Vendredi, les libéraux menés par Sébastien Proulx ont appuyé le texte d’une motion parlementaire qu’ils avaient rejeté à la fin de la précédente législature, quand ils étaient au pouvoir.

Quelle logique au Parti libéral du Québec?

ANALYSE / Le gouvernement Legault a été plus cohérent que les libéraux lors de la première semaine de travaux parlementaires.

Passons sur le fait (déjà abondamment commenté, notamment dans nos pages) que l’aile parlementaire libérale était mal placée la semaine dernière pour faire la leçon aux caquistes sur la lutte contre les changements climatiques; ce qu’a démontré un rapport brandi par la ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé.

Le plus saugrenu est cependant passé inaperçu : vendredi, les libéraux menés par Sébastien Proulx ont appuyé le texte d’une motion parlementaire qu’ils avaient… rejeté à la fin de la précédente législature, lorsqu’ils étaient au pouvoir. Le texte dit pourtant exactement la même chose! Où est la cohérence?

La députée de Québec solidaire Christine Labrie a présenté une motion demandant que l’État québécois cesse de traiter les pensions alimentaires pour enfants comme un revenu dans le calcul des prestations d’aide sociale, ainsi que d’admissibilité à l’aide juridique, à l’aide financière aux études et au soutien au logement. Pour ces mères (ce sont des mamans la plupart du temps), les pensions alimentaires pour enfants réduisent les aides qu’elles peuvent obtenir.

Les 110 députés présents au Salon bleu ont unanimement exigé que cette injustice prenne fin. Cela a été le cas de ceux du gouvernement de François Legault, de ceux du Parti québécois et, bien évidemment, de ceux de Québec solidaire, et de ceux, donc, de l’opposition officielle formée par le Parti libéral du Québec.

Or, le 15 mai dernier, les députés libéraux avaient voté contre la même résolution parlementaire. Elle avait été présentée par le péquiste Harold Lebel.

Alors ministre du Travail et de la Solidarité sociale, François Blais avait fait valoir au nom des libéraux que cette proposition, si elle devenait réalité, inciterait moins de prestataires à joindre le marché du travail et que l’aide sociale pourrait même devenir trop attractive.

Quelle cohérence entre mai et aujourd’hui? Quelle logique?

Être dans l’opposition permet tous les virages?

C’est vrai : l’aile parlementaire libérale compte quelques nouveaux venus. Elle n’est plus tout à fait la même. Il y a moins de gardiens de l’orthodoxie. Ceci peut expliquer cela.

Mais il n’en demeure pas moins que c’est un sacré changement de cap; très concret, qui plus est.

Vous avez dit «bonbon»?

Ce n’est pas la première fois que les partis représentés à l’Assemblée nationale réclament tous l’exclusion pleine et entière des pensions alimentaires pour enfants du calcul des prestations d’aide sociale des mères de famille monoparentale. Ils l’avaient fait en 2012, alors que la députée Françoise David avait présenté une motion en ce sens. En fait, des motions semblables ont souvent été présentées à l’Assemblée nationale depuis 2008 sans qu’aucune suite n’y soit jamais apportée.

Puisque la Coalition avenir Québec en a pris l’engagement, ce sera un parti classé à «droite» de Québec solidaire, du Parti québécois et du Parti libéral du Québec qui corrigera cette injustice. Jusqu’à preuve du contraire, on peut et on doit en effet croire aux engagements pris — tout en surveillant leur réalisation.

En coulisses, avant même l’adoption de la motion de Québec solidaire, le député caquiste Sébastien Schneeberger avait d’ailleurs déjà commencé à rappeler l’existence de cet engagement à deux ministres susceptibles de le porter.

Avec ce vote de vendredi, il n’y a plus personne à l’Assemblée nationale pour qualifier ce projet de bonbon électoral, comme l’avait déjà fait l’ex-libéral Sam Hamad lorsqu’il était député-ministre de la circonscription de Louis-Hébert.

Bonbon électoral? C’était indécent s’agissant d’une proposition qui n’a jamais vraiment intéressé les médias, et qui n’était donc pas susceptible de rapporter des points électoraux.

C’est une autre époque, faut-il croire. L’alternance politique a du bon.