Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, affirme que son équipe n’est pas en mesure d’estimer la facture du troisième lien, mais il croit «impossible qu’on parle de 10 milliards $».

Troisième lien: tirs groupés sur la CAQ

Lundi, le maire de Québec a exprimé ses craintes d’un «désastre financier» causé par la précipitation politique dans le dossier du troisième lien routier Québec-Lévis. Mardi, la Coalition avenir Québec (CAQ), qui pousse sur l’échéancier de réalisation du mégaprojet, en a été quitte pour une volée de bois vert à l’Assemblée nationale.

«Si l’urgence politique l’emporte sur le génie, la technologie pis le bon sens, je pense que tous les éléments sont réunis pour assister à un désastre financier potentiel», a affirmé Régis Labeaume, lundi. Celui-ci estime impossible de compléter pareil chantier en moins de 13 à 15 ans et appréhende une facture de 10 milliards $.

Le leader du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, n’a pas manqué l’occasion de revenir à la charge contre le chef caquiste. «Écoutez, si les gens de Québec, qui savent compter, qui sont prudents, qui aiment avoir un bon rapport qualité/prix, veulent voter pour un charlatan, bien qu’il votent pour François Legault», a-t-il lancé mardi en point de presse. 

«Je ne connais pas beaucoup de gens de Québec qui disent : Ah oui, je vais donner un chèque en blanc à un premier ministre qui dit que ça va être coûte que coûte et, contre toutes les études, va se mettre à creuser avec sa propre cuillère pour que ça arrive plus vite», a poursuivi le chef de l’opposition officielle. 

Les élus libéraux avaient quant à eux un qualificatif en bouche : «irresponsable». «La CAQ dit n’importe quoi pour essayer de recueillir le plus de votes possible», a accusé la ministre déléguée des Transports, Véronyque Tremblay, qui entend respecter «scrupuleusement» les étapes de planification des grands projets d’infrastructures. 

Son collègue Sébastien Proulx, responsable de la Capitale-Nationale, a référé directement à la sortie du maire Labeaume. «Je suis d’accord avec lui qu’un empressement politique caquiste peut nous amener à des dérives. On ne connaît pas le lieu, on ne connaît pas les difficultés, on ne connaît pas les coûts. Il y a à mon avis des enjeux parce qu’on a justement un bureau de projet qui est là pour faire le ménage, donner les informations pour que vous et nous on puisse convenir ensemble de la meilleure solution», a-t-il déclaré. 

La ministre Dominique Vien, responsable de Chaudière-Appalaches, a pour sa part qualifié l’échéancier de la CAQ de «complètement irréaliste» et a accusé la deuxième opposition, qui fait bien dans les sondages, de «prendre les gens pour des valises». 

Legault inspiré par le REM

Malgré toutes ces attaques, François Legault n’a pas dérogé à sa priorité électorale pour la grande région de Québec. Alors qu’il a déjà affirmé pouvoir réaliser «une bonne partie» du troisième lien dans un premier mandat, le chef caquiste parle maintenant d’en lancer la construction d’ici quatre ans. 

Il a d’ailleurs pris à témoin le Réseau express métropolitain (REM), dont la construction sera lancée un peu plus de trois ans après l’entrée en scène de la Caisse de dépôt et placement du Québec. 

«Je demeure surpris de voir que les libéraux et les péquistes pensent que notre engagement, ça ne soit pas faisable. Je pense qu’ils sont complaisants face à la bureaucratie, ils ne veulent rien changer et ils pensent qu’il y a juste la Caisse de dépôt qui est capable de faire des projets en-dedans de quatre ans», a déclaré l’élu provincial, évitant toute référence au maire Labeaume et aux dépassements de coûts attribuables à la précipitation. 

M. Legault affirme que son équipe n’est pas en mesure d’estimer la facture du troisième lien, mais il croit «impossible qu’on parle de 10 milliards $». Invité par un journaliste à fixer un plafond de dépenses, il s’y est refusé. 

Avec Jean-Marc Salvet