En mêlée de presse, le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a laissé entendre qu’il fait montre d’empathie et de sensibilité en reculant, contrairement à ce qui lui a été reproché. La veille, il avait pourtant refusé de rencontrer les étudiants présents dans les tribunes de l’Assemblée.

Réforme de l’immigration: la CAQ recule

Dure journée pour le gouvernement caquiste mercredi : il a doublement perdu la face dans sa réforme de l’immigration, devant le front commun des étudiants étrangers et de tous les partis d’opposition.

En début de soirée les caquistes ont été battus en Chambre, chose rare : les députés d’opposition qui étaient plus nombreux qu’eux ont fait adopter une motion qui demande au gouvernement d’annuler sa plus récente refonte des règles d’immigration.

Et par ailleurs, plus tôt mercredi, les étudiants ou les travailleurs actuels qui étaient menacés d’être renvoyés en raison de changements aux règles du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ont finalement obtenu un droit acquis.

La motion proposée par les libéraux et appuyée par les autres partis d’opposition affirme que la réforme caquiste est nuisible et exige que le gouvernement revienne aux anciennes règles moins restrictives.

Une motion n’est toutefois pas un ordre auquel doit obéir le gouvernement.

Mardi, le premier ministre François Legault était resté inflexible devant le cri du cœur d’étudiants en pleurs déjà établis et intégrés ici, mais mercredi, il a dit avoir été «très ébranlé» par leurs témoignages : il a donc décidé avec son ministre Simon Jolin-Barrette de faire marche arrière.

«Non, je n’ai pas aimé ma journée, et quand j’ai parlé à mon épouse hier soir [mardi], elle a bien vu que je n’avais pas aimé ma journée», a-t-il reconnu en mêlée de presse.

À la source de cette crise : en date du 1er novembre, le gouvernement a resserré le PEQ, qui permettait à tous les étudiants étrangers titulaires d’un diplôme admissible ou aux personnes avec une expérience de travail au Québec de recevoir rapidement un certificat de sélection du Québec, et ainsi de pouvoir s’installer ici.

Or dorénavant, seuls sept programmes de doctorat, 24 de maîtrise, 54 de baccalauréat et 59 diplômes d’études collégiales font partie d’une liste qui sera révisée chaque année, en fonction des besoins du marché du travail.

Finalement, un droit acquis sera accordé à ceux qui ont déjà été admis sous les anciennes règles du PEQ. Cependant, un étudiant admis dans un programme de baccalauréat qui est en demande sur le marché du travail pourrait apprendre, après deux ans, sans avoir encore terminé sa formation, que ce programme n’est plus admissible dans la liste du nouveau PEQ.

«Effectivement, il faut peut-être regarder la date d’entrée pour ne pas pénaliser des personnes», a évoqué M. Legault, sans préciser davantage.

Question d’image

«Quelle sorte d’image internationale ça donne au Québec? Est-ce que vous avez le goût de venir au Québec si le gouvernement change les règles et ne respecte pas le contrat avec les étudiants?» a demandé le chef intérimaire de l’opposition, Pierre Arcand.

«C’est quoi la prévisibilité? C’est une loterie [pour les futurs étudiants] : essaie-toi, mais c’est possible que le programme ne soit pas dans la liste l’an prochain, a condamné le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé. Le contrôle de la qualité des programmes, qui s’en occupe?»

M. Bérubé a dénoncé l’effet sur un cégep tel que celui de Matane, dans sa circonscription, qui perdrait 200 étudiants sur 700, alors que M. Legault lui a rétorqué : «On n’est pas pour aller former des cégépiens dans des domaines où il n’y a pas d’emplois.»

Or en animation 3D, un programme qui n’est pas dans la nouvelle liste, le taux de placement est de 100 %, assure M. Bérubé.

Les partis d’opposition réclament tous le retrait des nouvelles règles en immigration.

En mêlée de presse, le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a laissé entendre qu’il fait montre d’empathie et de sensibilité en reculant, contrairement à ce qui lui a été reproché. La veille, il avait pourtant refusé de rencontrer les étudiants présents dans les tribunes de l’Assemblée.

En 2018, il y avait 11 000 personnes admises en vertu du PEQ au Québec.

À LIRE AUSSI : La froide logique de Jolin-Barrette