La nouvelle ministre de l’Immigration, Nadine Girault
La nouvelle ministre de l’Immigration, Nadine Girault

PEQ : la troisième fois serait la bonne

La troisième version du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) produite par le gouvernement Legault en huit mois sera la bonne, assure la nouvelle ministre de l’Immigration, Nadine Girault. «Nous sommes à des années-lumière de ce qui avait été présenté à l’automne 2019.»

Chemin devenu très fréquenté pour immigrer au Québec depuis quelques années, le PEQ subit de nouveaux changements portant sur la durée de l’expérience de travail exigée, maintenant réduite, et sur une clause transitoire ajoutée au profit des étudiants qui obtiendront leur diplôme d’ici la fin de l’année 2020.

Pour sa première conférence de presse à titre de ministre québécoise de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, celle qui continue aussi d’occuper le poste de ministre des Relations internationales et de la Francophonie a présenté ce qu’elle considère être la mouture définitive du PEQ, jeudi matin, sur la colline parlementaire de Québec.

«Oui, celle-là, ça va être la version finale», a confirmé Mme Girault, en présentant les modifications apportées à la version annoncée le 28 mai par son prédécesseur, Simon Jolin-Barrette, depuis devenu ministre de la Justice. La série de modifications proposée par M. Jolin-Barrette faisait suite à une importante levée de boucliers survenue début novembre en réponse à sa première refonte.

«Depuis la première présentation de ce règlement, des pas de géant ont été faits. Nous sommes à des années-lumière de ce qui avait été présenté à l’automne 2019», assure aujourd’hui Mme Girault.

«La raison pour laquelle mon prédécesseur, Simon Jolin-Barrette, l’avait publié dans la Gazette officielle [fin mai], c’était justement pour avoir les commentaires. Commentaires qu’on a reçus, qu’on a considérés, et les commentaires nous ont amenés à faire les ajustements qu’on fait aujourd’hui. Et je vous dirais qu’on a eu à date des bons commentaires sur les ajustements.»

L’objectif de «simplifier tout ça»

«Moi la première, à titre de ministre d’un autre ministère, je ne comprenais pas bien tout ce qui touche l’immigration», reconnaît la ministre, disant avoir été surprise par «la complexité de tous ces programmes» où se croisent compétences provinciales et fédérales, à son arrivée en poste il y a un peu plus de deux semaines.

«On a beaucoup de pédagogie à faire, surtout pour arrimer ce qu’est vraiment le programme PEQ, ce que sont vraiment nos exigences au niveau immigration, avec ce que la population ou ce que les différents groupes ont compris de tout ça»,

«Je vais l’expliquer encore davantage, puis je vais le positionner encore davantage. Je vois mon rôle comme étant un peu un rôle d’essayer de simplifier tout ça. Mon objectif, d’ailleurs, à moyen, long terme, ça va être de simplifier tout ça. Je ne sais pas comment je vais m’y prendre, mais ça va être d’essayer de simplifier tous ces programmes d’immigration», avance Mme Girault.

Elle dit avoir reçu un accueil positif de la part des groupes et organismes impliqués auprès des immigrants comme nouvelle ministre de l’Immigration, étant elle-même fille d’un couple d’immigrants.

«Mais il reste quand même que leurs récriminations sont là et les manifestations sont là. Ils ont des causes qu’ils veulent défendre, et c’est tout à fait normal», concède-t-elle.

Rééquilibrer les portes d’entrée

Le nouveau PEQ entre en vigueur le 22 juillet. Tout ce qui se passe avant se fait sous l’ancien régime.

Sauf pour les étudiants qui seront diplômés d’ici le 31 décembre. Ceux-ci évolueront sous les règles actuelles pour tout 2020.

Autrement, la durée de l’expérience de travail exigée pour les travailleurs temporaires est réduite de 36 à 24 mois, c’est-à-dire de trois à deux ans.

Les exigences liées à l’expérience de travail seront aussi modifiées pour les étudiants. Ainsi, les stages obligatoires compteront dans le calcul jusqu’à un maximum de trois mois. Et pour les titulaires d’un diplôme d’études professionnelles, la durée est abaissée de 24 à 18 mois, c’est-à-dire de deux ans à un an et demi.

Le but du gouvernement demeure de rééquilibrer les flux d’entrée d’immigrants. Inauguré en 2010 comme voie rapide pour immigrer au Québec, le PEQ est passé de fournir 5 % des certificats de sélection de l’immigration économique, donc autour de 1600 personnes par année, à 86 % en 2019, soit plus de 15 000 personnes.

Pas d’incitatifs pour les régions

Porte-parole du Parti québécois en matière d’immigration, Méganne Perry-Mélançon applaudit l’instauration d’une clause transitoire pour les étudiants actuels qui les mènent jusqu’à la fin de l’année, mais dénonce toujours l’absence «d’incitatifs pour attirer les étudiants et les travailleurs dans nos régions», souligne la députée de Gaspé.

Du côté de Québec solidaire, le député montréalais Andrés Fontecilla se dit «choqué que le gouvernement trahisse sa promesse pour les étudiantes et les étudiants recrutés à l’étranger et qui n’auront pas, finalement, les droits acquis tel que promis par le premier ministre en novembre 2019.

«Je suis choqué pour les travailleuses et les travailleurs temporaires peu qualifiés, comme les préposés aux bénéficiaires, qui font pourtant un travail essentiel pour la société, mais qu’on maintient dans une situation de vulnérabilité et de précarité en les empêchant d’obtenir la résidence permanente via le PEQ», ajoute le solidaire Fontecilla.

Quant à Gaétan Barrette, du Parti libéral, il dénonce aussi que la clause de droit acquis ne soit instaurée que pour un temps limité. «L’annonce de la ministre est un pas dans la bonne direction, mais en voulant corriger des injustices flagrantes, elle en commet une nouvelle en proposant une mesure carrément discriminatoire. L’injustice touchait tous les étudiants et les travailleurs en lien avec le PEQ, la mesure proposée n’en touche qu’une partie. [...] La pire nouvelle est que la ministre exprime déjà son refus de toute modification ultérieure de ce programme», souligne M. Barrette.