Le premier ministre, qui réclamait un débat serein autour de l'adoption du projet de loi 21 sur les signes religieux, est passé à l'attaque jeudi en accusant le chef de l'opposition officielle de «cautionner» les propos du maire de Hampstead, qui ont été dénoncés à l'unanimité par la classe politique.

«Nettoyage ethnique»: Legault accuse Arcand de cautionner le maire de Hampstead

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Pierre Arcand, cautionne la sortie du maire de Hampstead sur le «nettoyage ethnique», selon le premier ministre François Legault.

Le premier ministre, qui réclamait un débat serein autour de l'adoption du projet de loi 21 sur les signes religieux, est passé à l'attaque jeudi en accusant le chef de l'opposition officielle de «cautionner» les propos du maire de Hampstead, qui ont été dénoncés à l'unanimité par la classe politique.

Le 5 avril, le maire William Steinberg a causé tout un émoi en assimilant le projet de loi 21 sur la laïcité de l'État à une forme de «nettoyage ethnique».

«Le chef du Parti libéral cautionne ces propos en disant que c'est nous, le gouvernement, qui incitons à ce genre de propos», a soutenu M. Legault, lors d'une mêlée de presse, jeudi matin.

«Je ne tolérerai pas que M. Arcand et le Parti libéral cautionnent des propos où on laisse entendre que les Québécois seraient racistes», a-t-il ajouté, visiblement contrarié, qualifiant les déclarations de son rival libéral de «troublantes» et de «déplacées».

Le commentaire qui a piqué au vif le premier ministre avait été fait la veille par le chef libéral, lors d'une mêlée de presse.

Invité à commenter la sortie du maire de Hampstead, M. Arcand ne s'était pas montré surpris, y voyant une conséquence des projets de loi et des politiques du gouvernement Legault «qui divisent les Québécois», ce qui conduit «souvent à des excès».

«Ce que la CAQ fait au Québec, de façon générale, incite à ce genre d'excès», selon le chef de l'opposition officielle, qui avait pris soin de dénoncer les excès de langage du maire et de déplorer son refus de s'excuser. Il lui avait aussi demandé de réfléchir à son avenir politique.

Calme et sérénité

En entrevue téléphonique, jeudi, M. Arcand a tenu à rétablir les faits, invitant le premier ministre à faire preuve dans ce dossier délicat de «calme et de sérénité».

Il a à son tour qualifié la sortie de M. Legault à son sujet de «clairement exagérée», sans toutefois vouloir jeter de l'huile sur le feu et se livrer à une escalade de mots peu flatteurs.

«Si on commence à chaque manchette à se garrocher de la boue, on n'en sortira pas», a-t-il commenté, plaidant en faveur d'un «dialogue civilisé et modéré».

En Chambre, le premier ministre en a rajouté une couche, cherchant à en découdre avec son rival de l'opposition officielle à ce propos.

En réponse à une question de M. Arcand sur les investissements privés effectués au Québec depuis l'élection de son gouvernement, M. Legault a répliqué en réaffirmant qu'il ne tolérerait pas que M. Arcand «accuse les Québécois d'être racistes».

Selon ce qu'affirmait la semaine dernière le maire Steinberg, l'approche du gouvernement Legault sur les signes religieux vise en fait à expulser ceux qui pratiquent des religions associées aux minorités. «C'est du nettoyage ethnique - pas avec un fusil, mais avec une loi. C'est raciste et c'est ignoble», selon lui.

Jeudi, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) a ajouté sa voix au concert de critiques envers le maire de Hampstead, lui réclamant des excuses publiques.

Le projet de loi 21 vise en fait à interdire à certaines catégories d'employés de l'État de porter des signes religieux dans l'exercice de leurs fonctions: notamment, les enseignants du primaire et du secondaire du secteur public et les directeurs d'école, de même que le personnel ayant un pouvoir coercitif (policiers, gardiens de prison et procureurs).

Vers un bâillon?

En vain, les libéraux ont tenté par ailleurs d'obtenir du gouvernement l'assurance qu'il renoncerait à recourir au bâillon pour forcer l'adoption du controversé projet de loi 21 avant l'ajournement des travaux à la mi-juin.

La porte-parole sur la question, la députée de Marguerite-Bourgeois, Hélène David, a présenté une motion, aussitôt battue par les caquistes et les solidaires.

Elle demandait au gouvernement de prendre le temps nécessaire de débattre du document et d'entendre les différents points de vue.