La chef du Bloc québécois Martine Ouellet accuse l'animatrice de «Médium large» Catherine Perrin et deux psychologues d’avoir insinué qu’elle était intransigeante, narcissique, idéologue et paranoïaque et que l’indépendantisme était une idéologie fanatique.

Martine Ouellet menace de poursuivre Radio-Canada

Après l’émission «La Joute» de TVA, la chef du Bloc québécois Martine Ouellet menace de poursuivre l’émission «Médium large» de Radio-Canada, son animatrice Catherine Perrin et deux psychologues pour un segment diffusé le 2 mars lors duquel ils ont analysé la personnalité de la politicienne.

«Ça fait mal de voir que je fais l’objet d’acharnement comme ça [...] C’est blessant», a déclaré Mme Ouellet en conférence de presse jeudi, dévoilant en compagnie de son avocat, Me Guy Bertrand, la mise en demeure envoyée au diffuseur. «Un chef de parti qui se fait diagnostiquer en ondes comme ça, publiquement, sous de fausses prémisses, sans son consentement et sans qu’il ait été rencontré, c’est du jamais-vu», poursuit-elle au sujet d’un segment de 23 minutes où on posait la question «Comment ce genre de personnalité [qui semble toujours avoir raison] se construit, comment ça fonctionne?» lors duquel le nom de la chef du Bloc a été mentionné à trois reprises. 

Elle accuse Mme Perrin et les psychologues Hubert Van Gisjeghem et Rose-Marie Charest d’avoir insinué qu’elle était intransigeante, narcissique, idéologue et paranoïaque et que l’indépendantisme était une idéologie fanatique. Ils auraient ainsi porté atteinte, non seulement aux droits fondamentaux de Mme Ouellet, mais aussi à ceux de tous les indépendantistes québécois

«L’animatrice et les psychologues ont développé un diagnostic catastrophique qui laisse entendre que j’ai des troubles de la personnalité, voire même des problèmes de santé mentale. De plus, ils associent l’idéologie indépendantiste à la paranoïa et à la violence», ajoute la politicienne, qui demande à Radio-Canada de se rétracter et de lui présenter des excuses. 

Négos infructueuses

La mise en demeure avait été expédiée le 3 avril et si Mme Ouellet et Me Bertrand ont choisi de la rendre publique jeudi, c’est que les négociations avec Radio-Canada pour un règlement à l’amiable n’ont pas donné les résultats escomptés. «Médium large s’apprêtait à diffuser vendredi un texte qui nous a été soumis et qui était inadmissible à nos yeux. Ça aurait amplifié le problème puisque c’était surtout un exercice de protection de l’image de Radio-Canada au lieu de se pencher sur le mal fait à notre cliente», a expliqué Me Bertrand.

L’avocat dit n’avoir jamais vu de cas où une méthode diagnostique aurait été utilisée en ondes au Québec ou au Canada. «C’est extrêmement grave. Personne n’a osé faire ça. Le seul précédent est le cas du jeune Jérémy [Gabriel] dont l’intégrité physique avait été atteinte par un humoriste et qui a eu gain de cause. Dans ce cas-ci, on parle plutôt de l’intégrité psychologique de ma cliente.»

Même si elle dit être pour la liberté d’expression, Mme Ouellet précise qu’elle analyse toutes les possibilités, notamment celles de poursuivre Médium large et La Joute devant les tribunaux. Me Bertrand a également évoqué le Conseil de presse et le syndic de l’ordre des psychologues pour non-respect du Code de déontologie des psychologues. Martine Ouellet jure cependant que, pour l’instant, aucune autre mise en demeure n’a été envoyée aux médias depuis le début de la crise qui l’oppose à sept députés démissionnaires de son parti. «Il n’y a pas d’autre mise en demeure et j’ose espérer qu’il n’y en aura pas d’autre», a-t-elle laissé tomber en terminant.

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DU TRAVAIL APPROPRIÉ, SELON RADIO-CANADA

Même si elle a retiré depuis une semaine l’extrait de son site Internet, Radio-Canada refuse de condamner son animatrice Catherine Perrin et ses collaborateurs concernant un segment de l’émission Médium large qui a offensé la chef du Bloc québécois Martine Ouellet.

«Radio-Canada considère que l’émission Médium large du 2 mars et le travail de son animatrice étaient appropriés lorsque deux psychologues réputés ont été invités à traiter de façon générale les traits de personnalité des gens convaincus d’avoir raison envers et contre tous», écrit Marc Pichette, premier directeur des relations publiques et de la promotion à Radio-Canada, dans un communiqué de presse. Il ajoute que Mme Perrin avait clairement établi d’entrée de jeu qu’il n’était pas question de Mme Ouellet comme tel.

«Il est donc totalement faux d’affirmer que Mme Ouellet a été “diagnostiquée” en ondes. Les propos de l’animatrice et la teneur de ce segment [...] ont été fortement dénaturés dans cette conférence de presse», poursuit M. Pichette, rappelant que l’entretien visait à proposer une réflexion à partir d’un fait d’actualité, une formule employée périodiquement à Médium large.

«L’équipe de l’émission n’avait aucunement l’intention de s’en prendre à Mme Ouellet. Suite à la réception d’une mise en demeure [...], Radio-Canada, en signe de bonne foi, a proposé [...] de rappeler en ondes que la discussion ne portait pas sur Mme Ouellet. Cette proposition n’a malheureusement pas trouvé d’écho. Cela dit, Radio-Canada est désolée si le segment en question a pu être mal interprété», poursuit M. Pichette, rappelant que le segment avait été retiré du site Internet de l’émission et que la politicienne et son avocat en avaient été avisés.