Jamais un tel projet ne sera accepté si Ottawa l’enfonce dans la gorge d’une province, affirme Jean-Marc Fournier.

Trans Mountain: l'APNQL et Québec mettent Ottawa en garde

L'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) appuie la lutte contre le projet d'oléoduc Kinder Morgan, dans l'Ouest du Canada. Dimanche, une rencontre réunira les premiers ministres de l'Alberta et de la Colombie-Britannique et le PM Justin Trudeau, sans toutefois inclure la voix autochtone, déplore l'association. Québec, de son côté, met Ottawa en garde.

Le président du regroupement, Ghislain Picard, affirme très bien comprendre la frustration et l'élan d'exaspération des Premières Nations, qui exigent depuis plusieurs mois que le projet soit abandonné, «une fois pour toutes». 

L'APNQL trouve curieux de constater certains décalages entre les engagements politiques du gouvernement de Justin Trudeau et ses décisions, dans ce cas de figure précis. 

«Pourtant, le gouvernement du Canada s’est engagé à mettre en oeuvre les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Ce qui inclut le consentement libre, préalable et éclairé, comme bases fondamentales à la réconciliation. Et pourtant, ce gouvernement s’est aussi engagé sur la scène internationale en faveur de la lutte contre les changements climatiques», poursuit le président.

Il soutient que ses membres demeurent «perplexes» devant de telles contradictions. «Personne ne sortira gagnant de la crise actuelle exacerbée par cette contradiction entre la parole et les gestes.»

Traité d'alliance

En 2017, un groupe de 150 Premières Nations - au Québec particulièrement, mais aussi au Canada et aux États-Unis - a signé un traité d'alliance contre les projets d'expansion des sables bitumineux et du pétrole. Le projet Trans Mountain de Kinder Morgan contrevient directement aux principes d'adhésion, soutient le groupe.

«[Nous] avons joué un rôle de premier plan dans la campagne pour barrer le chemin à l’oléoduc Énergie Est. J’étais fier de me tenir debout avec non seulement les autres Chefs de l’APNQL, mais également avec de nombreux Québécois et Québécoises, Canadiens et Canadiennes», indique pour sa part Serge Simon, Grand Chef des Mohawks de Kanesatake, signataire du traité et membre de l'Alliance. 

Selon lui, si Ottawa continue de s'entêter à appuyer le projet malgré une opposition forte, les signataires du traité resteront solidaires, et appellerons chaque jour plus de citoyens à se mobiliser pour appuyer leurs démarches. 

Cet automne, l'APNQL avait déjà adopté une résolution exigeant le retrait d'un prêt de 145M $ du Mouvement Desjardins à Kinder Morgan, en vue de la réalisation du Trans Mountain. 

Québec met le fédéral en garde

Dans la même veine, Québec lance samedi une mise en garde au gouvernement fédéral, dans une lettre ouverte que signe le ministre des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, dans La Presse

Le politicien y exprime notamment que jamais un tel projet ne sera accepté si Ottawa l’enfonce dans la gorge d’une province ou d'une autre. 

Il affirme également que le gouvernement fédéral ferait «fausse route» en imposant la construction du pipeline contre la volonté du gouvernement de la Colombie-Britannique.

Depuis Pérou, dans le cadre du Sommet des Amériques, Justin Trudeau n'a pas répondu à ces interpellations. Le PM doit revenir à Ottawa dimanche, pour rencontrer ses homologues provinciaux, à couteaux tirés dans ce dossier. 

Jean-Marc Fournier estime que les affirmations récentes de représentants fédéraux au sujet du Trans Mountain, évoquant une application exclusive des règles fédérales, ne servent pas le règlement de ce dossier. Il estime qu'elles encouragent même plutôt les promoteurs à ignorer les règles environnementales des provinces, au nom des citoyens affectés par le projet d'envergure. 

Rappelons que, dans ce dossier, le gouvernement Couillard revendique le pouvoir d’évaluer seul les projets de compétence fédérale sur son territoire. 

La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, en a fait la demande à son homologue fédérale Catherine McKenna, dans une lettre personnelle à la fin janvier.