Le chemin Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle, en Montérégie

Migrants irréguliers: Lisée voulait fermer le chemin Roxham avec une clôture

Le chef du Parti québécois (PQ) Jean-François Lisée a suggéré mercredi l’installation d’une clôture afin de fermer le chemin Roxham, qui est emprunté par plusieurs migrants irréguliers. Il a par la suite nuancé son propos, rappelant l’importance que le Canada suspende d’abord l’entente sur les tiers pays sûrs.

«Il faut faire en sorte d’abord que les gens aient accès à d’autres points d’entrée. Si 91 % des entrées irrégulières ont été faites au Québec, c’est parce qu’on a le chemin irrégulier le plus connu au monde. [...] Une fois qu’on a décidé qu’on leur donne une autre voie [celle de passer par les postes-frontière], avec le gouvernement fédéral, on dit que ce chemin-là, qui a été construit, qui est maintenant élargi, où il y a des cabanes autour, on met une clôture, c’est tout», a d’abord dit M. Lisée aux journalistes.

Il souhaitait montrer que la mise en place d’une clôture est donc conditionnelle à la suspension de l’entente sur les tiers pays sûrs, a laissé entendre le chef péquiste.

Appelé à commenter la déclaration du chef du PQ, le ministre de l’Immigration, David Heurtel, a jugé «simpliste» la solution proposée par Jean-François Lisée. «Le véritable enjeu, c’est le délai de traitement des demandes d’asile, qui devrait se faire en quelques semaines», a-t-il indiqué.

Après la réunion de son caucus, M. Lisée a voulu nuancer son propos et rappeler que le gouvernement fédéral doit avant tout suspendre l’entente qui lie le Canada aux États-Unis. «Une fois que ce sera fait et une fois que les demandeurs d’asile sauront qu’ils peuvent aller ailleurs, qu’est-ce qu’on va faire au chemin Roxham pour leur indiquer que ce n’est plus ici qu’il faut passer? Est-ce qu’il faut mettre un panneau? Une haie de cèdres? Un policier? Peu importe», a soutenu M. Lisée.

Il avait fait cette déclaration après que son parti, au Salon bleu, ait déposé une motion voulant la fermeture du chemin Roxham. Celle-ci aura été finalement battue par toutes les autres formations politiques.

Plan B

L’accueil des demandeurs d’asile au Québec, dont le nombre risque d’augmenter au courant des prochains mois, a été l’objet de plusieurs questions de la part des partis d’opposition à l’occasion de l’étude des crédits du ministère de l’Immigration, en après-midi.

Le PQ a une fois de plus exprimé sa crainte que le gouvernement fédéral jette sur Québec toute la responsabilité d’accueillir et d’héberger les demandeurs d’asile.

«C’est quoi le plan B?» a questionné la porte-parole du PQ, Catherine Fournier, advenant la situation où le nombre limite de places d’accueil fixé par Québec est atteint.

«Ça va être au fédéral de trouver un plan B. Ça va être au fédéral de trouver des solutions au-delà de nos 1850 places d’hébergement temporaire», a répondu le ministre David Heurtel. «Ce n’est pas au gouvernement du Québec à faire le travail du gouvernement fédéral» en ce qui a trait à l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile, a-t-il réitéré.

Ce dernier a également souligné le changement d’attitude du gouvernement fédéral, qui a reconnu que le Québec avait fait sa part pour accueillir le nombre élevé de migrants à l’été 2017.

Pour le ministre, Ottawa a fait un pas vers l’avant en proposant la prise en charge directe des demandeurs d’asile par un système de triage selon leur destination, ainsi qu’en accélérant l’octroi de permis de travail.

Depuis le mois de janvier, le Québec a accueilli un total de 7188 demandeurs d’asile, dont 6797 sont entrés au pays de façon irrégulière, notamment par le chemin Roxham. L’an dernier, environ un demandeur d’asile sur quatre a franchi la frontière illégalement.