Le ministre Jean Boulet parle d'une d'une «opération sans précédent», une «grande corvée» pour changer les façons de faire au ministère.

Rareté de main-d'oeuvre: opération «sans précédent» au ministère du Travail

MONTRÉAL — C'est tout un changement de culture qui se concrétisera, à compter de lundi, au ministère du Travail du Québec. Rareté de main-d'oeuvre oblige, 200 conseillers du ministère s'attaqueront à résoudre les problèmes de recrutement des entreprises. Et ils appelleront ces entreprises une à une, s'il le faut, pour donner un service personnalisé.

«Il y a un changement de paradigme. Avant, on était habitué de recevoir des gens qui cherchaient des emplois. Maintenant, on va aller au-devant des entreprises qui sont en quête, à la recherche de salariés», a résumé jeudi le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, au cours d'une conférence pour présenter son plan.

Le ministre parle d'une «opération sans précédent», une «grande corvée» pour changer les façons de faire au ministère, à cause de la rareté de main-d'oeuvre dans certains secteurs.

Au ministère même, la réorientation touchera 200 conseillers, qui seront épaulés par 70 techniciens, qui seront au service des employeurs à la recherche de préposés aux bénéficiaires, de manoeuvres, de cuisiniers, d'employés dans les abattoirs et autres.

En plus du ministère, la «grande corvée» touchera aussi l'accompagnement des travailleurs, l'intégration des personnes handicapées, autochtones, immigrantes, l'offre de programmes de formation adaptés, a promis le ministre Boulet.

Et elle inclura aussi des aspects comme l'automatisation de certaines tâches, la robotisation. Et le ministre n'a pas exclu que des crédits d'impôt soient mis à cette disposition, si besoin est.

Employeurs

Le plan d'action contre la rareté de main-d'oeuvre a été plutôt bien reçu.

«Ce qu'on va offrir aux PME, c'est de l'accompagnement et, souvent, c'est ce qui fait cruellement défaut» parce qu'elles n'ont pas de département de ressources humaines, a illustré Martine Hébert, vice-présidente principale de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Mais il faudra plus que du moyen et du long termes. «Il n'y a pas de remède miracle à la pénurie de main-d'oeuvre. Il faut miser sur le court terme aussi. Il faut absolument faire entrer davantage de travailleurs étrangers temporaires pour permettre aux entreprises de combler leurs besoins actuels, en attendant qu'elles puissent trouver des solutions de moyen et de long termes», a ajouté Mme Hébert.

Yves-Thomas Dorval, du Conseil du patronat du Québec, abonde dans le même sens. «C'est un pas dans l'action et c'est très bien. On a beau à avoir un coffre à outils, avec des programmes, mais si on ne réussit pas à accompagner les employeurs dans leurs besoins on va rester sous l'angle des papiers et pas de l'action.»

Il concède qu'il faudra aussi avoir de bonnes conditions de travail pour retenir les employés.

Travailleurs

Le président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), Luc Vachon, indique qu'il faudra notamment développer «la culture de la formation continue» au Québec pour que les travailleurs puissent suivre l'évolution de la technologie.

Il admet que la robotisation et l'automatisation entraîneront des pertes d'emplois dans certains secteurs. Avec les changements technologiques, «inévitablement il va y avoir des postes à abolir».

«Notre chance dans la malchance, c'est que le contexte démographique fait que ça devrait minimiser les impacts des pertes d'emplois, mais ça va transformer les emplois. Notre défi, après, c'est comment on va prendre la main-d'oeuvre et la rendre apte à occuper les emplois de demain», a illustré M. Vachon.