Quand Trudeau exaspère (un peu) Couillard

DÉCODAGE / Le premier ministre Justin Trudeau a exaspéré non pas une, mais deux fois le gouvernement Couillard en quelques jours seulement. Mais cette exaspération ne serait-elle pas à la fois calculée et un peu feinte?

Les tensions existent au sein des États fédéraux comme elles existent entre pays souverains, même entre pays «amis» — on ne cesse de le voir depuis l’arrivée de Trump au pouvoir. Mais restons d’abord à l’intérieur du Canada.

Ils ont été nombreux au sein du gouvernement Couillard à se cabrer devant l’ironie dont a fait preuve Justin Trudeau en claquant la porte, lundi, sur la demande d’instaurer une déclaration de revenus unique que traiterait Québec. Ils n’ont jamais pensé que Justin Trudeau dirait oui à cette requête; mais son sarcasme a agacé.

Philippe Couillard promeut le projet en parlant de la nécessité de «simplifier» la tâche des contribuables québécois. Mais il comprend très bien, cela étant, et même s’il ne le dit pas, que c’est un dossier éminemment politique. Pas simplement administratif.

Il ne serait d’ailleurs pas allé dans cette direction si l’option souverainiste avait le vent dans les voiles. Et sans doute pas non plus sans l’imminence du scrutin électoral.

Éminemment politique? Imaginons qu’un jour le Québec collecte les impôts fédéraux et reverse ensuite sa part à Ottawa. Ce serait un changement de paradigme au sein de la fédération canadienne. Est-ce qu’un jour, plus lointain encore, un gouvernement québécois réduirait pour telle ou telle raison la part qu’il serait censé remettre au gouvernement fédéral?

Même s’il en est agacé d’un point de vue politico-électoral, le gouvernement Couillard, au fond, comprend le refus exprimé par Justin Trudeau. D’où son agacement somme toute mesuré.

Il n’ouvrira pas de guerre politique sur ce front.

Mots plus choisis

Les libéraux de Philippe Couillard ne perdront probablement pas de points dans l’électorat en raison de l’achat par Ottawa du pipeline Trans Mountain allant de l’Alberta à la Colombie-Britannique. N’empêche que cette décision fait fi de tout le discours qu’ils brandissent depuis des mois, discours selon lequel Ottawa ne doit pas passer par-dessus la tête des provinces — même d’une seule d’entre elles.

L’intervention du gouvernement fédéral dans le différend opposant l’Alberta à la Colombie-Britannique ne plaît pas à Québec d’un point de vue politique. Mais, en même temps, ils sont nombreux à l’intérieur du gouvernement Couillard à comprendre l’«intérêt national» invoqué par Justin Trudeau.

Voilà pourquoi Québec choisit davantage ses mots dans ce dossier que dans celui du cannabis. 

Son aplomb a convaincu

Le gouvernement du Québec craignait l’escalade qu’entraîneraient de possibles représailles économiques du Canada contre les États-Unis. Mais l’aplomb et la fermeté démontrés par le premier ministre canadien jeudi a tout de suite rallié ceux qui, à Québec, s’interrogeaient sur l’à-propos de telles mesures, même devant l’imposition illégale par l’administration Trump de surtaxes sur l’aluminium et l’acier canadiens (entre autres, canadiens).

Virage à gauche du PQ?

Si virage à gauche il y a eu au Parti québécois, il ne vient pas du Conseil national qu’il a tenu le week-end dernier à Drummondville. Passons sur la notion de «gauche», car on pourrait débattre et se demander pendant des heures si le retour à l’«universalité» dans la tarification des CPE se situe réellement de ce côté du spectre politique.

Si virage à gauche il y a eu, il date de septembre dernier. C’est à ce moment-là que les militants péquistes réunis en Congrès, l’instance suprême du PQ, ont adopté le programme duquel découle la plateforme électorale de Drummondville. D’autant qu’il y a encore moins de mots dans ce document sur la «gratuité» des études postsecondaires que dans le programme de septembre!

Les seuls vrais ajouts dans cette plateforme qui ne se trouvaient pas déjà dans le programme ont trait à la disparition de toutes les clauses de disparité de traitement entre anciens et nouveaux salariés, ainsi qu’à la modernisation des dispositions touchant les briseurs de grève dans le Code du travail.

Sur ces deux ajouts, on ne peut que recommander de cultiver un certain scepticisme sur le fait qu’un gouvernement du Parti québécois les implanterait réellement.