Reconnu pour son franc-parler, François Gendron, élu pour la première fois en 1976 avec l'équipe de René Lévesque, porte un jugement sévère sur le PQ, un parti créé avec l'objectif de faire du Québec un pays, mais qui s'est montré inapte à faire la démonstration aux citoyens du bien-fondé de son option.

Promotion de la souveraineté: François Gendron blâme le PQ pour son inaction

Depuis plus d'une vingtaine d'années, le Parti québécois (PQ) a renoncé à promouvoir la souveraineté du Québec, une grave erreur, selon le député péquiste François Gendron, persuadé que cette inaction a contribué plomber la popularité de l'option souverainiste.

«Le PQ a des reproches à se faire», a convenu le député d'Abitibi-Ouest, doyen de l'Assemblée nationale et souverainiste bon teint, au cours d'un long entretien accordé à La Presse canadienne, au terme d'une carrière politique d'une durée exceptionnelle, étirée sur 42 ans sans interruption.

Il en a profité pour régler ses comptes avec le PQ, le mouvement souverainiste, le gouvernement libéral, Québec solidaire, la Coalition avenir Québec (CAQ) et les médias, laissant paraître à l'occasion une pointe d'amertume.

Reconnu pour son franc-parler, le député de 73 ans, élu pour la première fois en 1976 avec l'équipe de René Lévesque, porte un jugement sévère sur le PQ, un parti créé avec l'objectif de faire du Québec un pays, mais qui s'est montré inapte à faire la démonstration aux citoyens du bien-fondé de son option.

Son message au PQ, sous forme de testament politique, tient en trois mots : «Sortir. Parler. Convaincre.»

Il faut revenir au «basic», dit-il dans son langage fleuri, revenir «aux méthodes de base» du militantisme politique, dire aux gens ce qu'ils ont à gagner de transformer le Québec en pays.

L'enseignant de La Sarre des années 60 qui sommeille toujours en lui croit dur comme fer aux vertus de la pédagogie. Il «faut sortir, parler, convaincre», répète-t-il comme un mantra, prêt à reprendre le bâton de pèlerin, ce que le PQ n'a pas fait depuis des décennies, selon lui. «On a cessé de faire ce qu'il faut faire», déplore-t-il, soit de se donner «les instruments pédagogiques qui nous auraient permis de progresser» dans l'opinion publique.

Il s'étonne notamment du fait que le PQ n'a produit aucun document «substantiel» décrivant les avantages de l'accession du Québec au statut de pays, depuis l'échec référendaire d'octobre 1995. «Il n'y en a pas eu», s'indigne M. Gendron, qui y voit une des causes du désaveu actuel de la population envers le PQ et envers l'option souverainiste.

Or, s'ils croient vraiment au projet de «nation complète, normale» pour le Québec, les souverainistes doivent «le prouver dans l'action», clame celui qui se dit convaincu «plus que jamais» que c'est la voie à suivre, et qui entend bien continuer à militer pour la souveraineté après sa vie parlementaire.

Mais, de façon réaliste, craint-il de ne jamais voir le Québec devenir un pays? «La réponse, c'est oui.»

D'autres facteurs ont aussi contribué selon lui à la baisse d'intérêt pour la cause souverainiste, qui se confirme sondage après sondage, notamment la morosité du mouvement souverainiste, trop éparpillé et miné par des querelles internes.

Questionné à savoir s'il partage le constat de l'ex-chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui soutenait au moment de sa démission que le mouvement souverainiste était «malade», M. Gendron n'a que de bons mots pour la députée de Vachon, une femme «de conviction», «authentique», qui «porte la cause» souverainiste.

«Quand Mme Ouellet dit des affaires dures liées à la lecture qu'elle fait du mouvement souverainiste, je suis obligé de dire : elle est dedans en étoile! Elle le connaît le mouvement souverainiste», dit M. Gendron.

«Je m'en rappelle pus!»

La montée de l'individualisme, l'absence de culture générale des citoyens, sans compter leur méconnaissance de l'histoire du Québec ont accéléré la chute de popularité du projet d'indépendance, selon lui.

«Il n'y a plus de culture, il n'y a plus d'histoire, les gens ne savent à peu près rien», se désole le doyen des élus. «Je me souviens», la devise du Québec, devrait devenir «Je m'en rappelle pus!» observe-t-il, chagriné de voir que tout projet collectif semble avoir été sacrifié en cette ère d'individualisme exacerbé dont le slogan pourrait être : «mon divorce, mon ski-doo, mon régime de retraite».

