trudeau entend profiter de sa position de leader pour «démontrer en quoi le fait de prendre soin les uns des autres peut conduire à une croissance plus vigoureuse et à de meilleurs résultats», peut-on lire dans le budget. 

Encore des études pour le TGF

Le train à grande fréquence (TGF) moussé par VIA Rail est loin d’être en chantier. Ottawa accorde 8 millions $ sur trois ans à Transports Canada pour soutenir «l’étude approfondie continue» du projet pour le corridor Toronto-Québec. La société d’État avait elle-même reçu 3,6 millions $ dans le budget de 2016 pour mener ses propres études. Lors de son passage à Québec en janvier, le premier ministre Justin Trudeau avait pourtant appuyé le projet de transport collectif interurbain. «On sait que c’est bon pour la société, pour l’environnement et pour la croissance économique. C’est le genre d’investissement auquel les gens s’attendent», avait-il déclaré au Soleil.

De l'argent pour les baleines

Le sort des baleines préoccupe le gouvernement fédéral. Il débloque 167,4 millions $ «pour mieux protéger et conserver les espèces de baleines menacées au Canada et contribuer à leur rétablissement». Le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent, la baleine noire de l’Atlantique Nord et l’épaulard sont nommément ciblés. Les menaces vont de la disponibilité des proies à l’effet du passage des bateaux en passant par la pollution de l’eau. Pêches et Océans Canada, Transports Canada et Environnement et Changement climatique Canada se partageront ce financement pour des travaux de recherche, mais aussi des mesures concrètes de protection et de conservation.