Pour manifester leur désaccord à la fusion entre les deux partis, une cinquantaine de membres d’Option nationale ont quitté la plénière sur l’entente de principe.

Option nationale dit oui à Québec solidaire

Les militants d’Option nationale, du moins ceux ayant enregistré leur vote, ont approuvé à 90,7 % la fusion avec Québec solidaire, dimanche.

Environ 300 membres s’étaient annoncés pour ce congrès extraordinaire tenu à l’Université Laval. Finalement, 209 ont voté: 186 pour et 19 contre, plus 4 bulletins annulés ou rejetés.

Quarante-trois membres de longue date ont également quitté avec fracas lors de la plénière sur l’entente de principe au début de l’après-midi. Ils ont dénoncé un «noyautage» pro-fusion par de nouveaux et d’anciens militants ayant pris récemment leur carte de membre et annoncé leur intention de fonder un nouveau parti indépendantiste avec le même programme qu’Option nationale, voire le même nom. 

Au moment d’annoncer le résultat du vote, un peu après 17h, le chef d’Option nationale, Sol Zanetti, a tout de même salué un «résultat clair». Devant les journalistes quelques minutes plus tard, il a ajouté les qualificatifs «affirmé, positif, enthousiaste». 

«Je pense que nous écrivons aujourd’hui une page d’histoire dans le mouvement indépendantiste, qui inspire les moments de grands débuts», a-t-il lancé, dressant un parallèle avec les années 60. 

Selon l’entente convenue, ON devient un collectif à l’intérieur de Québec solidaire, qui fera la part belle à l’indépendance dans son programme politique. 

M. Zanetti a prédit une remontée des appuis pour la cause indépendantiste puisque la gauche parlera d’une même voix et que «justement on va se remettre à faire la promotion de l’indépendance aux élections». Et ce dès 2018. 

Le chef, dont la démission a été demandée par une cinquantaine d’opposants à la fusion avec QS, a accusé ses détracteurs de vouloir attirer l’attention des médias. «Il pouvait être prévisible que ceux qui étaient en défaveur de la fusion, sentant qu’ils n’allaient pas remporter le vote, décident qu’ils allaient faire comme ça un espèce de baroud d’honneur. […] C’est une quarantaine de personnes sur un congrès de 300 personnes. Ça n’aurait pas influencé le vote, même s’ils étaient restés et avaient voté tous contre», a-t-il analysé. 

«Je trouve ça vraiment dommage de partir de cette façon-là, de partir en essayant de couler le navire pour se faire du capital politique et ensuite de fonder un autre parti», a poursuivi le chef. Bien qu’il ait lui-même comparé le changement à un «deuil». 

«La grande famille de la gauche indépendantiste»

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, qui est arrivé à l’Université Laval en fin de journée, a souhaité aux membres d’Option nationale la bienvenue dans «la grande famille de la gauche indépendantiste». «À partir de maintenant, les amis, on travaille ensemble tous les jours à créer ce pays du Québec dont on parle depuis si longtemps», a-t-il lancé. 

Dans leur célébration du regroupement des forces indépendantistes, les deux jeunes leaders politiques n’ont pas parlé du Parti québécois. Il a fallu que les journalistes amènent le sujet sur le tapis pour que Sol Zanetti dise un mot sur l’opposition à l’Assemblée nationale. «Ce que je souhaite, c’est qu’au moment où le Parti québécois va se reposer des questions, c’est-à-dire après la prochaine élection, qu’il décide de prendre la voie d’un engagement indépendantiste social-démocrate pour jeter les bases d’une possible discussion», a-t-il fait valoir. 

Sylvain Gauthier, ex-directeur des finances d’Option nationale, et Jocelyn Beaudoin, ancien président d’Option nationale, font partie de la cinquantaine d'opposants à la fusion avec Québec solidaire.

En soirée, Jocelyn Beaudoin, ancien président d’Option nationale qui a mené la contestation avec l’ex-directeur des finances Sylvain Gauthier, était déçu du «score stalinien» enregistré. Selon lui, les 91 % obtenus valent «un gros zéro» puisque «la démarche qui a mené au vote était antidémocratique». Il n’entend toutefois pas s’embarquer dans une contestation juridique. 

Denis Monière, président de la commission politique d’ON, entend pour sa part travailler à la relance d’un parti indépendantiste «dans les jours qui suivent». L’universitaire veut notamment demander au Directeur général des élections du Québec de rembourser les dons versés à Option nationale pour éviter un transfert vers les coffres de QS. «C’est une opération de fausse représentation, de détournement de fonds. Je suis lésé dans mes droits», a-t-il affirmé. 

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AU COMITÉ DE TRANSITION DE JOUER

Un comité de transition formé de représentants de Québec solidaire et d’Option nationale a maintenant la mission «à la fois très simple et ambitieuse» de «réussir la fusion pas seulement des têtes dirigeantes, mais la fusion des membres et des énergies» des deux formations politiques.

C’est ainsi que Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de QS, a présenté la prochaine étape du processus entériné de part et d’autre. 

L’objectif est d’arriver au congrès du mois de mai avec une seule équipe unifiée. Quand viendra le temps des investitures, en prévision des élections d’octobre, les membres de l’une ou l’autre formation pourront porter les couleurs des solidaires indépendantistes. 

En vertu de l’entente négociée, M. Nadeau-Dubois et sa collègue Manon Massé devront tout de même appuyer spécifiquement trois candidatures issues d’ON, dont celle de Sol Zanetti. 

Le citoyen de Québec, qui a déjà été candidat dans les circonscriptions de Louis-Hébert, Richelieu et Jean-Talon, n’a pas voulu dire où il se présenterait. «C’est quelque chose qui est à négocier, à discuter», a-t-il d’abord dit. «Je veux respecter les gens que ça concerne. Je ne veux pas tout de suite dire mes préférences et que le monde commence à faire des calculs. Je préfère qu’on fasse ça en bonne et due forme», a-t-il précisé ensuite.