Le premier ministre du Manitoba Brian Pallister lors de sa rencontre avec Justin Trudeau à Winnipeg, lundi
Le premier ministre du Manitoba Brian Pallister lors de sa rencontre avec Justin Trudeau à Winnipeg, lundi

Loi 21: le Manitoba dit avoir reçu de «nombreux» CV de fonctionnaires québécois

WINNIPEG — Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, dit qu’il y a eu de «nombreuses demandes» de la part de fonctionnaires québécois désirant s’établir dans sa province, après une offensive publicitaire contre la loi 21.

Le gouvernement manitobain avait acheté des publicités dans des journaux et des médias numériques au Québec l’automne dernier, qui mentionnaient 21 raisons d’envisager de déménager au Manitoba - en référence à la loi québécoise sur la laïcité.

M. Pallister soutient que son gouvernement a déjà commencé à recevoir des curriculum vitae. «Nous avons hâte de commencer les embauches parce que nous avons besoin de davantage de travailleurs bilingues dans notre fonction publique au Manitoba», a-t-il dit, à sa sortie d’une rencontre avec son homologue fédéral Justin Trudeau.

Le premier ministre manitobain a maintes fois dénoncé la loi québécoise sur la laïcité, estimant qu’elle est discriminatoire.

«Je crois que le Québec est trop bon pour cette loi, je crois que les Québécois sont trop solides pour cette loi et je crois que le Québec est une partie trop importante du Canada pour se séparer, dans le sens qu’il adopte des politiques qui sont inutilement discriminatoires», a-t-il réitéré, lundi.

Par le passé, le premier ministre du Québec, François Legault, a rétorqué que le Manitoba aurait intérêt à mieux financer les services en français dans sa province plutôt que de se mêler des affaires du Québec.

Cette loi interdit à certains fonctionnaires, y compris les enseignants du primaire et du secondaire du système public et les policiers, de porter des symboles religieux dans leurs fonctions tels que le hijab pour les femmes musulmanes et la kippa pour les hommes juifs.

M. Pallister a rencontré M. Trudeau au deuxième jour d’une réunion du conseil des ministres fédéraux qui se tient à Winnipeg, un lieu choisi pour tendre la main à une région qui a tourné le dos aux libéraux fédéraux lors de l’élection du 21 octobre.

Changement de ton

À la sortie de sa rencontre, le premier ministre manitobain a démontré de l’ouverture à soumettre sa province à une taxe sur le carbone.

M. Pallister a déclaré que son gouvernement se prépare à soumettre un autre plan sur le climat, après que le dernier eut été rejeté. Il a soutenu que le «dialogue» se poursuivait avec Ottawa, et que ce dialogue inclut une «sorte de tarification sur le carbone».

M. Pallister a dit lundi à la blague que s’il devait y en avoir une dans sa province, elle devrait être «basse et plate comme l’horizon des Prairies».

Mais pour que cela se passe, il s’attend à recevoir une sorte de reconnaissance des efforts passés du Manitoba sur le plan de l’environnement.

La vice-première ministre Chrystia Freeland, qui était présente à la rencontre lundi, est d’accord pour poursuivre les discussions avec M. Pallister afin de trouver une solution «gagnant-gagnant».

Elle a cependant insisté sur l’importance de mettre en place un plan ambitieux pour le climat. «Je pense que tous les Canadiens et Canadiennes comprennent que c’est peut-être l’enjeu le plus important pour notre génération», a-t-elle déclaré.

Plusieurs provinces, dont le Manitoba, ont entamé des procédures judiciaires contre la taxe fédérale sur le carbone, imposée aux provinces qui n’avaient pas de plan provincial.

Un pont pour l’aliénation

M. Pallister a indiqué sa volonté d’agir comme pont entre le gouvernement fédéral et les deux autres premiers ministres des Prairies, ouvertement hostiles envers les libéraux de M. Trudeau, soit Jason Kenney de l’Alberta et Scott Moe de la Saskatchewan.

«Notre province est une clé de voûte. Si vous ne pouvez pas vous entendre avec le gentil Manitoba, il y a de nombreux autres Canadiens avec qui vous ne pourrez pas vous entendre», a réitéré le premier ministre manitobain.

Mme Freeland, qui a passé les dernières semaines à parcourir le pays, en est venue pour sa part à un constat «peut-être surprenant» après une élection qui a révélé des divisions régionales.

«Les Canadiens aiment vraiment le Canada. (...) Je pense qu’il y a un engagement profond au Canada à travers le Canada, je crois qu’il y a une appréciation profonde surtout en ces temps de grande incertitude globale et de défis globaux, qu’ils soient géopolitiques ou économiques», a-t-elle dit.

«Nous devons nous engager pleinement afin de garder le Canada fort, garder le Canada uni, garder le Canada capable d’agir ensemble pour adresser les défis les plus pressants de notre époque», a-t-elle plaidé.

La retraite du conseil des ministres à Winnipeg prendra fin mardi.