Andrew Scheer, qui est personnellement opposé à l’avortement, a promis en campagne électorale que son parti n’allait pas rouvrir ce débat s’il était élu au gouvernement.
Andrew Scheer, qui est personnellement opposé à l’avortement, a promis en campagne électorale que son parti n’allait pas rouvrir ce débat s’il était élu au gouvernement.

Scheer rattrapé par sa promesse de ne pas rouvrir le débat sur l’avortement

OTTAWA — La promesse de campagne d’Andrew Scheer de ne pas rouvrir le débat sur l’avortement n’a pas empêché une députée conservatrice de présenter un projet de loi d’initiative parlementaire pour interdire les avortements sexo-sélectifs.

La députée Cathay Wagantall, de la Saskatchewan, a déposé son projet de loi à la Chambre des communes mercredi, disant qu’elle milite pour l’«égalité entre les sexes».

Il viendrait modifier le Code criminel afin que les médecins puissent être passibles d’une peine de prison d’un maximum de cinq ans s’ils pratiquent un avortement «sachant qu’il est fondé uniquement sur le sexe génétique de l’enfant». Elle espère ainsi dissuader des femmes de se faire avorter si elles savent que leur foetus est de sexe féminin, par exemple.

M. Scheer, qui est personnellement opposé à l’avortement, a promis en campagne électorale que son parti n’allait pas rouvrir ce débat s’il était élu au gouvernement. Il avait même ajouté qu’il allait voter contre toutes les mesures et les tentatives dans ce sens s’il était premier ministre.

Or, il n’a jamais été question d’empêcher des députés d’arrière-ban de présenter des projets de loi de leur choix.

Dans un courriel transmis à La Presse canadienne, une porte-parole de M. Scheer a déclaré qu’il a «toujours dissuadé les membres de son caucus de présenter des points pour ouvrir ce débat», mais que ce projet de loi de Mme Wagantall serait soumis à un vote libre au sein de son caucus.

«Comme l’immense majorité des Canadiens, M. Scheer trouve odieuse la pratique consistant à subir un avortement expressément pour éviter d’avoir une fille», a ajouté Josée Morissette, qui n’a pas confirmé si M. Scheer allait voter pour ou contre l’initiative de sa députée.

Selon la ministre Mélanie Joly, ce nouveau projet de loi «démontre» que l’opposition officielle tente de se mêler des droits reproductifs des femmes.

«Je pense que la stratégie du Parti conservateur, ça a toujours été de rouvrir le débat sur l’avortement. Ils essaient encore et toujours de trouver différentes façons (de le faire) et ils le font toujours via des députés d’arrière-ban», a-t-elle affirmé, jeudi après-midi.

«Est-ce qu’Andrew Scheer n’allait empêcher le dépôt de projets de loi contre l’interruption de grossesse que s’il était premier ministre et à défaut, il laisse s’exprimer son penchant pro-vie tout conservateur?» a ajouté Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, sur les réseaux sociaux.

Ce n’est pas la première fois que la députée Wagantall dépose un projet de loi d’initiative parlementaire sur le sujet.

À la dernière législature, elle avait proposé la «Loi de Cassie et Molly» qui proposait de modifier le Code criminel pour y inclure des accusations ou sanctions plus graves pour quiconque blesse ou tue un foetus lorsqu’un crime est commis à l’endroit d’une femme enceinte. Le projet de loi avait été rejeté par l’ensemble des députés.