QS et la gauche caviar

Il attribue aussi les difficultés du PQ, qui n'obtient plus que 20 % des intentions de vote, à la fin du bipartisme, un changement auquel le parti a eu peine à s'adapter. Il en veut particulièrement à Québec solidaire (QS), tenu responsable d'avoir fait avorter le projet d'alliance électorale avec le PQ, l'an dernier. Voilà un parti «de la gauche caviar», au programme farci de «niaiseries», dont les membres prétendent être souverainistes, «alors que c'est complètement faux», selon lui.

Il se désole de voir la CAQ profiter d'un vent de changement, qui fait fi de toute rationalité. À ses yeux, les caquistes ne sont que des «marionnettes», sans équipe, sans programme.

À propos du gouvernement Couillard, il s'étonne de voir que les «milliards de dollars» d'annonces et de publicités faites ces derniers mois ne suscitent pas davantage de contestation dans la population, alors qu'elles devraient provoquer «une crise sociale».


« On est moins crédible que les travailleurs du sexe et les vendeurs de chars usagés! »
François Gendron au sujet du rôle de député, discrédité selon lui par les médias

Le député: «de la schnoutte!»

M. Gendron a la dent particulièrement dure envers les médias, qui ont largement contribué à discréditer le rôle de député, a-t-il fait valoir. «Le député, c'est de la schnoutte!» aux yeux des médias, coupables selon lui de ne pas inviter les élus à commenter l'actualité politique, préférant faire appel à une horde de «commentateux» de tout acabit, «qui polluent les ondes», bref il y a «trop d'opinants qui opinent. Le monde est mêlé!»

Il ose une comparaison audacieuse, qui en dit long sur son état d'esprit : «On est moins crédible que les travailleurs du sexe et les vendeurs de chars usagés!»

Il faudrait donc impérativement réhabiliter la fonction de député, qui lui apparaît être la plus noble qui soit. C'est d'ailleurs ce rôle de représentant du peuple qui lui manquera le plus, bien plus que celui de ministre. Représenter 35 000 personnes, «y a-t-il de quoi de plus noble, de plus beau?», se demande l'Abitibien reconnu pour avoir toujours été proche de son «monde».

Ce «gars de terrain», pas intellectuel pour deux sous, allergique à la langue de bois, soutient avoir toujours entretenu «une relation intimiste» avec ses électeurs qu'il défendait bec et ongles. Son «monde» votait «Gendron» avant de voter PQ, croit fièrement cet Abitibien «élevé à la dure» avec ses six frères et soeurs, orphelin de père à 14 ans, qui a dû apprendre très tôt dans la vie à se battre à mains nues pour obtenir ce qu'il voulait.

Il aura dirigé 11 ministères, le plus souvent reliés au territoire, sa zone de confort : Développement régional, Ressources naturelles, Agriculture, Forêts. Une de ses plus grandes fiertés : avoir fait adopter la première politique de développement régional en 1982, un document qu'il conserve précieusement.

De tous les premiers ministres qu'il a côtoyés, c'est Jacques Parizeau qui aura laissé sur lui une empreinte indélébile. «Il me faisait fondre!» se rappelle-t-il, tellement il était structuré, impressionnant, tellement il en imposait par sa seule présence, sa prestance, sa stature «d'homme d'État par excellence». Il garde aussi un souvenir attendri du fondateur du parti, René Lévesque, qui l'appelait «le flo», et lui a fait l'honneur d'accéder au conseil des ministres en 1979.

Bavard sur tous les sujets, il demeure plus discret sur l'issue attendue du vote du premier octobre et le sort réservé au PQ. On le sent désemparé en constatant que d'anciens fiefs péquistes semblent désormais inaccessibles, un peu partout au Québec. «Il faudrait être chanceux en crisse pour pogner un comté dans Laval!» admet-il, songeur, se préparant au pire.

Ces jours-ci, dans son bureau couvert de boiseries, le vice-président de l'Assemblée nationale fait le tri dans ses souvenirs, un pincement au coeur. Photos, documents et coupures de presse s'empilent, attendant de savoir lesquels seront jugés dignes d'être versés aux archives pour la postérité. On sent la fébrilité précédant les grands départs : «Quand on remue tout ça, madame, ça dérange, ça vient te chercher sur le plan de l'émotion.»